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Cyclisme / France

Disparition de Raymond Poulidor, l'éternel second du Tour de France

Raymond Poulidor lors des Tours de France 1973 et 1974.
Raymond Poulidor lors des Tours de France 1973 et 1974. AFP

Raymond Poulidor s’est éteint dans la nuit du mercredi 13 novembre 2019, à l’âge de 83 ans. Il était l’un des coureurs cyclistes les plus populaires dans les années 1960 et 1970, sans avoir jamais gagné la Grande Boucle malgré ses huit podiums.

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« Je suis certain que si j’avais gagné deux ou trois Tours de France, on ne parlerait plus de Poulidor », nous avait lâché le coureur dans un éclat de rires il n'y a pas si longtemps. « Poupou » nous a quittés la nuit dernière dans son Limousin natal, à Saint-Léonard-de-Noblat, en Haute-Vienne. Le cœur fatigué, selon son épouse, il était hospitalisé depuis le mois d'octobre.

Ne pas avoir gagné le Tour de France ne laissait visiblement aucun regret à Raymond Poulidor. Il avait même réussi à devenir une marque. « J’en tire un bénéfice énorme ! Le reste de ma carrière est oublié depuis longtemps. Quand je rencontre des gens, la question est toujours la même : "Pourquoi vous n’avez jamais gagné le Tour ?" », racontait-il volontiers. Tout en ajoutant : « Même celui qui ne s’intéresse pas à l’actualité du cyclisme et à ce sport sait que j’étais l’éternel second. Moi, j’ai fait deuxième derrière trois générations différentes ».

« Vas-y Poupou ! »

Né à Masbarraud-Merignat dans la Creuse le 15 avril 1936, Raymond Poulidor était issu d’une famille de paysans métayers. Après avoir suivi ses frères André et Henri, qui disputaient des courses cyclistes régionales pour égayer les dimanches, il décide à son tour de s'y mettre.

Raymond Poulidor est entré dans la légende de « l'éternel second » du Tour de France en s’opposant à Jacques Anquetil dans les années 1960, puis Eddy Merckx dans les années 1970.

En juillet 1962, tandis que Jacques Anquetil, vainqueur pour la troisième fois, rejoignait Louison Bobet dans les annales du Tour de France, L'Écho du Centre avait titré : « Vas-y Poupou ! » Depuis, l’expression est devenue légendaire. « Où Anquetil incarnait la partie libre de l'homme, Raymond Poulidor incarne sa partie fatale », avait un jour écrit l’écrivain Antoine Blondin, pour le quotidien L’Équipe.

La rivalité entre Anquetil et Poulidor restera comme l'une des grandes oppositions du sport français, avec en point d'orgue un combat coude à coude sur les pentes du puy de Dôme dans le Tour 1964. À l'époque, la France était divisée en deux camps : poulidoriens et anquetilistes.

Jacques Anquetil (G) au coude à coude avec son compatriote Raymond Poulidor dans l'ascension du Puy de Dôme, le 12 juillet 1964.
Jacques Anquetil (G) au coude à coude avec son compatriote Raymond Poulidor dans l'ascension du Puy de Dôme, le 12 juillet 1964. AFP

La malchance aura marqué la carrière de Raymond Poulidor. Lors du Tour 1968, un motard le percute au moment où se dessinait sa victoire. Durant le prologue du Tour 1971, il rate le maillot jaune pour 79/100e de seconde. En 1976, alors qu’il a atteint l’âge de 40 ans, Raymond Poulidor monte une dernière fois sur le podium du Tour, derrière Lucien Van Impe et Joop Zoetemelk.

« Tout ce qui se présentait pour moi était un rêve »

Depuis 1977 et ses derniers coups de pédales, Raymond Poulidor, qui détient à ce jour le record du nombre de podiums sur la Grande Boucle – huit au total – sans jamais avoir porté une seule journée le Maillot jaune, est resté extrêmement populaire. Après avoir participé à 14 Tours de France en tant que coureur, « Poupou » a fait partie de la caravane durant quarante-trois éditions.

La France des villages et des sous-préfectures, il la connaissait par cœur. Chaque matin, on faisait la queue pour obtenir une photo dédicacée au village départ, toutes générations confondues. Le reste de l’année, il se livrait à des séances de dédicaces de ses nombreux livres, la plupart du temps dans des supermarchés à la rencontre de son public. Un engoument dont le « champion » faisait mine de s'étonner, mais qui ne manquait pas de faire des jaloux. Pourtant, qui d’autre mieux que lui incarne encore aujourd’hui, dans l’inconscient collectif, la plus grande course cycliste du monde ?

Raymond Poulidor.
Raymond Poulidor. AFP/Eric Feferberg

Crédule, Raymond Poulidor s'étonnait souvent de ce qui lui arrivait. Loin des rudes journées de son adolescence lorsqu’il grattait la terre pour un salaire de misère. Qu’aurait-il fait si le cyclisme n’avait pas changé sa vie ? « J’aurais été paysan. Je serais resté dans ma Creuse natale derrière une charrue », nous avait-il confié à voix basse lors d’un entretien en 2012.  « Nous étions une famille sans argent et je n’ai souffert de rien, avouait-il. Nous étions heureux. Je peux dire que j’ai gagné beaucoup d’argent par rapport à mes parents, mais je n’ai jamais eu aucune ambition. Tout ce qui se présentait pour moi était un rêve. Que je gagne ou que je ne gagne pas, cela n‘avait pas beaucoup d’importance à mes yeux. »

En 2016, à l'occasion de ses 80 ans fêtés sur le Tour de France, Poulidor avait confié : « Le Tour de France, c'est ma vie. Le jour où je ne ferai plus ça, c'est ma mort. Je ne viendrai pas sur le Tour avec des béquilles ». Jusqu'à sa mort, il aura donc fait partie du paysage. Homme jovial, il restera « poupoulaire » à jamais.

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