Editorial politique

Entre le gel complet et un système d'opacité trop important, le ministre délégué au Budget pense que l'on peut trouver un équilibre. Jean-François Copé s'est, en effet, récemment exprimé sur le sujet des stocks-options. C'était en juin dernier, au moment où Antoine Zacharias quittait la tête du groupe Vinci parce que son directeur général avait dénoncé son salaire très important et les 250 millions de stocks-options dont il avait bénéficié pendant ses années de présence dans la société. Débat récurrent. Débat éthique autant qu'économique qui revient périodiquement. Il s'agit surtout de savoir s'il est normal qu'un grand patron gagne quelquefois en peu de temps ce qu'un simple ouvrier mettrait plus de 5 000 ans à gagner.
Dit comme cela, on peut comprendre l'énervement qui saisit les syndicats dès que l'on évoque les stocks-options. Et tout particulièrement quand ceux qui sont détenteurs de titres se livrent à des opérations dont la transparence peut être mise en doute. Cela a été le cas avec Jean-Noël Forgeard qui a vendu pour 2,5 millions d'euros de parts qu'il détenait dans EADS à la veille de l'annonce du retard dans la production de l'airbus A 380, ce qui a provoqué une polémique pour savoir s'il y avait eu, ou non, délit d'initiés. Ce qui a également fait plonger le titre de près de 25% et obligé les actionnaires majoritaires à prendre des décisions parce que la crise couvait.
EADS est une entreprise de pointe. Un fleuron de l'industrie. Une vitrine du savoir-faire français et européen qu'il faut maintenir «clean», comme disent les Anglo-saxons qui ont inventé les stocks-options mais qui n'en maîtrisent pas pour autant la pratique. La preuve, c'est qu'aux Etats-Unis actuellement, il est beaucoup question d'un scandale d'attribution de stocks-options antidatées qui permettaient aux dirigeants d'empocher des sommes d'argent fabuleuses. Soixante compagnies sont concernées et pas des moindres, ce qui a motivé la Commission des opérations de bourses, la SEC, pour réfléchir à une modification des règles qui rendrait plus lisible la rémunération des dirigeants.
En France même combat. C'est au nom d'une certaine justice et d'une certaine transparence que 120 élus de la majorité ont pris l'initiative de signer le projet de loi d'Edouard Balladur pour encadrer la pratique des stocks-options. Pas question de les supprimer comme le souhaitent et le demandent certains. Dans l'esprit de l'ancien Premier ministre, il s'agit surtout, avec ce texte, d'interdire la vente des parts pendant toute la durée des mandats confiés aux patrons par les conseils d'administration et cela parce qu'ils ont accès à des informations déterminantes et confidentielles, ce qui semble logique même si imparfait du fait que les porteurs ou les prête-noms existent et ont été inventé à peu près en même temps que les stock-options, mais ceci est une autre histoire.
«On ne peut défendre un système libéral et tolérer des comportements d'une incroyable gloutonnerie», a dit Edouard Balladur. Une prise de position qui équivaut à un avertissement bien capté par Bercy et l'Elysée qui ont compté les 120 signatures des élus UMP et ont jugé que finalement la démarche pouvait être payante pour 2007 ce que Nicolas Sarkozy ne démentira pas. Et pour cause...par Patrice Biancone
[12/07/2006]
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