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Entretien

Foot: le Brésilien Rai, sur les traces de son frère Socrates

Le Brésilien Raí, en 2014.
Le Brésilien Raí, en 2014. AFP PHOTO / YASUYOSHI CHIBA

Au Brésil, en pleine pandémie de coronavirus, l’ancien capitaine de l’équipe nationale de football et du PSG, vient en aide aux plus démunis en banlieue de Sao Paulo et Rio de Janeiro, au nom de sa Fondation Gol de letra, pour laquelle il lance un appel aux dons. Raí se positionne aussi en faveur de la démocratie, aujourd’hui mise à mal par les dirigeants du pays. Entretien.

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« Capitaine Raí » a raccroché les crampons depuis 20 ans, mais son charisme n’a pas pali. Et celui qui enflammait les tribunes de Ribeirão Preto, São Paulo ou Paris, s’engage chaque jour plus sur le terrain social au nom de sa Fondation Gol de letra, lancée en 1998 à Paris, avec l’autre ancien du PSG, Leonardo. Raí nous a parlé des actions en cours, de son engagement en faveur de la démocratie comme le fit son aîné Socrates, et aussi un peu de football.

« Le Fondation Gol de letra est depuis 22 ans dirigée vers l’éducation des jeunes des banlieues, de São Paulo où je vis, et de Rio de Janeiro. Mais dans ce moment d’urgence sanitaire, nous avons adapté nos activités et nous distribuons des cestas basicas, des paniers de victuailles aux familles qui ont faim, explique l’ancien meneur de jeu. La faim n’a jamais disparu du Brésil, par exemple dans le Nord-est. Mais dans les grandes villes, malgré les grandes inégalités sociales, elle était moins présente. La pandémie et le confinement depuis début mars, ont rendu urgentes les aides aux familles pauvres enfermées et sans ressources ».

RFI : Raí, cette situation est-elle seulement due au coronavirus et au confinement ?

Raí : La situation économique était déjà fragile ces derniers temps, on espérait une reprise, mais avec le confinement, toutes les familles dépendant des petits boulots du secteur informel se sont retrouvées sans rien. Plus de revenus, une aide de l’État compliquée à percevoir, et nous avons distribué plus de 40 tonnes de nourriture. Voilà pourquoi je lance cet appel aux dons, notamment en France.

Les appels au confinement sont-ils suivis alors que le président du pays, Bolsonaro, s’oppose à cette méthode édictée par les gouverneurs pour lutter contre le coronavirus ?

Le message est confus, forcément car le président et ses partisans ont une position différente. Mais, heureusement, la constitution donne aux gouverneurs, et aux maires, le pouvoir de décision local. Et les gouverneurs comme les maires ont appris, avec les exemples de l’épidémie en Asie et en Europe, et aussi des scientifiques, comment sauver des vies. C’est dur pour l’économie mais la santé doit primer.

Nous, avec la Fondation, prônons le confinement car le système de santé est débordé, il n’y a plus de places. Or, vues les grandes inégalités sociales au Brésil, nous avons parmi les meilleurs hôpitaux du monde, mais privés et réservés à une minorité, et des hôpitaux publics sans grands moyens pour la majorité de la population. Et j’espère que face à cette situation dramatique, nous réfléchirons à une société plus juste dans un futur proche.

Votre grand frère aujourd’hui disparu, Socrates, était une idole comme footballeur mais aussi pour avoir lutté contre la dictature militaire (1964-1985). Prenez-vous le relais ?

Socrates, l’un de mes cinq frères, était une idole qui a influencé toute une génération, y compris moi, son jeune frère ! J’avais onze ans de moins, mais j’ai pu suivre son parcours. Cependant, lui luttait contre la dictature ! Ils avaient inventé la démocratie dans la gestion de son club Corinthians, l’un des plus populaires du pays. Et j’ai souvent entendu des supporteurs et ses fans me raconter « la première fois que j’ai entendu parler de démocratie c’était grâce à Socrates ». Toute une génération n’avait alors jamais vécu en démocratie ! Et d’une certaine façon j’ai pris le relais avec la Fondation, dans un autre rôle, de mobilisation pour un pays plus démocratique et plus juste socialement.

Mobilisation à travers la Fondation ?

Oui, car dans les quartiers où nous travaillons, ça marche ! Je suis même devenu, moi et toute notre équipe, une référence pour les associations. Gol de letra a été primée pour son travail.

Nous vivons actuellement une crise politique, où se rediscute la démocratie et les vraies valeurs humaines. La limite aussi, de l’autoritarisme entre les pouvoirs. Or en démocratie on a besoin du Congrès (le parlement), de la Cour suprême et d’un pouvoir exécutif. Moi, je prends position, en faveur de la démocratie, pour vivre dans un pays où il y ait un débat constructif. Je ne suis pas dans la polémique, mais lorsque je vois autant d’injustice sociale, que des vies sont menacées par le virus, je le dis. Le président a été élu démocratiquement, mais il faut écouter la science, les spécialistes, et ne pas mettre en danger la vie des gens.

Le football est arrêté depuis début mars, les championnats de chaque État sont inachevés, le championnat national Brasileirão n’a pas commencé. Vous qui êtes directeur du FC Sao Paulo où joue notamment Dani Alves, êtes-vous favorable à une reprise ?

Pas encore. Certains clubs préparent leurs protocoles sanitaires, mais tant que le nombre de victimes augmente, ce serait dur de voir le foot reprendre. En plus, plusieurs stades comme la pelouse du Pacaembu de São Paulo, abritent des hôpitaux de campagne. Des dirigeants, dont moi, tentons de planifier un retour, mais pas tant que des vies sont en danger. Seulement lorsque tout sera assaini.

Le PSG est à l’arrêt, comme la Ligue 1, mais il lui reste deux finales de coupes nationales et la Ligue des champions à disputer. On dit que cette équipe manque de leader sur le terrain. Vous, « Capitaine Raí », le pensez-vous ?

De loin, c’est difficile à dire, il faut connaître l’ambiance du vestiaire pour dire précisément ce qui manque. En 2014, on a dit pareil pour la Seleção battue ici par l’Allemagne à la Coupe du monde.

Le PSG a une super équipe, des grands joueurs, il y a de l’argent, il veut gagner la Coupe d’Europe mais ce n’est pas facile quand en face il y a le Bayern ou Manchester City ou autre ! Tous les détails comptent, il faut être le meilleur dans tous les domaines, je ne crois pas à un seul problème de leader.

Neymar est-il dans le bon club pour gagner le Ballon d’Or ?

Si ce club gagne la Ligue des champions, c’est plus facile. Il a le potentiel pour devenir numéro 1 mondial, il a d’incroyables qualités techniques mais en foot, on ne gagne rien seul. Si l’équipe grandit, Neymar sera plus grand.

Si vous étiez encore joueur et que vous puissiez choisir votre club, lequel serait-il ?

Je suis très attaché aux trois clubs de ma carrière, Botafogo de Ribeirão Preto, FC Sao Paulo et PSG, mais je choisirais de jouer dans la Seleção de 1982, celle où jouaient mon frère Socrates, Zico, Junior, Falcão, Roberto Dinamite, avec l’un des meilleurs entraineurs du monde, Tele Santana. Je l’ai eu à Sao Paulo, on a presque tout gagné ensemble et en plus, il faisait rêver. Le Brésil n’a pas gagné cette année-là, moi j’ai heureusement été champion du monde en 1994 !

Dons à la Fondation Gol de letra :https://bit.ly/34yd3j3
20€ permettent de nourrir une famille durant un mois.

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