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Quand Lance Armstrong oublie d’évoquer ceux qui ont soutenu ses mensonges

Lance Armstrong au Costa Rica en 2018 sur une course VTT.
Lance Armstrong au Costa Rica en 2018 sur une course VTT. Ezra Shaw/Getty Images/AFP

Lance Armstrong a révélé dans un documentaire sur ESPN avoir en réalité commencé à se doper dès 21 ans, lors de sa première année professionnelle. Si dans le second volet qui sera diffusé dimanche 31 mai le Texan aborde ses Tours de France, il ne raconte toujours pas qui sont les personnalités de premier plan qui lui ont permis de mentir durant sa carrière.

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Sept ans après avoir avoué s'être dopé lors d'un entretien avec la star de la télévision américaine Oprah Winfrey, Lance Armstrong s'est donc à nouveau livré à l'exercice de la confession face caméra. Contrairement à ce qu'il avait dit à Oprah Winfrey il y a sept ans, il n'a pas commencé à se doper en 1996 mais en 1992 lors de sa toute première saison professionnelle.

Qui sont les complices des mensonges de Lance Armstrong ?

Lance Armstrong, 48 ans, a été dépossédé de ses victoires après avoir écopé d'une suspension à vie en 2012 à la suite d'une enquête ouverte par l'Agence américaine antidopage (Usada) qui a établi qu'il était à la tête du « système de dopage le plus sophistiqué, le plus professionnel et le plus efficace de l'histoire du sport ».

« On attend qu’il nous parle de toutes les complicités dont il a bénéficié pendant une décennie. Notamment à l’UCI avec son ancien président feu Hein Verbruggen qui était très proche de Armstrong », explique à la RTBF en Belgique, Pierre Ballester, co-auteur de l’enquête LA Confidentiel publiée en 2004, et qui tendait à prouver que le coureur américain s’était dopé. Il indique : « Il achetait le silence de nombreuses personnes. Il donnait de l’argent à des labos pour, disait-il, favoriser la lutte contre le dopage. De nombreuses personnes sont responsables de cette passivité dont a bénéficié Lance Armstrong et les médias aussi ont une responsabilité dans cette affaire. »

Lance Armstrong lors du Tour de France 2002.
Lance Armstrong lors du Tour de France 2002. REUTERS/Eric Gaillard/Files

Une décennie au-dessus des lois

« En 1999, lors de l’étape de Sestrières je bascule (Armstrong ridiculise ce jour-là les grimpeurs réputés, NDLR). Je me dis : "Ce n’est pas possible". Aujourd’hui on sait ! Chaque fois que j’évoquais ce sujet, on me disait que j’étais négatif. J’avais des relations houleuses avec l’UCI et je vois aujourd’hui que c’est compliqué de se battre quand on ne peut pas démontrer le dopage », raconte à RFI, Daniel Baal, président de la Fédération française de cyclisme entre 1993 et 2001.

Pour savoir comment, le septuple vainqueur déchu du Tour de France a passé une décennie au-dessus des lois, on devra attendre. Mais il n’y a aucun doute que le Texan a bénéficié de soutien de poids à commencer par HeinVerbruggen, président de l’Union cycliste internationale de 1991 à 2005.

Le Néerlandais a fait preuve d’une grande bienveillance envers l’Américain en passant l’éponge sur un contrôle positif aux corticoïdes sur le Tour 1999 et une ordonnance de complaisance, rédigée a posteriori. Lance Armstrong a admis plus tard que le certificat était antidaté. L'UCI ne pouvait en aucun cas ignorer la tricherie. Hein Verbruggen avait également appelé pendant ce Tour de France la ministre française des Sports de l’époque, Marie-George Buffet.

Armstrong ou l'art de la mise en scène

« Verbruggen a été d'une extrême virulence à l'égard de la politique que nous mettions en place contre le dopage. Il a dit que nous voulions la mort du cyclisme et du Tour de France », racontait  en 2013 dans les colonnes du Monde Gilles Smadja, directeur de cabinet de la ministre.  « Ce que l'on appelle désormais le grand mensonge d'Armstrong, avec son côté pathétique et sa part de cynisme, aurait pu ne jamais exister si les instances internationales du cyclisme avaient fait preuve d'un minimum de lucidité et de fermeté pendant le Tour de France 1999 », poursuivait-il.

