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Sports / Azerbaïdjan

A Bakou, des Jeux européens «de la répression» à faible enjeu sportif

Devant l'un des stades où se déroulent les Jeux européens à Bakou, le 11 juin 2015.
Devant l'un des stades où se déroulent les Jeux européens à Bakou, le 11 juin 2015. AFP PHOTO / KIRILL KUDRYAVTSEV

Les Jeux européens qui se sont ouverts ce vendredi 12 juin à Bakou réunissent jusqu’au 28 juin 600 athlètes venus de 49 pays du continent. Le choix de l’Azerbaïdjan pour tenir cette première édition des Jeux européens est largement critiqué, en raison des atteintes récurrentes aux droits de l’homme dans ce pays. Sur le plan sportif, hormis pour le judo, les enjeux sont faibles.

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Le monde anglophone a ses jeux du Commonwealth, les Amériques ont les Jeux panaméricains, l’Afrique les Jeux africains, sans oublier les Jeux asiatiques, les Jeux méditerranéens, ou encore les Jeux de la francophonie... Désormais, donc, l’Europe a, elle aussi, sa compétition multisports : les Jeux européens, dont la première édition s’est ouverte ce vendredi à Bakou, en Azerbaïdjan. Destinés à être organisés tous les quatre ans, ces jeux rassemblent des athlètes de 31 disciplines sportives.

Peu de stars dans les stades

Le judo profite de l’évènement pour tenir ses propres championnats d’Europe. L’équipe de France sera donc au complet, à l’exception de Teddy Riner, forfait sur blessure. En revanche, et même si onze des 31 disciplines représentées vont délivrer des billets pour les Jeux olympiques de Rio en 2016, les stars vont cruellement manquer. Les absents de poids seront nombreux en athlétisme et natation : en pleine année de Championnat du monde, ces Jeux européens tombent mal, en effet. La piste sera donc réservée aux athlètes de 3ème Division. Quant à la piscine, elle n’accueillera que des nageurs de 16 à 18 ans.

Il n’empêche, Bakou a vu grand pour accueillir au mieux l’événement. Dix-huit sites de compétition ont été édifiés, dont un stade de 66 000 places, pour un budget total atteignant 1 milliard d’euros. L’idée étant de masquer l’état de pauvreté du pays, le régime autoritaire et les problèmes récurrents liés aux droits de l’homme.

Plusieurs organisations ont d’ailleurs vivement critiqué la tenue de ces jeux en Azerbaïdjan. Des critiques d’autant plus virulentes que le régime d’Ilham Aliev a encore renforcé la répression de toute contestation, arrêtant les opposants et muselant les journalistes.

« La société civile est muselée »

L’ONG Amnesty International, qui a publié un rapport intitulé « Azerbaïdjan : les jeux de la répression », est persona non grata en Azerbaïdjan, tout comme les journalistes de plusieurs médias internationaux, dont Regis Genté, correspondant régional de RFI. Depuis un an, en Azerbaïdjan, « le pays vit au rythme de l’approche des Jeux européens », rapporte Sacha Koulaeva, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de la FIDH. « Les activistes sont arrêtés justement en prévision des jeux pour qu’il n’y ait aucune contestation. La société civile est muselée », regrette Sacha Kouleva.

Pour le président Ilham Aliev, ces Jeux européens sont « un enjeu énorme pour passer le message de sa puissance, de l’image de son régime dans le monde », juge la responsable de la FIDH. « Nous avons appelé depuis quelque temps déjà, les leaders européens à ne pas se rendre à la cérémonie d’ouverture des jeux sans conditionner leur présence à la libération des prisonniers politiques, rapporte-t-elle. Ce message est passé, mais malheureusement la satisfaction est amère parce qu’on n’a pas pu observer de libération des prisonniers politiques pour la liberté desquels on se bat. »

Mise en scène de violences policières par des militants pro-démocratie à Prague, lors d'un rassemblement contre la tenue des Jeux européens à Bakou.
Mise en scène de violences policières par des militants pro-démocratie à Prague, lors d'un rassemblement contre la tenue des Jeux européens à Bakou. REUTERS/David W Cerny

Fermeture annoncée du bureau de l'OSCE

Autre « victime » des Jeux européens : l’OSCE. Le bureau de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a quant à lui appris le 5 juin qu’il avait un mois pour fermer ses portes. Une injonction que le ministère des Affaires étrangères a justifiée par le fait que « le pays se développe rapidement et nous avons décidé qu'il n'y avait plus besoin d'un bureau de l’OSCE à Bakou ». Mais il s’agit en fait plutôt de la réponse qu’adresse le gouvernement azerbaïdjanais à la tribune publiée openDemocracy, co-signée par la représentante de l’OSCE pour la liberté des médias. Dunja Mijatovic y enjoint aux athlètes de prendre position contre le régime dont elle dénonce « la brutalité des méthodes d'intimidation, de harcèlement et d'obstruction ».

Et, tandis que la première édition s’ouvre à peine, le futur des Jeux européens est déjà fragile : les Pays-Bas, qui devaient organiser la prochaine édition, en 2019, ont annoncé mercredi y renoncer, faute de financements suffisants.

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