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Violences sexuelles: le patinage français au cœur d'un scandale

L'ex-patineuse française Sarah Abitbol, en 2001.
L'ex-patineuse française Sarah Abitbol, en 2001. Olivier MORIN / AFP

C'est l'affaire qui secoue le sport français. Depuis plusieurs jours, d'anciennes patineuses accusent des entraîneurs de violences sexuelles. Aujourd'hui, le scandale prend une dimension politique. La ministre des Sports exige la démission du président de la Fédération française des sports de glace. Et une enquête a été ouverte, ce 4 février 2020.

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Tout a commencé la semaine dernière avec des témoignages bouleversants. Dans Un si long silence, Sarah Abitbol, ancienne champion de France, accuse son ancien entraîneur Gilles Beyer de viol aux débuts des années 1990 lorsqu'elle était mineure. Ce dernier est également mis en cause, aux côtés d'autres entraîneurs, par trois ex-patineuses dans le journal L'Equipe paru le 29 janvier.

Une enquête ouverte

Les témoignages relatents des faits présumés remontant aux années 1970 et 1980 et donc prescrits. Gilles Beyer, 62 ans, reconnaît quelques jours plus tard des « relations intimes » et « inappropriées » avec Sarah Abitbol et lui présente ses « excuses ».

Ce 4 février 2020, le parquet de Paris a par ailleurs ouvert une enquête pour viols et agressions sexuelles sur mineurs. Dans un communiqué, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, a précisé que les investigations, confiées à la brigade des mineurs, « s'attacheront à identifier toutes autres victimes ayant pu subir, dans le contexte décrit, des infractions de même nature », au-delà des faits évoqués dans l'ouvrage de Sarah Abitbol et visant Gilles Beyer.

Le président de la Fédération des sports de glace en cause

Ce sont aussi les responsabilités de la hiérarchie de Gilles Beyer qui interrogent. Visé par une enquête et écarté de ses fonctions de cadre technique de sa fédération par le ministère des Sports au début des années 2000, Beyer a continué à jouer un rôle non-négligeable dans le patinage français par la suite.

Devant l'ampleur du scandale, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a décidé de frapper fort. Dans son viseur : le président de la Fédération française des sports de glace (FFSG), Didier Gailhaguet. Après l'avoir reçu lundi, l'ancienne nageuse a réclamé la démission de celui qui est en place depuis 2007, après avoir officié une première fois de 1998 à 2004 : « De nombreux témoignages et des enquêtes parus dans la presse avancent des faits d'une gravité exceptionnelle dans le monde du patinage. Le nombre de faits et leur étalement dans le temps illustrent qu'au-delà des personnes citées, un dysfonctionnement général existe au sein de la Fédération française des sports de glace. » Roxana Maracineanu a également brandi une menace très forte et très rare : celle d'un retrait de délégation à la FFSG. En clair, les athlètes continueraient à pratiquer leur discipline, mais pas sous l'égide de leur fédération.

Gailhaguet contre-attaque

Dans la foulée, Didier Gailhaguet a contre-attaqué : « Roxana Maracineanu ne m'a pas écouté et surtout elle ne m'a pas entendu ! Toutes ses décisions étaient déjà prises à l'avance. J'ai commis des erreurs, pas des fautes. » Et le dirigeant de 66 ans de viser une autre ministre des Sports sans la nommer : Marie-George Buffet, en fonction de 1997 à 2002. Gailhaguet accuse l'ancienne secrétaire nationale du Parti communiste d'être responsable du retour dans le circuit de Gilles Beyer. L'intéressée s'est défendue, au micro de nos confrères de RMC : « Nous avons immédiatement suspendu Beyer et nous avons transmis son dossier au parquet. Le parquet n'a pas donné suite et, petit à petit, ce personnage est de nouveau rentré dans le circuit. Mais le ministère a agi à l'époque de façon rapide et j'ai envie de dire à M. le président Gailhaguet que ce n'est pas une affaire entre lui et moi, c'est une affaire entre les victimes et ceux qui ont agressé ces jeunes filles ! »

Didier Gailhaguet compte en dire davantage dans les prochaines heures. Le dirigeant doit tenir une conférence de presse ce mercredi. Va-t-il annoncer sa démission ? Rien n'est moins sûr. Réputé insubmersible, il a déjà survécu à d'autres scandales, comme une suspension suite à une grave affaire de tricherie lors des Jeux olympiques d'hiver de Salt Lake City en 2002. Un rapport de la Cour des comptes sur des dérives de gestion au sein de la Fédération des sports de glace l'avait tout de même poussé à rendre son tablier en 2004.

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