« J’ai eu de très bonnes relations avec Marie-George Buffet, on avait un objectif commun à l’époque : trouver les moyens de lutter plus efficacement contre le dopage », dit Daniel Baal, souvent recadré par Armstrong, et qui a œuvré pour la lutte contre le dopage, notamment en imposant le suivi médical longitudinal contrôlé des coureurs français.

Lance Armstrong et Hein Verbruggen lors du Tour de France 2002.
Lance Armstrong et Hein Verbruggen lors du Tour de France 2002. AFP PHOTO FRANCK FIFE

« Armstrong avait un grand art de la mise en scène, c’était un grand acteur. Dans les années 93-94, alors qu’il n’était encore pas encore très connu, Verbruggen était déjà subjugué par lui et par son charisme », se souvient Daniel Baal. Tout en ajoutant : « Il faut dire qu’il faut une sacré personnalité pour se lever chaque matin en se disant que l’on va gagner des millions de dollars uniquement en trichant et en criant sur tous les toits que l'on est propre. »

Armstrong a été jusqu'à faire des dons de 25 000 dollars en 2002 et 100 000 dollars en 2007 à l’UCI pour la recherche contre le dopage. Verbruggen a utilisé Armstrong comme ambassadeur des projets de l’UCI. Leur relation s’est arrêtée 2013 avec les aveux télévisés d’Armstrong, qui décide de mettre en cause son plus fidèle soutien.

L'ami Nicolas Sarkozy

Autre appui de poids pour Lance Armstrong, l’ancien président de la République en France, Nicolas Sarkozy. Ce dernier n’a jamais caché son admiration pour l’Américain. Lors de son retour sur le Tour de France en 2009, après quatre ans d'absence, un contrôle antidopage se passe mal. Armstrong aurait été couvert au sommet de l'État français, par Nicolas Sarkozy en personne, qui le reçoit à déjeuner.

« Même Astérix prenait de la potion magique », avait lancé l'ancien pensionnaire de l’Élysée.  Pour Sarkozy, « Lance » était le plus bel ambassadeur du tourisme hexagonal outre-Atlantique.

L’ancien patron de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), Pierre Bordry, s'était attiré les foudres du coureur et du président de l'Union cycliste internationale (UCI), Pat McQuaid, en publiant un rapport qui dénonçait le traitement de faveur accordé par les contrôleurs antidopage de l'UCI à l'équipe de Lance Armstrong et du maillot jaune Alberto Contador pendant le Tour de France 2009. À l’époque, le parquet de Paris annonçait avoir ouvert une enquête préliminaire après la découverte de matériel de perfusion au sein de l'équipe Astana. « En France, l'affaire Armstrong a été l'objet d'une omerta alors que tant de gens savaient », expliquait  en 2012 au Nouvel Observateur Pierre Bordry.

Armstrong se vantera d'avoir eu la tête du patron de AFLD. « Au revoir, Pierre. » C'est ainsi que Lance Armstrong, ami du président George W. Bush (2001-2009), avait salué publiquement, et en français, sur Twitter, le départ du président de Bordry. Nicolas Sarkozy était même prêt à aider Lance Armstrong au moment où il avait eu l'idée d'acheter le Tour de France.

Le business du Tour de France

Pour le Tour de France, le come-back de Lance Armstrong en 2009 est aussi une bénédiction. Avant ses victoires, la plus grande course du monde n'était pas retransmise à la télévision américaine. « Avec le retour de Lance Armstrong, le business a triomphé sur le sport », commentait à l‘époque Pierre Ballester. « Avec du recul, je crois que le Tour de France n’avait pas plus de moyens que les autres pour arrêter le mensonge Armstrong », tempère Daniel Baal, ancien directeur général adjoint de la Société du Tour de France.

Ce qui n’a pas empêché l’Américain de critiquer l’organisateur du Tour de France qui n’avait pas invité l’Allemand Jan Ullrich (vainqueur en 1997), son éternel rival, lors de du Grand Départ de la 104e édition à Düsseldorf en 2017. « On déroule le tapis rouge pour Jalabert, Virenque, Hinault (tous liés en leur temps à des « affaires », ndlr), mais on n’invite pas Jan ? Pff… Fuck ASO ! (Amaury Sport Organisation, ndlr) ».

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