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Priorité Santé

Sport et anti-inflammatoires

RFI

Chaque semaine, le Dr Jean Marc Sène, médecin du sport et médecin de l'équipe nationale de judo, présente sa chronique sport dans Priorité Santé.

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Avaler un anti-inflammatoire juste avant de faire du sport dans l’espoir d’atténuer la douleur n’est pas si rare dans la population sportive, mais est-ce vraiment une bonne idée ?

En effet, les anti-inflammatoires sont trop largement utilisés dans le milieu du sport. Dans certaines disciplines, près de la moitié des athlètes en prennent régulièrement. Mais cela ne touche pas que le sport de haut niveau. Dans la population générale, les anti-inflammatoires que sont l’ibuprofène, le kétoprofène et l'aspirine sont également très largement utilisés en automédication. Parfois même plusieurs substances sont consommées de façon concomitante.

Les motivations des sportifs varient : les effets antidouleur, voire d’amélioration de performance sont recherchés le plus souvent. Ces médicaments sont utilisés sans réel contrôle du fait de la possibilité de les obtenir sans ordonnance. De plus, ils  ne figurent pas sur la liste des produits interdits édictée chaque année par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA). Ainsi la consommation est 2 à 4 fois plus importante dans la population sportive, toutes catégories confondues que dans la population générale.

 

Mais est-ce que ces prises médicamenteuses sont toujours justifiées ? Y a-t-il des effets secondaires ?

Malheureusement, les indications médicales strictes justifiant la prise d’anti-inflammatoires sont rares. Les athlètes ne sont le plus souvent pas conscients de leurs effets secondaires qui ne sont pourtant pas négligeables ! Sur le plan digestif, la toxicité gastrique et intestinale des anti-inflammatoires apparaît particulièrement lors d’une prise chronique, sous forme d’ulcères ou de saignements digestifs. Même de petites doses d’anti-inflammatoires (Ex : 2 x 400 mg d’ibuprofen), peuvent majorer de façon significative les lésions intestinales secondaires à une activité sportive intense.

Il a également été décrit dans les sports de contact, un risque accru d’hématome lors de la prise de ces médicaments. Comprenons que le mécanisme d’action principal de ces substances est une inhibition de la réponse inflammatoire. Comme cette dernière participe au processus de cicatrisation après une blessure, la guérison s’en trouve par ce fait altéré.

Mais l’atteinte rénale aussi ne doit pas être négligée. En effet, il existe une déshydratation induite par l’exercice, notamment en atmosphère chaude ou bien lorsque l’effort est de longue durée. Cette déshydratation s’accompagne d’une atteinte rénale que les anti-inflammatoires peuvent aggraver fortement, au point même d’être à l’origine d’hospitalisation.

Enfin, à doses élevées et en cas de prise sur de longue période, les anti-inflammatoires sont impliqués dans la survenue d’accidents cardio-vasculaires graves : accidents coronariens aigus, infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux.

 

Tout cela est inquiétant Dr Sène, alors quels conseils donnez-vous aux auditeurs ?

Quelques points sont à retenir par chaque sportif et son entourage à qui il appartient de lutter contre ces abus :

- Ce n’est pas parce qu’un médicament est en vente libre ou qu’il n’apparaît pas sur la liste des produits interdits par l’Agence Mondiale Antidopage qu’il n’est pas dangereux pour la santé.

- Ne pas oublier qu’en cas de blessure les secrets du retour à la performance sont :

  • un diagnostic précis,
  • un traitement et une rééducation adaptés,
  • le respect des délais de cicatrisation et de reprise sportive,

- Si vous devez utiliser des anti-inflammatoires pour poursuivre un entraînement adapté, ne prenez le traitement que pendant une période courte de quelques jours. Au-delà il faut consulter de préférence un médecin du sport. Si vous suivez ces conseils et évitez l’excès d’automédication, vous devriez pouvoir profiter de votre sport favori sans trop de désagrément.

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