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Entretien

Nicholas Roche: «Les courses virtuelles, un moyen pour les cyclistes de rester visibles»

Le cycliste irlandais Nicholas Roche.
Le cycliste irlandais Nicholas Roche. JOSE JORDAN / AFP

Connectés via un vélo d’appartement à une plateforme de course en ligne, treize coureurs bien connus ont participé ce 5 avril 2020 à une mini-classique virtuelle de 32 kilomètres, censée reproduire le final du 104e Tour des Flandres, prévu le même jour mais balayé par la crise sanitaire. L’événement, retransmis en direct à la télévision et sur Youtube a attiré des téléspectateurs et internautes de nombreux pays. Troisième de la course, remportée par le Belge Greg Van Avermaet, l’expérimenté Nicholas Roche (Sunweb) a apprécié l’expérience. L’Irlandais explique pourquoi elle était, à ses yeux, importante.

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Nicholas Roche, quelles sont vos impressions, quelques heures après ce premier « Tour des Flandres virtuel » ?

Nicholas Roche : D’abord, j’ai mal aux pattes (rires) ! Sinon, je ne sais pas si ce podium comptera, évidemment ça n’a rien à voir avec une place sur une « vraie » classique, et puis ce qui est important aujourd’hui, c’est surtout la démarche. Dans la crise que nous traversons, ces initiatives sont bienvenues. Les organisateurs se sont investis, les équipes aussi, la télévision a suivi, et les coureurs ont joué le jeu. C’était une expérience sympa, une manière aussi de retrouver le public. En posant une caméra dans le salon, on fait entrer les spectateurs chez nous, c’est assez intime, finalement.

Vous aviez l’impression de disputer une course ou plutôt une partie de jeu vidéo ?

J’avais l’impression de faire un contre-la-montre. Même si le rendu est de plus en plus réaliste, notamment au niveau des relais et de l’aspiration, il y a par exemple un temps de retard pour la prise en compte des attaques. Sinon, au niveau des indicateurs de puissance ou des pulsations cardiaques, on était sur le rythme d’une vraie course, et d’ailleurs je l’avais préparé comme je prépare un chrono: plat de pâtes la veille, une heure trente de vélo d’appartement le matin, une micro-sieste, de nouveau plat de pâtes à 3 heures du départ, échauffement 30 minutes avant et puis go ! Pendant la course, j’étais juste concentré sur mon classement, sans oublier l’alimentation et l’hydratation parce que c’était très intense.

Qu’est-ce qui vous a le plus manqué par rapport à une course « normale »?

Ce qui me manque, c’est de sentir le vent sur le visage, les gens sur le bord de la route, les encouragements. On ne ressent pas non plus l’adrénaline, les frissons que peuvent procurer une course. Mais on ne peut pas comparer, c’est un autre sport. C’était une compétition expérimentale, une manière de tester un nouveau concept, et je suis heureux d’avoir fait partie des « pionniers ».

Si l’arrêt des courses se prolonge, ce type d’événement peut-il remplacer temporairement la compétition sur route ?

C’est intéressant, d’abord, parce que ça permet de faire une heure « à bloc », et puis surtout, c’est un moyen pour le peloton de rester visible, dynamique : ça passe à la télévision, c’est aussi suivi sur les réseaux sociaux. En ce moment, dans plein de pays, les courses des années 1980 et 1990 sont rediffusées, ça veut dire qu’il y a une demande et tout cela nous permet de garder une activité, d’avoir une actualité. C’est important pour le public et pour les sponsors. Bien sûr, on peut toujours discuter du format : faire plus long, plus court, avec plus de coureurs ou alors sous la forme de match un contre un, etc… Mais au moins, c’est un point de départ.

L’économie du cyclisme est fragile, ultra-dépendante des sponsors d’équipe. Pour eux, l’absence de « vraies » courses reste quand même synonyme d’absence de retombées importantes. Rappelons que la tenue du Tour de France, par exemple, est encore loin d’être acquise. Cette situation vous inquiète-t-elle, sachant en plus que l’équipe CCC (employeur, entre autres de Greg Van Avermaet, champion olympique en titre et plus accessoirement vainqueur du Tour des Flandres virtuel) vient de remercier une partie de son personnel et de diminuer fortement le salaire des coureurs ?

Bien sûr. Mais notre équipe (Sunweb) continue aujourd’hui de nous soutenir pleinement. Si la situation dure plus longtemps que prévu, elle sera peut-être amenée à revoir ses plans, mais pour l’instant, nous avons la chance de pouvoir compter sur elle. Comme je le disais, pour au minimum sauver les meubles pendant cette période, il faut multiplier les événements en ligne, continuer à faire parler de notre sport.

L’autre défi, pour bon nombre de cyclistes professionnels confinés, c’est de garder la forme sans pouvoir sortir de la maison. Quelles sont vos astuces ?

J’essaye d’avoir un rythme : réveil à 8 heures, quelques mails, un peu de musique et puis à 10h30, je roule pendant deux ou trois heures sur le vélo d’appartement, en ligne avec d’autres coureurs. Parfois, on se parle en même temps sur Facetime, ça donne un peu l’impression de sortir de la maison, sans sortir de la maison. Ensuite, je déjeune, je fais une sieste, et vient alors la période de la journée la plus compliquée: l’après-midi. Le temps peut passer très lentement, d’autant que je vis seul, donc souvent je refais une session vélo d’appartement d’une heure, pas parce que j’en ai besoin, mais parce qu’il faut tuer l’ennui. L’ennui, c’est l’ennemi du sportif. L’ennui donne faim, donc il ne faut pas trop traîner autour du frigo, sinon on ne pense qu’à grignoter. Ça, c’est dur.

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