Accéder au contenu principal
Portraits

Le défi de Redwane, marathonien malgré le handicap

Le journaliste Redwane Telha s'est lancé un défi : courir le marathon de Paris en 2021.
Le journaliste Redwane Telha s'est lancé un défi : courir le marathon de Paris en 2021. Archives personnelles Redwane Telha / Laura Lafon

Redwane Telha s'est fixé un objectif : courir le marathon de Paris en avril 2021. Un défi costaud pour un néophyte de l’endurance. Redwane doit en plus y parvenir en dépit de son obésité… et de son handicap : le néo-marathonien est hémiplégique. Oui mais voilà, Redwane est « ultra borné et têtu », et il compte bien réussir. Rencontre.

Publicité

Déjà recordman du monde du marathon, Eliud Kipchoge est devenu, le 12 octobre 2019 à Vienne en Autriche, le premier homme à descendre sous la barre des 2 heures sur la distance. En matière de course, « il n’y a aucune limite », avait martelé le Kényan.

A priori, Redwane Telha ne rivalisera jamais avec le champion olympique. Les deux n’ont pas vraiment le même niveau. Mais ils partagent une même idée : aucune barrière n’est infranchissable. Courir le marathon, un défi trop grand pour Redwane ? Chiche.

Droit dans ses baskets, focus sur Paris 2021

Redwane Telha relève le challenge : il courra le marathon de Paris d’avril 2021. Un objectif balèze pour le journaliste de 27 ans, qui n’a pas exactement le profil du parfait fondeur. À son dernier passage sur la balance, juste avant Noël, le chiffre est tombé : encore 113 kilos, pour 1,78m. « J’ai pris énormément de poids ces derniers temps », constate-t-il. 113 kilos, c’est beaucoup pour qui veut engloutir les 42,175 km du marathon. Redwane le sait : pour y arriver, il va devoir éliminer cette obésité.

Le néo-marathonien doit composer avec un autre paramètre qui, lui, ne peut être supprimé mais seulement apprivoisé. Depuis sa naissance, Redwane est hémiplégique. « Chez moi, c’est une semi-paralysie de tout le côté droit. Je peux faire tous les mouvements du côté droit, mais grossièrement », explique-t-il. Grosso modo : « C'est comme dans un tunnel, quand ton téléphone ne capte plus très bien ; tu entends des bribes, tu chopes quelques trucs, mais pas tout. »

Pas facile, avec cette paralysie partielle, de l’imaginer galopant des heures durant dans les artères de la capitale. Et pourtant, qu'importe le handicap, la démarche boiteuse ou les kilos en trop. Redwane n'en démord pas : il sera au départ et à l’arrivée du marathon de Paris 2021.

« Faire un truc que même certains sportifs n’arrivent pas à faire »

L’endurance, jusqu'à récemment, n’était pas vraiment le truc du gosse d’Argenteuil et de Saint-Gratien. Français d’origine algérienne, « bi-national assumé » et fier de ses racines, Redwane est plutôt branché basket. Gamin, il a biberonné avec les prouesses de Michael Jordan. Parmi ses idoles, il cite aussi Tim Hardaway. Puis, vinrent les années 2000 et « une vraie grosse passion » pour Dwyane Wade, « un truc complétement fou ». Et impossible de passer à côté de LeBron James, « basketteur gaucher qui a appris à jouer de la main droite ». Le clin d'oeil n'est pas anodin pour Redwane Telha, libre à gauche mais limité à droite.

Lui et sa famille n’ont jamais su l’origine exacte de cette blessure au cerveau qui a causé ce handicap. L’infirmité, tenace, n’a pourtant pu mettre en sourdine l’appel de la balle orange. Trop mordu, le petit Redwane a fini par s'inscrire dans un club de basket. Les souvenirs restent : « C'était très dur, surtout dans les premiers temps, car je jouais avec des gamins valides. Forcément, je courais moins vite, j'avais moins d'agilité qu'eux. Mais j'ai beaucoup travaillé et au final, j'ai réussi à avoir un niveau, pas génial mais pas honteux non plus. J’ai fait du basket pendant dix ans. »

Aujourd’hui, place au marathon. Le journaliste, rédacteur en chef à France Inter et présent à l’écran sur Clique TV, a mûri ce projet pendant quelques mois. Il voulait gommer ce surpoids installé et, en plus, réaliser quelque chose d’important. Il a pensé à gravir l’Everest, faire du MMA, dunker… Et puis, le marathon s’est imposé comme une évidence. « J’avais envie de faire un truc que même les personnes valides et certains sportifs n’arrivent pas à faire. C’était une volonté de me prouver à moi-même et aux autres que je pouvais le faire », raconte Redwane. Après les paroles, place aux actes : le coureur en herbe a commencé sa préparation en novembre, 500 jours avant le marathon de Paris 2021.

