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Boxe

La boxe amateur s'attaque au professionnalisme

Le boxeur français Mathieu Bauderlique.
Le boxeur français Mathieu Bauderlique. Courtesy of AIBA

L'Association internationale de boxe amateur (AIBA), qui gère cette discipline aux Jeux olympiques, a lancé sa propre compétition professionnelle, en octobre 2014. L’AIBA Pro Boxing (APB) est censée offrir un meilleur sort à de nombreux boxeurs, privés de ressources financières et d’exposition médiatique. Reste que l’APB fait grincer des dents au sein des grandes fédérations professionnelles.

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La boxe professionnelle vient-elle de vivre une petite révolution, près de 40 ans après le combat mythique « Rumble in the Jungle » à Kinshasa entre les Américains Mohamed Ali et George Foreman ? En octobre, l’AIBA Pro Boxing (APB) a vu le jour. Il s'agit d'une nouvelle compétition professionnelle lancée par l'Association Internationale de Boxe… Amateur (AIBA).

L’AIBA, seule fédération de boxe reconnue par le Comité international olympique (CIO), a en effet décidé de s’attaquer au professionnalisme, quatre ans après avoir déjà créé les World Series Of Boxing, un championnat semi-professionnel par équipes.

Certes, les joutes de l’APB ne sont pas aussi médiatisées que les combats de vedettes comme Vladimir Klitschko. Et il s’agit d’un championnat qui réunit 80 pugilistes moins célèbres (les huit meilleurs de chaque catégorie de poids). Mais les règles sont celles des combats pros : on n’utilise pas de casque, ni de coquille, ni de maillot ; les gants sont plus minces et les rounds plus longs.

« Les Jeux olympiques, la cerise sur le gâteau »

Autre révolution, les meilleurs de chaque catégorie iront à Rio, en 2016. Avant, les boxeurs devaient choisir entre tenter une carrière pro (et dire adieux aux Jeux) ou rester dans le giron de l’AIBA et rêver des JO (mais vivre chichement). L’APB leur offrira donc en théorie le beurre et l’argent du beurre.

« C’est une compétition très intéressante, explique Mathieu Bauderlique qui y participe chez les "mi-lourds". Les organisateurs sont vraiment très professionnels. On se sent beaucoup plus pro. Et l’avantage qu’il y a, au bout, ce sont les petits Jeux olympiques ! C’est un peu la cerise sur le gâteau ». A la clé, il y aussi un train de vie un peu plus aisé. « Les primes de matches sont intéressantes, ajoute le Français. On en touche une aussi à la signature du contrat. Grâce à ça, on peut vivre de la boxe une année, environ. »

Khedafi Djelkhir, engagé chez les poids coqs, est également heureux que l’APB ait été créée. « Quand on m’a parlé de ça, je n’ai pas hésité une seconde, explique-t-il. J’ai sauté sur l’occasion assez rapidement ». Et pour cause : celui qui a remporté la médaille d’argent aux Jeux olympiques 2008 avait dû arrêter la boxe durant 16 mois, faute de combats et de moyens financiers. Comme beaucoup d’autres avant lui. « Ce qui m’a tiré de ma mini-retraite, c’est cette compétition-là, souligne le Français de 31 ans. Elle m’offre une chance de participer une troisième fois aux Jeux olympiques ».

Brahim Asloum, icône de la boxe en France, a connu les mondes pro et amateur. Pour le champion olympique 2000, leur rapprochement va dans le bon sens : « Cette réforme permet aux boxeurs français de combattre régulièrement, d’avoir une vraie visibilité, d'être suivis comme des athlètes de haut niveau, de gagner correctement leur vie et d’avoir de vraies perspectives internationales. […] Là, tu pourras boxer pour ton pays, tu pourras vivre de ta passion et t’exprimer au niveau individuel. Tout sera regroupé. Comme dans les sports majeurs, en réalité ! Comme en football, comme en basket, comme en handball ! »

Des fédérations privées scandalisées

Reste que l’incursion de l’AIBA hors de ses terres ne fait pas que des heureux. Surtout au sein des quatre grandes fédérations qui se partagent le gâteau de la boxe professionnelle. « L’immixtion de l’AIBA constitue une approche très agressive, que ce soit en termes commerciaux et financiers, estime ainsi Gilberto Jesus Mendoza le vice-président de la World Boxing Association (WBA). Les fans de boxe du monde entier s’identifient déjà aux deux types de boxe, amateur et pro ».

L’attaque est tout aussi sévère de la part du World Boxing Council. « L’AIBA a créé une situation très confuse dans le monde de la boxe, assure son président Mauricio Sulaiman. Son attitude constitue une menace pour les compétitions de boxe de plusieurs pays. Il s’agit d’abus de pouvoir, de discrimination et d’attitude monopolistique. Le WBC a tenté d’évoquer le problème avec le CIO et l’AIBA. [...] Maintenant, l’AIBA a retiré le mot "amateur" de son nom. »

Ces critiques font sourire Brahim Asloum : « La chance qu’a l’AIBA, c’est que la situation se prête à merveille à cette réforme », souligne-t-il. De fait, les grandes fédérations ont contribué à créer un système confus et concurrentiel dont elles paient sans doute le prix aujourd'hui. « La formule de l’AIBA les concurrence, c’est vrai, souligne Asloum. Mais la boxe mondiale est constituée à 90% de boxeurs amateurs ». Il ajoute : « Cette réforme était indispensable pour la boxe. Parce qu’elle est au plus mal. En tout cas en France. »

Khedafi Djelkhir confirme : « Qui vit de la boxe en France ? Je ne connais pas beaucoup de boxeurs français qui vivent entièrement de leur sport. Beaucoup sont obligés de travailler à côté. Seuls un ou deux, qui sont en fin de carrière, en vivent. » Brahim Asloum martèle : « Le système passé n’est plus en adéquation avec le monde du sport actuel. […] Le problème, c’est qu’on a laissé trop de gens au bord de la route. Là, un maximum de boxeurs va pouvoir s’exprimer. Le véritable intérêt il est là. »

Pour Mauricio Sulaiman de la WBC, le système mis en place par l'AIBA est « voué à l'échec », tandis que Brahim Asloum conclut : « La vraie lumière sur cette réforme viendra de Rio 2016, parce qu’on aura pour la première fois des professionnels aux Jeux olympiques. »

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