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Reportage international

Turquie: le #MeeToo des avocates turques

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Le palais de justice à Istanbul, en Turquie (image d'illustration).
Le palais de justice à Istanbul, en Turquie (image d'illustration). Ozan KOSE/AFP

En février, une jeune avocate d’Istanbul dénonçait sur le réseau social Twitter l’agression sexuelle que lui avait fait subir un collègue. Son message, anonyme, a été partagé des milliers de fois, poussant la justice à agir et libérant la parole de beaucoup d’autres avocates. Depuis, certaines d’entre elles s’organisent, dans la lignée du mouvement #MeToo, pour que les violences de tous ordres dont sont victimes les femmes au sein de l’appareil judiciaire turc éclatent enfin au grand jour.

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« Bonjour, je m’appelle Öykü. Je vais vous raconter comment un avocat au barreau d’Istanbul s’est livré sur moi et sur beaucoup d’autres à des agressions sexuelles... » Ainsi commence le récit d’Öykü, élève-avocate turque, publié sur Twitter le 16 février.

Un long message dans lequel la jeune femme détaille le calvaire que lui a fait subir un homme, ténor du barreau stambouliote, chez qui elle effectuait un stage. Öykü raconte le harcèlement, l’agression, puis les menaces pour la faire taire, la peur de porter plainte, et les collègues qui lui confient avoir enduré la même chose.

Elle termine son message par un appel à l’aide, et un appel à témoigner, sous le hashtag #ÖykülerinSesiOl – mot-à-mot : « Sois la voix des (autres) Öykü ».

Öykü a été entendue. Son agresseur présumé est en prison dans l’attente d’un procès. Sur Twitter, des milliers de femmes ont partagé son message, notamment des avocates qui dénoncent à leur tour des agressions ou des discriminations.

Récemment, une trentaine d’entre elles manifestaient devant le palais de Justice d’Istanbul. Cheveux courts, Fulya Dagli plaide depuis un an. Elle dénonce un système qui pousse les victimes à se taire :
« Une barricade se dresse face à celles qui veulent lutter et dénoncer publiquement ces violences. Parce que l’agresseur est célèbre, qu’il menace de ne nous laisser travailler nulle part, parce qu’il prétend qu’il n’y a pas de preuves… Ces menaces poussent beaucoup d’entre nous au silence. »

Face aux victimes silencieuses, Diren Cevahir Sen, avocate depuis neuf ans, pointe du doigt des coupables qu’on protège, et qui se protègent entre eux, entre hommes – y compris au sein même des barreaux :

« Des juges, des procureurs, des huissiers, des collègues avocats nous harcèlent… et les barreaux ne font absolument rien. Nous réclamons que des formations sur l’égalité sociale hommes-femmes soient rendues obligatoires dans la formation des avocats. Et même des cours de féminisme ! »

Alors pour se faire entendre, ces avocates s’organisent sur les réseaux sociaux. Plus d’un millier d’entre elles ont signé une pétition dénonçant les violences de leurs collègues masculins et réclamant des mesures de l’État et des barreaux.

Pour Fulya Dagli, il n’y a pas de doute : sa profession est en train de vivre un moment #MeToo, du nom de ce mouvement social mondial encourageant la parole des femmes :

« Depuis l’affaire, dès que nous nous croisons dans les couloirs du barreau ou ailleurs, c'est notre premier sujet de discussion. C’est un premier pas : l’une d’entre nous a eu le courage de parler et nous a transmis ce courage. Car le courage est contagieux, et nous pensons que désormais, notre lutte avancera et se propagera très vite dans la société. »

Mais le chemin sera long : le barreau de Batman, dans l’est de la Turquie, a lancé une enquête interne contre 25 avocates qui avaient dénoncé devant la presse certains de leurs collègues. Ils prenaient des photos sous les robes de leurs consœurs et les partageaient sur un groupe WhatsApp.

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