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JO 2016 / Maroc

Equitation: Abdelkebir Ouaddar, de Marrakech à Rio par la voie royale

Le Marocain Abdelkebir Ouaddar et sa monture Quickly de Kreisker.
Le Marocain Abdelkebir Ouaddar et sa monture Quickly de Kreisker. ©RBpresse/J.Rodrigues

Abdelkebir Ouaddar, 54 ans, sera le porte-drapeau du Maroc aux Jeux olympiques 2016. Un honneur de plus pour ce cavalier au destin peu commun, élevé puis soutenu par la famille royale. Rencontre.

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Un doux soleil baigne le réputé domaine équestre de Bois-le-Roi, en région parisienne, en ce mois de mai 2016. Quelques flaques d’eau laissent deviner les lourdes averses de la veille. Mais sur le visage d’Abdelkebir Ouaddar, pas une ombre n’apparaît, malgré ses 54 ans.

Le Marocain conserve en permanence le sourire de ceux à qui tout semble réussir dans la vie. « En équitation, il faut faire aussi les choses pour soi, avec plaisir, expose-t-il. Si tu attaques un concours avec la seule idée de gagner, ce n’est pas bon. ».

Celui qui sera le porte-drapeau du Maroc aux Jeux olympiques 2016 a pourtant une lourde responsabilité : rendre à la famille royale marocaine la confiance qu’elle lui a toujours accordée.

Une princesse tombe sous son charme

Son histoire incroyable avec les Alaouites a commencé alors qu’Abdelkebir Ouaddar a 8 ans : « Un jour, la princesse Lalla Fatima Zohra, la sœur de Sa Majesté Hassan II, a été invitée à Marrakech, chez de la famille. Je jouais au football avec les gamins, juste à côté. Dans la famille royale, on aime bien la compagnie. C’est la tradition. La princesse, qui m’a vu, est ensuite allée voir mon père et elle lui a demandé : "Est-ce que ça ne vous dérangerait pas que Kébir vienne avec mes enfants ? Je m’occuperai de lui comme un des miens" ».

La mère d'Abdelkebir Ouaddar est effondrée, mais son père, puisatier à Aït Ourir (à côté de Marrakech), pense surtout à l’avenir de son fils. L’enfant suit donc la cour royale à Rabat. « Le contact avec la famille royale s’est fait facilement parce que ce sont des gens simples, assure-t-il. Et puis, la princesse était très gentille. Elle s’est occupée de moi comme si j’étais un de ses enfants. J’ai toujours eu tout ce que je voulais. Un chauffeur me conduisait deux fois par mois chez mes parents, pour voir ma mère. Du coup, elle était rassurée ».

Une autre princesse l’initie à l’équitation

Au palais, le petit Kébir – son surnom – découvre plusieurs sports, mais surtout l’équitation. « J’ai toujours été attiré par les chevaux, raconte-t-il. Au Maroc, il y a une tradition qu’on appelle la Fantasia [1]. A côté du patelin où je suis né, il y a une fête [un « Moussem », ndlr]. Je faisais tout, à chaque fois, pour aller voir les chevaux. J’adorais ces bêtes, leur manière de galoper, même si j’en avais une peur bleue ».

Une autre sœur d’Hassan II, la princesse Lalla Amina, présidente de la Fédération royale marocaine de sports équestres (FRMSE), le pousse vers cette discipline. « Durant un mois, elle est venue me chercher régulièrement pour m’apprendre à ne plus avoir peur des chevaux, explique-t-il. C’est grâce à elle que j’ai mis le pied à l’étrier ».

Un « Sorcier » lui apprend ses tours

Abdelkebir Ouaddar se pique alors de passion pour le saut d’obstacles. « Ça donne de l’adrénaline et je suis un gagneur », lance-t-il. A l’âge de 12 ans, on l’envoie donc en stage en France chez Nelson Pessoa, une icône de l’équitation. « Il m’a appris à avoir le rythme, la bonne cadence », souligne le Marocain. Durant une décennie, l’apprenti se rend régulièrement chez celui qu’on surnomme le « Sorcier ».

Abdelkebir Ouaddar participe aussi régulièrement à des compétitions de haut niveau, dont les Jeux méditerranéens (1997, 2005, 2009). Mais le Marrakchi est encore loin des sommets. La plupart du temps, il donne des cours d’équitation au Maroc à une soixantaine d’enfants. Plus pour son plaisir que par nécessité. « Quand tu évolues au sein de la famille royale, elle assure ton avenir », esquive-t-il pudiquement.

Un bon génie le prend sous son aile

Les années passent et Abdelkebir Ouaddar, marié et devenu père, vit confortablement au milieu des chevaux. C’est une nouvelle fois une rencontre qui va changer son destin. Le prince Moullay Abdellah, fils de sa bienfaitrice et nouveau président de la FRMSE, veut dynamiser la discipline au Maroc. Il invite notamment Marcel Rozier, double médaillé olympique (or en 1976 et argent en 1968), à superviser le Morocco Royal tour 2011.

