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Coronavirus: athlète de haut niveau, un statut si fragile

Le Sud-Africain Luvo Manyonga lors des Championnats du monde 2019 d'athlétisme, à Doha.
Le Sud-Africain Luvo Manyonga lors des Championnats du monde 2019 d'athlétisme, à Doha. REUTERS/Fabrizio Bensch

Plus que jamais, la crise du Covid-19 met en lumière la fragilité du sportif de haut niveau : celui qui travaille dans l’ombre pendant des années pour briller le jour J dans un championnat du monde ou lors des Jeux olympiques.

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Il y a quelques jours, World Athletics annonçait avoir lancé, avec la Fondation internationale de l'athlétisme (IAF), un fonds de près de 460 000 euros pour aider les athlètes en difficulté financière en raison de la pandémie du nouveau coronavirus.

Distinguer le sportif de haut niveau du sportif professionnel

« Les revenus de nos athlètes professionnels viennent en partie des primes et nous sommes conscients que notre saison de compétition, tant sur la piste que sur la route, est gravement touchée par la pandémie », déclarait Sebastian Coe, le patron de la Fédération internationale d’athlétisme. En France, une soixantaine d’athlètes dans l’athlétisme, sont considérés par la Fédération française comme des professionnels, et reçoivent à ce titre un salaire fixe. Mais il s’agit la plupart du temps d’un smic.

Finalement, qu’est-ce qu’un sportif de haut niveau ? « Il faut distinguer le sportif de haut niveau du sportif professionnel, répond à RFI Vincent Chaudel, fondateur de l'Observatoire du Sport Business. On peut être numéro un mondial en tir à l’arc et ne presque rien gagner en terme de revenus ». Il développe : « Le foot, sport professionnel, a une économie et on ne peut pas considérer un joueur de ligue 2 (deuxième division française) comme un sportif de haut niveau. Il va gagner plus qu’un membre de l‘équipe de France d’athlétisme. Le foot est un secteur d’activité et les Allemands ont repris leur championnat de football pour des raisons économiques. » D’ailleurs, selon la ministre des Sports Roxana Maracineanu, des « considérations économiques » ont « pris le pas » sur les questions d'ordre sanitaire pour guider la reprise du football en Allemagne le week-end dernier.

La Française Emilie Andeol, médaille d'or aux JO de Rio en judo.
La Française Emilie Andeol, médaille d'or aux JO de Rio en judo. REUTERS/Murad Sezer

La place des sportifs de haut niveau dans la société

Encore une fois, avec la crise du coronavirus, on repose la question de la place des sportifs de haut niveau dans la société. « Le sportif de haut niveau va sacrifier 10 à 20 ans de sa vie pour porter les couleurs de son pays. On pourrait se concentrer sur eux et les reconnaître en leur garantissant au moins des cotisations retraites », avance Vincent Chaudel. Parfois, même l'accès à l'emploi après sa carrière requiert de déplacer des montagnes.

On se souvient de la détresse de la judokate Emilie Andéol, devenue championne olympique à Rio en 2016, qui faisait part de sa « galère » en décembre dernier dans la recherche d'un travail. « Parfois, je regrette d'avoir été championne olympique, la chute aurait été moins dure. On idéalise trop un titre olympique. Je pensais tellement que ça changerait ma vie », avouait-elle dans les colonnes du Parisien. Des propos qui avaient marqués les esprits.

« Quelle est la place du sport en France ? » interroge Vincent Chaudel. « Nos élites ont toujours privilégié la culture et soutiennent faiblement le sport, avance-t-il. Le ministère des Sports a un petit budget. Le sport est pourtant un levier de cohésion social. Quand la France gagne, cela joue sur le moral des Français, grands consommateurs de médicaments anti-dépresseurs. On est le pays le plus anxieux et le sport pourrait contribuer à résoudre ce problème. » Pour l'année 2020, le budget des sports en France est de 710,42 millions de moyens d’intervention* dont 12,9 millions d’euros sont consacrés au soutien des athlètes de haut niveau, contre 8,2 milliards provenant directement du ministère de la Culture.

« Le modèle anglais est intéressant. On soutien environ 3500 athlètes. Contrairement à la France où l’on aide tout le monde, mais beaucoup moins bien », argumente Vincent Chaudel. En mars 2019, afin d’essayer de préparer au mieux les Jeux olympiques de Tokyo en 2020, finalement reportés, la ministre des Sports Roxana Maracineanu avait lancé l’idée d’une bourse (entre 2000 et 3000 euros) pour 500 athlètes sur les 6 000 inscrits sur les listes de haut niveau.

Une réalité économique compliquée selon les athlètes du monde entier

Dans une enquête d’opinion récente, mené par le groupe de pression Global Athlete, association internationale, créée par l’ex-pistard britannique Callum Skinner et le Canadien Rob Koehler, ancien sous-directeur de l’Agence mondiale antidopage, 500 athlètes d’une cinquantaine de pays se sont exprimés, dont 200 olympiens ou paralympiens, en préparation des Jeux de Tokyo 2020.

L'objectif de l’enquête était de découvrir la réalité de la situation économique des athlètes. Conclusion : le sport de haut niveau, dans sa grande majorité, ne rapporte presque rien en termes de revenus. Plus de la moitié des sondés (58 %) ont répondu ne pas se considérer dans une situation financière « stable ». Et ils sont nombreux à regretter que leur avenir d’athlète de haut niveau ne dépende que de leur performance lors d’un rendez-vous majeur, Jeux olympiques ou championnats du monde, disputé tous les 2 ou 4 ans. Avant de rejoindre Rio en 2016, la moitié des athlètes qui représentaient la France ne gagnaient pas plus de 500 euros par mois.

Le système D comme alternative

« Si notre statut est amateur, nous nous entraînons comme des professionnels […]. Nous vivons pour le sport mais pour la plupart, le sport ne nous fait pas vivre », pouvait-on lire dans une tribune signée en 2015 par une quarantaine de sportifs de haut niveau dont le champion de biathlon Martin Fourcade. En février 2016, un rapport remis à l’ex-secrétaire d'État chargé des Sports, Thierry Braillard, avançait que 40 % des athlètes « médaillables » à Rio vivaient en dessous du seuil de pauvreté et que la majorité d’entre eux n’avait pas le temps de penser à « l’après ».

En 2018, l'une des meilleures spécialistes mondiales du marteau, Alexandra Tavernier, était obligée d'organiser une cagnotte en ligne pour s'entraîner près de chez elle en Bretagne. Un des nombreux cas qui illustrent le parcours du combattant emprunté par certains sportifs de haut niveau. Quelles seront les conséquences de la crise du coronavirus sur les athlètes de haut niveau lorsqu'ils aborderont les prochains Jeux olympiques en 2021 à Tokyo ? Certains d'entre eux auront-ils entre temps jeté l'éponge faute de moyens ?

* hors masse salariale des agents de l’administration centrale et des services déconcentrés

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