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Etats-Unis

Le CES 2017, un pari économique ou de la «post-vérité»?

Au CES de Las Vegas, on lit l'avenir au travers d'une visière de réalité virtuelle ou augmentée.
Au CES de Las Vegas, on lit l'avenir au travers d'une visière de réalité virtuelle ou augmentée. RFI / Thomas Bourdeau

Le déroulé de l'économie ne semble plus le même dans l’univers des nouvelles technologies. Au CES, le salon de l'électronique de Las Vegas, c’est l’effervescence autour de sociétés qui promettent de changer le monde, de provoquer de la disruption. Elles promettent le futur au présent ! On se retrouve spectateur de la partie de poker d’une économie qui parie sur l’avenir.

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De notre envoyé spécial à Las Vegas,

Au CES de Las Vegas on semble avoir de curieux problèmes de conjugaison ou plus précisément de concordance des temps. Les slogans de nombreuses marques parlent de notre futur au présent. Ainsi chez BMW c’est : Venez voir le futur de notre compagnie qui sera bientôt/bientôt sera le vôtre. Comme si aujourd’hui on connaissait le futur de la consommation. Il est vrai que les industriels lancent leurs produits avec un délai de quelques années, mais un produit proposé ne veut pas dire qu’il/sans l’assurance que le produit en question sera adopté par le consommateur. Y-aurait-il un biais de fonctionnement ? Qu’est ce qui fait que cette économie fonctionne apparemment dans un monde où le présent appartient au passé et le futur au présent ? Et est-ce propre aux nouvelles technologies ?

Se projetter dans un avenir rêvé, mais inventé au présent

Pour décrire cet écosystème des start-ups et de la Silicon Valley, on aurait souhaité connaître le point de vue du professeur de philosophie à Stanford, Jean Pierre Dupuy. Il est l’auteur du brillant ouvrage L’avenir de l'économie, dans lequel il décrit à sa façon le fonctionnement de cette économie où le temps n’est plus le même. Selon lui, la boucle du temps «classique» : temps de l’avenir, n’est pas la même que celle du temps du projet économique qui lui s’auto-alimente, un peu comme une prophétie. Pour schématiser : en économie le futur n’existe pas sans les projets du présent, mais ce sont aussi les anticipations d’un futur idéalisé qui conditionnent les actions économiques du présent. Les réflexions de Jean Pierre Dupuy s’appliquent particulièrement bien aux marques exposées dans ce salon du CES. Elles se projettent dans un avenir rêvé, mais inventé au présent. Jean pierre Dupuy recourt fréquemment aux notions d’auto-transcendance et de mimétisme qui sont aussi de belles figures philosophiques pour expliquer la frénésie autour de la nouveauté, mais également les craintes économiques que fait peser sur ce milieu l’éventuel rejet de la technologie. 

Seulement voilà, à notre demande, Jean Pierre Dupuy a gentiment répondu : « Je vous conseille plutôt de lire le livre de Peter Thiel De zéro à un. On ne peut mieux faire ! » Puis d’ajouter : « Je ne sais plus trop comment aborder Peter Thiel depuis qu’il soutient ouvertement Donald Trump. » Peter Thiel fait partie des investisseurs millionnaires de la Silicon Valley. Il était à la naissance de PayPal, Facebook, mais aussi de nombreuses autres success stories et il fait figure de visionnaire et d’expert. Jean-Pierre Dupuy nous tenait ces propos en septembre et en décembre Peter Thiel semblait redevenu «fréquentable» car il siégeait entre le président américain Donald Trump et Tim Cook, PDG d’Apple, lors de la réunion préparatoire consacrée aux nouvelles technologies. Anecdote amusante ce jour-là, Donald Trump a souligné en accueillant ses hôtes : « Ici je suis entouré des gens les plus talentueux de la planète et maintenant vous allez devoir m’aimer un petit peu ! » Le parieur et investisseur Peter Thiel ne devait pas en penser moins.

Un site américain soulignait avec justesse : une des évolutions à surveiller autour du CES, concernera les futurs choix politiques du gouvernement Trump en matière de nouvelles technologies. Voilà pourquoi on se doit de penser à Peter Thiel durant le CES. Ce millionnaire carnassier extrêmement intelligent, incarne parfaitement l’univers troublant et fascinant des nouvelles technologies (on parle de mafia PayPal pour décrire le groupe de gens dont fait partie Peter Thiel). Dans son livre De zéro à un, il explique son fonctionnement. 

Travées du CES qui regorgent de fantasmes économiques

« Dites-moi quelque chose qui est vrai, selon vous, mais que la plupart des gens réfutent. » ("Tell me something that's true, that almost nobody agrees with you on.") C’est sa question favorite quand il rencontre quelqu’un. Une question qui revient comme un leitmotiv dans son livre et ressemble à un mantra pour jouer avec la post-vérité ! Par post-vérité, terme très à la mode on le concède, on entend « des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles. » On croirait la description de certaines travées du CES qui regorgent d’élucubrations ou de fantasmes économiques, parfois naïfs, parfois puissants. Mais qui a raison ? Le futur le dira ! Mais si le futur c’est maintenant, dit le CES, faut-il se décider tout de suite ? Car il est toujours facile de rejeter d’un sourire les boniments des vendeurs, mais, si le monsieur derrière le stand s’appelle Mark Zuckerberg ou Elon Musk, ne sommes-nous pas passés à côté de l’essentiel ?

Ça promet, mais pas certain que ça se réalise

Peter Thiel ajoute dans un entretien accordé à Forbes : « La plupart des gens pensent que l’originalité c’est facile, je pense au contraire que c’est très difficile. Alors quand vous en trouvez, cela a beaucoup de la valeur ! » N’y a-t-il pas plus belle définition de l’univers des start ups ? De leur richesse ? Et n’est-ce pas ce qui anime les stands garnis d’idées du CES ? Certains croient à leurs inventions alors que d’autres passent devant sans même les remarquer. Pour certains tout est encore en projet, encore en financement dans kickstarter, en phase de test hors public avant d’exister… Ça promet, selon l’expression, mais pas certain que ça se réalise.

Cet univers est donc bien différent de notre économie classique et c’est ce qui peut nous perturber. Peter Thiel utilise pour l’exprimer cet exemple frappant : Comment un département DRH avec une culture d’entreprise propre à un univers «du passé» peut-il envisager d’embaucher des employés visionnaires, qui voient le monde comme dans la série Star Trek ? En gros, embaucheriez-vous (au présent) des rêveurs (du futur) qui en concrétisant leurs rêves pourraient transformer le monde, au risque de le déstabiliser ? Une entreprise prendra-t-elle le risque d’embaucher des gens qui sortent du cadre ? Alors ? Avez-vous envie d’engager des paris sur les futurs succès économiques ? 

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