C’est lors de l’étape à El Jedida que le Français, référence du saut d’obstacles, remarque Abdelkebir Ouaddar. « Je ne le connaissais pas, se rappelle l’ex-entraîneur de l’équipe de France (1977 à 1985, puis 1999 à 2000). J’ai alors dit au président de la Fédération royale marocaine : "Ce garçon a du talent." Sans arrière-pensées. Je trouvais qu’il sortait un peu du lot, qu’il avait du charisme, une volonté de gagner, une bonne tête. Kébir a quelque chose qui plait ».

Une ascension fulgurante

Abdelkebir Ouaddar rejoint Marcel Rozier en France, en 2012. Le roi Mohammed VI décide de financer leurs projets. Il leur achète le cheval Porche du Fruitier avec lequel le Marocain obtient une surprenante troisième place au réputé Global Champions Tour de Monte-Carlo.

Ce dernier enchaîne ensuite les places d’honneur et les coups d’éclat. Et lorsque les victoires arrivent, les organisateurs, qui n’ont pas prévu de drapeau marocain, sont pris de court. « J’ai toujours quelques drapeaux dans mon camion, au cas où, s’amuse le cavalier. Maintenant, les organisateurs savent qu’on n’est pas là pour faire de la figuration ».

Un cheval volant

D’autant que les succès s’enchaînent avec la nouvelle monture d’Abdelkebir Ouaddar, Quickly de Kreisker. « Un jour, on était à Dinard [ouest de la France, Ndlr] pour acheter un cheval capable d’épauler Porche, narre-t-il. On a repéré ce cheval qui appartenait à un ami de Marcel. Dès que je l’ai vu, j’ai eu un petit coup de cœur ». Il ajoute : « Marcel a vu qu’il était un peu agile et malin, comme moi. »

« On est tombé sur le bon numéro, confirme Marcel Rozier. Acheter des chevaux, c’est facile à dire, mais ce n’est pas facile à faire ! Il faut être sûr que le couple va former un bon mariage ».

Abdelkebir Ouaddar, Quickly de Kreisker et Marcel Rozier, un trio gagnant.
Abdelkebir Ouaddar, Quickly de Kreisker et Marcel Rozier, un trio gagnant. ©RBpresse/J.Rodrigues

Le binôme fait des étincelles. Abdelkebir Ouaddar devient le premier Marocain à disputer les Jeux équestres mondiaux et le premier à se qualifier pour les Jeux olympiques en saut d'obstacle. Il sera d’ailleurs le seul représentant du monde arabe à Rio, dans sa spécialité. « J’adresse un message à la Fédération équestre internationale, dit-il plus solennellement. Un seul cavalier arabe qualifié, c’est peu. Parce qu’il y a beaucoup de pays arabes où l’on monte, désormais. La Tunisie, l’Algérie, le Maroc, le Qatar, l’Arabie saoudite, la Syrie… Deux ou trois cavaliers arabes aux JO, ce serait mieux ».

Un triomphe au Grand Palais

L’année 2016 est celle de la consécration. Dix jours après avoir décroché sa place à Rio, Abdelkebir Ouaddar s’impose au prestigieux Grand Prix Hermès, un concours cinq étoiles. Dans le cadre enchanteur du Grand Palais à Paris, le Marocain et sa monture électrisent le public. « Gagner comme ça, c’est une récompense pour le travail fourni pendant des années et des années, savoure-t-il. Je n’y ai pas affronté n’importe qui, mais les meilleurs mondiaux ! »

Marcel Rozier, 80 ans, dont plus de 50 années dans le milieu hippique, n’en revient toujours pas : « C’est une histoire vraiment incroyable ! Je ne connais pas d’autre couple arrivé aussi vite aussi haut. Et maintenant, on va aux JO, ce qui est l’apothéose. »

Un emblème à Rio

A Rio, Abdelkebir Ouaddar défilera en tête de la délégation de son pays. « Même des gens peu impliqués dans l’équitation suivent mon parcours, assure-t-il. Les Marocains aiment voir leur drapeau se lever ». Il conclut : « J’ai le sentiment qu’on va créer une petite surprise. »

Lors des JO, l’ex-gamin de Marrakech repensera surement à sa bienfaitrice, la Princesse Lalla Fatima Zohra, qui lui a offert ce conte de fées. Cette dernière, sur son lit de mort, avait confié à Ouaddar, qu’elle avait senti au premier regard que le petit Kébir avait quelque chose de spécial…


[1] Discipline où une quinzaine de cavaliers doivent galoper en rangs serrés et tirer un coup de fusil simultanément.

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