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Paralympiques 2012

Paralympiques 2012: Oscar Pistorius, l'homme qui fait débat

Oscar Pistorius chora durante audiência em tribunal de Pretória
Oscar Pistorius chora durante audiência em tribunal de Pretória Reuters / David Gray

Après avoir foulé la piste d'athlétisme du stade olympique de Londres pour les Jeux olympiques, le Sud-Africain Oscar Pistorius s'apprête à faire ses troisièmes Jeux paralympiques où il va défendre ses trois titres obtenus à Pékin. Mais le sprinteur est loin de faire l'unanimité, que ce soit chez les valides, ou chez les handicapés.

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« Je ne peux pas décrire les sentiments que j’ai eus cette semaine. Merci à vous tous pour avoir joué un rôle dans l’une des meilleures semaines de ma vie ». A 25 ans, Oscar Pistorius, équipé de lames de carbone à la place des deux jambes, a fait tomber une barrière en participant aux Jeux olympiques de Londres 2012. Le 29 août prochain, il s’attaquera à ses troisièmes Jeux paralympiques. Le tout sans jamais laisser indifférent, toujours sous le feu des projecteurs.

Oscar Pistorius lors de la demi-finale du 400 mètres aux JO de Londres, le 5 août 2012.
Oscar Pistorius lors de la demi-finale du 400 mètres aux JO de Londres, le 5 août 2012. REUTERS/Michael Dalder

En effet, l’homme amputé des deux pieds à l’âge de 11 mois après être né sans péronés, alimente inlassablement la polémique dans le monde de l’athlétisme. Régulièrement invité sur des meetings avec les sportifs valides depuis 2004, Oscar Pistorius s'est vu interdire par la Fédération internationale en janvier 2008. Le prétexte : il tirait un avantage de ses prothèses en carbone, selon une étude officielle. Après cette décision, le coureur a entrepris une démarche auprès du Tribunal arbitral du sport, et obtenu gain de cause en mai 2008. D'où sa présence aux JO. Mais le débat n’est pas terminé.

« Il est dopé mécaniquement »

En janvier 2004, cet ancien joueur de waterpolo, de tennis et de rugby pulvérise le record du 100 mètres paralympique de près de 7/10 de seconde, en 11"51. Il n'a alors que 17 ans et fait parler de lui pour la toute première fois. Dès lors, tout s’enchaîne : l'été suivant, il se retrouve à disputer les Jeux paralympiques à Athènes, et remporte le 200 mètres amputés en devançant tous les unilatéraux (athlètes dotés d'une seule jambe). Sa médaille lui vaut sa première grande polémique. Les autres concurrents s’avouent lésés face au Sud-Africain et ses deux lames.

Huit ans plus tard, le débat n'a pas beaucoup changé. Interrogé sur le cas Pistorius, le Français Jean-Batiste Alaize, qui va participer aux Jeux paralympiques dans les 100, 200 et 4x100 mètres, ainsi qu'au saut en longueur, est sans nuance : « Pistorius est dopé mécaniquement ». Contrairement au Sud-Africain, ce coureur de 21 ans, amputé seulement d’un membre inférieur, fatigue plus rapidement sur sa jambe valide puisque sa course est asymétrique. « J’aurais préféré moi aussi avoir deux lames, c’est pour cela qu’il est très fort », lance le Français, dont la conclusion est implacable : « Pistorius ne devrait courir plus qu’avec les valides, personne ne peut le suivre sauf sur le 100 mètres où il a un départ lent. Mais quand il est lancé, il est capable de faire le record du 800 mètres. »

« Pas de mollets »

« On l’autorise à concourir avec les valides et les handicapés, et il a du mal à trouver sa place », déclare Julien Héricourt, directeur sportif de l’équipe française d’athlétisme pour les Jeux paralympiques. Il ajoute : « Depuis Daegu en 2011, Pistorius commence à faire peur ». Des deux côtés (et surtout celui des valides), le Sud-Africain suscite des interrogations après sa médaille chez les valides aux championnats du monde de Daegu, et sa place en demi-finales des JO de Londres cet été.

Comme l’explique Julien Héricourt, avec deux prothèses, Pistorius ne souffre pas de troubles de coordination. « Mais attention, il n’a pas de mollets, ce qui le désavantage fortement », nuance-t-il. Avantage ou désavantage ? Contrairement aux autres athlètes, Oscar Pistorius ne ressent pas la montée de l’acide lactique dans les mollets. Or, l’acide lactique est un obstacle dans l’entraînement et la progression d’un athlète.

Pierre Vazel, entraîneur de Christine Arron (championne du monde du 4x100 mètres en 2003), s'est intéressé à Oscar Pistorius et l'a filmé à Daegu pour une étude bio-métrique. Il déclare : « Sa foulée est plus courte que la moyenne, et il ne termine pas plus vite que l'ancien champion français Marc Raquil ». Il ajoute : « Oscar Pistorius peut travailler plus à l'entraînement, puisqu'il n'est pas sujet à des blessures aux mollets (fréquentes en sprint, ndlr) ». Pierre Vazel reste donc mesuré face aux possibilités de Pistorius qui s'entraîne environ dix fois par semaine.

« C’est une figure emblématique qui fait parler de nous »

Oscar Pistorius.
Oscar Pistorius. Reuters/Kai Pfaffenbach

Pour faire taire les détracteurs, peut-être faudrait-il qu’une catégorie soit créée au Jeux paralympiques pour les athlètes qui portent deux prothèses. « Mais ils ne sont pas assez nombreux », avance Julien Héricourt. « Je défie quiconque de prendre des prothèses et de faire la même chose que lui. C’est un champion qui travaille beaucoup et une figure emblématique qui fait parler de nous. Nous avons besoin de héros. Les valides ont Usain Bolt et nous avons Oscar Pistorius. » L'athlète français Jean-Batiste Alaize reconnaît lui aussi qu’Oscar Pistorius a permis de braquer un énorme coup de projecteur sur le handisport.

Le surnom de Pistorius, « Blade Runner » (qui signifie « coureur aux lames »), restera dans l’histoire de l’olympisme comme le premier athlète handicapé à avoir eu accès aux épreuves des Jeux olympiques et paralympiques, et la même année qui plus est. Reste à savoir s’il réussira un autre pari : fédérer autour de lui sans susciter de nouvelles polémiques.

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