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Cyclisme

Tour de France: Tsgabu Grmay, un Ethiopien dans le sillage des Erythréens

Tsgabu Grmay, au départ de la 12e étape à Montpellier, le 14 jullet 2016.
Tsgabu Grmay, au départ de la 12e étape à Montpellier, le 14 jullet 2016. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Tsgabu Grmay est le premier coureur éthiopien à courir le Tour de France, la plus grande course à étapes du monde. Loin de Mekele, sa ville natale, il vit son rêve après avoir déjà pris part au Giro (Italie) et à la Vuelta (Espagne). Comme les Erythréens l'an dernier, Tsgabu Grmay restera dans les annales du cyclisme en devenant le premier à fouler les routes de Tour de France. Rencontre.

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« Merci à vous de me rendre célèbre ». C’est ainsi que s’est terminé notre long entretien avec Tsgabu Grmay, dans un hall d’Hôtel très feutré du côté d’Andorre, lors de la première journée de repos du Tour, un lundi.

Le tour du pâté de maisons à fond la caisse

Bien calé dans son fauteuil, le premier Ethiopien du Tour de France est loin de son pays natal. Il l'a quitté jeune pour tenter l'aventure. D'abord en Afrique du Sud, puis en Europe, dans une petite ville suisse très aseptisée du nom d'Aigles, où siège le Centre mondial du cyclisme. Un parcours énorme pour ce jeune homme de 24 ans. Il débute la compétition sur le tard, à 16 ans, dans la ville de Mekele au nord de l'Éthiopie, à 2 000 mètres d’altitude, proche de l'Erythrée.

Enfant, Tsgabu Grmay, qui fait aujourd’hui la fierté de ses dix frères et sœurs, pédalait comme un dingue. Autour du pâté de maisons, il s’imagine en course, tentant d’imiter son garagiste de père, coureur amateur.

 « J’ai toujours été sur un vélo. J’ai voulu aussi imiter un de mes frères qui faisait de la compétition et je l’ai suivi », narre-t-il. Sa toute première compétition amateur, il la gagne à domicile, sur un circuit, en s’échappant dans les deux derniers tours. La vie de Tsgabu Grmay tient du conte de fées. Sur son chemin, il croise des personnages qui lui ouvrent les routes du Tour de France. Notamment, son « père spirituel » Jean-Pierre van Zyl, ancien coureur sur piste, qui a participé aux JO d’Atlanta, et dirige actuellement le centre africain de cyclisme basé à Potchefstroom, en Afrique du Sud. 

« Il a tout de suite montré des qualités »

En 2011, le voilà arrivé au Centre mondial où il découvre un aure personnage du cyclisme : Michel Thèze. Avec lui, et Jean-Jacques Henry son successeur, Grmay apprend tout : la tactique de course, le placement dans le peloton, l’alimentation. Et le  garçon qui détestait l'école s'applique. « Il a tout de suite montré des qualités. Surtout, il était très attentif, facile à diriger. Sa progression a été rapide. Il lui faut maintenant confirmer avec une belle victoire », avance Michel Thèze, certain que d’autres coureurs éthiopiens pourraient émerger si le cyclisme était un peu plus développé dans cet état de la Corne de l'Afrique.

Lors de sa première compétition en France, Tsgabu Grmay s'attaque à la Côte picarde, défie le vent et la pluie, tellement loin de ce petit deux-pièces qu’il partageait avec sa famille. Avec elle, en 2007, il découvre le Tour de France à la télévision et se fascine pour Alberto Contador. Maintenant, il roule aux côtés de son idole.

La nouvelle vie de Tsgabu Grmay est une aubaine pour sa famille. Grâce à lui, le père a quitté son emploi de garagiste à 65 ans pour prendre une retraite méritée et certains de ses frères et sœurs ont ouvert leur propre affaire. « En Afrique, contrairement à vous, on se doit d’aider la famille », lance-t-il avec un sourire un peu gêné. Son père a désormais une voiture et il peut aller à l’église chaque jour « tranquillement ».

L'ami des Erythréens Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus

« J’ai fait le plus difficile, quitter mon pays et venir en Europe. Aujourd’hui, je suis sur le Tour. Les moments compliqués sont derrière moi ». Celui qui devait chaque soir aller aider son père au garage est comblé. Il vit à Lucca en Italie, au milieu de la Toscane, où il partage son temps libre et quelques entraînements avec ses deux amis Érythréens : Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus. Les problèmes politiques entre les deux pays n’altèrent pas leur amitié. Comme eux, il est venu se faire un nom sur le continent où son sport déchaîne parfois les passions.

Jean-Michel Monin, ancien pistard et médaillé d’or à Atlanta lors des JO de 1996 se souvient de ce petit pays du vélo. « A Berlin, lors d’une manche de coupe du monde en 1997, il y avait un coureur éthiopien. Il était seul et voulait bien faire. Son histoire nous avait émus. Il y a 20 ans, je n’aurais pas imaginé voir un Ethiopien sur le Tour », lance-t-il.

« Je ne serai jamais aussi célèbre qu'Haile Gebreselassie », concède Tsgabu Grmay en plaisantant. Pourtant, il entrera bel et bien dans les livres d’histoire du cyclisme pour avoir ouvert la voie à l’Ethiopie, autrement que sur une piste d’athlétisme.

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