Accéder au contenu principal
Les dessous de l'infox, la chronique

Euthanasie des plus âgés en pleine pandémie? Accusations mensongères

Audio 03:13
Un décret a bien été publié au Journal officiel du 28 mars 2020, mais il ne permet pas l’assassinat en masse des personnes âgées affectées par le coronavirus.
Un décret a bien été publié au Journal officiel du 28 mars 2020, mais il ne permet pas l’assassinat en masse des personnes âgées affectées par le coronavirus. © ZaldyImg/Flickr/Wikipédia

Des nouvelles effroyables circulent sur les réseaux sociaux en France concernant le sort des personnes âgées que l’on sait particulièrement vulnérables en cas de contamination par le Covid-19. Le gouvernement aurait pris un décret le 28 mars dernier pour « faciliter l’euthanasie », pratique illégale dans l'Hexagone.

Publicité

Comme souvent dans les infox, des éléments bien réels sont utilisés pour appuyer la démonstration. Et ici, comme souvent encore, c'est l’interprétation abusive d'un texte qui vise à instrumentaliser un malaise bien réel : l'inquiétude des Français pour leurs anciens qui vivent dans les Ehpad, les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes.

Un décret a bien été publié au Journal officiel du 28 mars 2020, mais il ne permet pas l’assassinat en masse des personnes âgées affectées par le coronavirus, comme l’affirme le message qui circule en boucle sur les réseaux sociaux, dont voici un extrait :

« Nous apprenons que le ministère de la Santé, Olivier Veran et le premier ministre, Edouard Philippe ont signé le décret autorisant les Ehpad et les hôpitaux à utiliser le Clonozepam en injection comme traitement au COVID-19 aux malades de plus de 70 ans et peut-être aux plus faibles. C'est un puissant sédatif anxiolytique à dépendance très élevé qui ne soigne évidemment pas mais qui permet d'endormir les personnes jusqu'à ce qu'ils ne se réveillent plus jamais. Alors que la chloroquine a été classée dans la catégorie poison après 70 ans d'utilisation, ce produit, plus connu par la marque Rovotril est au contraire sortie du tableau des substances dangereuses par dérogation pour être employé de manière massive. C'est sorti au journal officiel cette semaine. »

Dans la vidéo qui l’accompagne, on va plus loin : « Ce décret est ni plus ni moins que la mise en place d’un processus d’euthanasie, c’est-à-dire d’assassinat de masse des personnes âgées », affirme l’auteur de la vidéo Frank Buhler, sur sa page Facebook intitulée « Journal politique Patriosphère info ».

Bien que les noms mêmes des produits soient mal orthographiés dans le texte du message, on comprend qu’il s’agit en fait du Rivotril, un médicament contenant du Clonazépam, qui fait effectivement l’objet d’une mesure dérogatoire temporaire depuis le décret du 28 mars, permettant sa prescription hors AMM (autorisation de mise sur le marché), pour faire face à l’épidémie de Covid-19.

Interprétation et désinformation

En réalité, cette mesure a été prise pour remédier à une éventuelle pénurie de Midazolam, une autre molécule utilisée pour endormir les patients en réanimation et aussi pour le confort des malades en fin de vie. En cas de pénurie, avec ce décret valable jusqu’au 15 avril, les médecins pourraient avoir recours au Ritrovil en guise de soin palliatif.

L’enquête réalisée par la cellule de fact checking du journal Libération, montre que la réalité est bien plus complexe que ne le laissent entendre les théories du complot selon lesquelles le gouvernement aurait purement et simplement décidé d’éliminer les personnes âgées aujourd’hui en grand nombre dans les hôpitaux, ou confinées en maisons de retraite. C’est une mesure de gestion de crise, assortie de conditions très strictes en cas de détresse respiratoire. Il est hors de question d’endormir à jamais des patients qui nécessiteraient une hospitalisation.

Instrumentalisation politique

Qui sont les auteurs de ces messages trompeurs sur le décret du 28 mars ? On citera le tweet de Gilbert Collard du Rassemblement national (ex-Front national) qui parle d’un décret qui « autorise l’euthanasie ». Il y a aussi Frank Buhler dont on a cité la vidéo. Dans cette même vidéo il réclame le peloton d’exécution pour le gouvernement et appelle à de nouveau rassemblements de « gilets jaunes » au mois de mai, lui-même ayant rejoint ce mouvement après avoir connu divers engagements politiques à l’extrême droite. Il y a aussi Serge Rader, auteurs d’ouvrages anti-vaccins, adepte des théories du complot sur les origines du coronavirus, qui retweete le Gilet jaune Jerôme Rodrigues, lequel accuse le gouvernement, sur un ton menaçant, d’avoir voulu « protéger la finance au lieu de sauver le peuple ». Tous partagent une même interprétation erronée de ce décret à des fins d’instrumentalisation politique.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.