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La semaine de

Embryon de panafricanisme

Audio 04:00
Jean-Baptiste Placca.
Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

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Nathanaël Vittrant : À l’origine, le 4 avril 1960 marquait l’indépendance de la Fédération du Mali. La liesse populaire, par la suite, devait être un peu teintée de tristesse. Car, pour l’Afrique, cette date rappelle pour toujours une union sans lendemain. Sur le papier, cette expérience était belle, et aurait pu constituer un embryon de panafricanisme. Comment expliquer qu’elle ait tourné court, si vite ?  

Ainsi vont les sincérités. En matière d’alliances politiques, elles sont parfois très fluctuantes. Ici, en l’occurrence, certains intérêts se seraient donné beaucoup de peine pour aider les dirigeants maliens et sénégalais à vivre en permanence dans la méfiance, les uns vis-à-vis des autres. À l’origine, cette Fédération devait compter quatre Etats. Mais, ces mêmes intérêts n’en voulaient pas. La Haute-Volta et le Dahomey, comme par hasard, ont abandonné le navire, laissant Senghor et Mamadou Dia en tête-à-tête avec Modibo Kéita. Et les Maliens n’en percevront que plus nettement ce qu’ils considéraient comme un complexe de supériorité de la part des Sénégalais. On évitera les expressions qui allaient avec…

On imagine que les enjeux sont quand même d’un autre niveau. On parle tout de même de nations !

Il y avait, évidemment, quelques causes plus profondes aux dissensions, même si les uns et les autres feignaient de les ignorer. Ainsi des divergences idéologiques. Les Sénégalais se disaient socio-démocrates, et suspectaient les Maliens d’un marxisme-léninisme encombrant. C’est alors qu’a éclaté l’affaire des directives transmises par Modibo Kéita à un chef d’état-major, malien, en court-circuitant le ministre de la Défense. Puis ce fut l’interminable dialogue de sourds, à propos de nominations et de répartition de postes. Suit la fuite en avant. Modibo Kéita démet Mamadou Dia, vice-président, ministre de la Défense, alter-ego et ami de Léopold Sédar Senghor. Ce dernier, dans un discours d’une rare vivacité, accable Modibo Kéita : « Il est poussé par une ambition folle ! Il a violé les lois ! Et d’ailleurs, il n’a cure de la légalité ! Ce qu’on veut, c’est nous coloniser ! Il s’agit, pour nous, de défendre notre indépendance ! Et je suis prêt à mourir pour cela ! »

Le Sénégal, dans la foulée, se retire de la Fédération et proclame son indépendance ; abroge tous les transferts de compétences consentis au gouvernement fédéral. Modibo Kéita, pendant quelques semaines, veut encore croire que l’union survivra. Mais il lui faudra vite se rendre à l’évidence. Le 22 septembre, il proclame, à son tour, l’indépendance du Mali.

Les deux parties croyaient-elles vraiment à cette Fédération ?

Ce sont, exactement, de tels affrontements d’égos et des susceptibilités de ce type qui contrarient, depuis soixante ans, l’union, l’unité de l’Afrique.

Il reste que, longtemps après sa rupture av ec Senghor, Mamadou Dia réhabilitera, de fait, Modibo Kéita, en suggérant, à mots couverts, que la loyauté du poète, vis-à-vis de la Fédération, pouvait avoir été altérée par son autre loyauté : « Il a eu beau chanter la négritude, l’amour de la France, chez Senghor, était très profond. Je crois même qu’il était Français, avant d’être quoi que ce soit d’autre. Avant d’être Sénégalais, avant d’être Africain… »

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