Se réconcilier avec son corps

Redwane Telha s’est associé aux studios Nouvelles Écoutes pour raconter son défi dans un podcast bimensuel, pensé autant pour lui que pour ceux qui voudront y prêter une oreille. Ce projet l’amène à des rencontres très diverses, avec leurs lots d’échanges et de moments à part. « Raconter, c’est ce qui m’intéressait. Certaines personnes avec des handicaps, physiques ou sociaux, peuvent s’y reconnaître », confie Redwane. Le nom de son podcast, « Cours, Redwane, cours ! », est bien sûr une référence au film multi-Oscarisé Forrest Gump et la course folle du personnage interprété par Tom Hanks (voir plus bas) : « C'est courir pour aller mieux, pour se réapproprier ce corps, se sentir mieux avec lui-même. Dans cette course individuelle, il embarque plein de monde qui se reconnaît en lui ou entre en empathie avec lui. »

Avant de devenir ce gaillard déterminé, Redwane a vécu des hauts et des bas. Comme tout le monde ou presque. Lui a dû faire avec cette hémiplégie. Longtemps, le handicap a été « un tabou », « compliqué à vivre ». « J’ai eu du mal à m’accepter en tant qu’handicapé », lâche Redwane. Ce n’est que « vers 20-21 ans » qu’il s’est déclaré en tant que tel aux yeux de l’État. Il n’a pas oublié : « À Argenteuil, être fils d’Algériens, être Reubeu, ce n’est pas une différence. Ne pas être de classe CSP+, ce n’est pas une différence. Par contre, le handicap a été une vraie différence que je n’assumais pas. » Avant l’âge de 15 ans, « c’était très dur, très violent ». « Il ne fallait pas se montrer faible alors que le handicap était vu comme une faiblesse », témoigne-t-il.

« Ça va beaucoup mieux ces dernières années », poursuit Redwane Telha. Le journaliste a travaillé sur lui-même. L'âge, le travail, les rencontres ont fait leur oeuvre. « Cours, Redwane, cours ! » est une étape en plus de sa propre exploration, partagée avec le public. En filigrane, Redwane vise une « réconciliation totale » avec ce handicap qui constitue aussi son identité, l’homme qu’il est.

Joue-la comme D-Wade

Le marathon de Paris 2021 est encore loin. Sans surprise, quand Redwane a présenté son projet à ses proches, il y a eu du scepticisme. C’est que chez les Telha, le marathon, ce n’est pas trop sur la liste des loisirs habituels. Surtout quand on boite. Mais la préparation avançant, les doutes se lèvent peu à peu. « En y réfléchissant, ils se disent qu’en fait, c’est possible. Et puis, ils savent que je suis un mec ultra borné, têtu, que je suis très relou vis-à-vis de moi-même », sourit l’apprenti-marathonien, qui peut notamment compter sur son épouse Assia pour le pousser à se dépasser.

Attention quand même aux premiers bobos inévitables - la machine n'est pas habituée à une telle sollicitation - et aux erreurs. « Avant, quand je faisais du sport, mon handicap était mon premier adversaire. J’essayais toujours de le combattre et de le faire plier. Et assez souvent, je me faisais mal », note l’athlète en herbe. Mauvaise idée. Bilal El Atreby, son coach, a bien cerné le personnage. Et il a trouvé les bons mots et les bons exemples : « Il m’a dit de regarder ce que faisaient Kobe Bryant, LeBron James, D-Wade… Leurs blessures font partie d’eux et ils cohabitent avec. Quand ils s’entraînent, ils prennent en compte leurs blessures pour avoir quand même la performance la plus optimale. Mon coach m’a dit que je devais envisager mon handicap comme une contrainte, pas comme un truc à combattre. Et depuis, ça va beaucoup mieux. »

Redwane Telha a aussi fait appel à un kinésithérapeute et une diététicienne. Il s’agit de se préparer au mieux pour avaler le marathon visé en moins de six heures, le chrono-limite. Avec l’entraînement progressif et le travail, l’organisme coince un peu et l’épuisement guette. Là aussi, il y a un équilibre à trouver. Les premiers résultats sont quand même encourageants : malgré quelques pépins physiques, Redwane a déjà progressé. Au tout début, les poumons et les jambes disaient stop après seulement quelques centaines de mètres ; un mois après, il peut « courir 30 minutes sans aucun problème ». Avec la perte de poids programmée, les performances devraient s’améliorer. Le prochain test important sera une course de 10 kilomètres.

« L’échec n’est pas une option »

Le découragement n’effraie pas Redwane. Déjà, ce n’est pas le genre du bonhomme. Et puis, l’écho de son défi est trop important et positif. Les messages se succèdent. « Il y a des parents de personnes hémiplégiques qui me disent qu’ils sont reboostés par le podcast, des message de personnes en surpoids qui se reconnaissent dans le témoignage, des gens qui viennent de milieux sociaux compliqués et qui me disent que si je peux me lancer dans ce genre de trucs, eux aussi peuvent en avoir la force… », énumère-t-il. Alors, avec cet auditoire et cette attente, aucun risque de flancher. « Je ne peux pas lâcher. Ce n’est pas une option. Depuis le premier jour, l’échec n’est pas une option », martèle le sportif désormais habitué à se lever aux aurores pour suer dans les rues et les salles de sport de Vanves. Il rigole : « À 6 heures du mat’, on voit qui sont les vrais ! »

Le « gros flip » de Redwane, en fait, c’est la blessure. Sa préparation jusqu’au marathon de 2021 est calibrée. Après un mois et demi, il est un peu en avance sur son tableau de marche. Mais si une blessure sérieuse s’immisce, le défi pourrait être ajourné. Alors méfiance et prudence. Si son corps lui épargne trop de détours, Redwane Telha sera bien sur la ligne de départ dans un an et demi… et surtout sur celle d’arrivée. « Même si je ne peux plus jamais marcher ensuite, je terminerai », promet-il, obstiné, un brin extrémiste mais fidèle à son leitmotiv : « Cours, Redwane, cours ! »

NewsletterAvec la Newsletter Quotidienne, retrouvez les infos à la une directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.