EPR, retard à l’allumage pour le nucléaire français

L'EPR (European Pressurized Reactor), le fleuron de la technologie nucléaire française, semble revivre le syndrome du Concorde. Un engin performant, certes, mais particulièrement coûteux et difficile à assembler. Après l'annonce d'un retard du site construit par Areva en Finlande, c'est au chantier de Flamanville, mené par EDF dans la Manche, de subir les retards à répétitions.
Hors de prix et pour cela invendable ? Voilà ce qui pourrait arriver à l'EPR si les retards à répétitions persistent. La construction du réacteur nucléaire de nouvelle génération à Flamanville, dans la Manche, démarrée par EDF en 2007, devait prendre initialement 54 mois. Mais un audit interne conclut à un retard probable de deux ans, selon le Figaro du 6 juillet 2010. Quelle sont les causes de ce retard ? Paradoxalement, ce qui fait son point fort.
Le syndrome du Concorde
La construction de l’EPR a pour objectif l’amélioration de sa sûreté par rapport aux réacteurs à eau pressurisée. Or ces derniers temps on observe une véritable surenchère autour de la sécurité nucléaire, explique Dominique Finon, économiste et directeur de recherche au CNRS : « les autorités de sûreté nucléaires sont à présent hyper sévères. La France a été la dernière à instaurer chez elle une autorité de sûreté indépendante. Comme les petits incidents sont assez vite amplifiés, l’autorité de sûreté est d’autant plus stricte. On observe une vraie surenchère pour rendre acceptable par les opinions publiques la technologie nucléaire, et de ce fait il y a énormément de précautions prises. »
Un pari sur le futur
L'EPR est-il trop complexe ? Est-il exportable ? Ce qui est sûr, c'est qu'il coûte très cher. Car, à l’allongement des délais, s’ajoute ensuite l’inflation des prix des matières premières. En Finlande, la facture du réacteur est passée de 3,1 milliards d’euros à plus de 5,5 milliards.
A titre de comparaison, Frédéric de Monicault (Le Figaro Economie du 6 juillet 2010) cite des centrales plus économiques, et néanmoins correspondant à la capacité d’un EPR que GDF Suez est en train de construire à Oman et en Arabie Saoudite. Elles coûtent respectivement 1,7 et 2,1 milliards d’euros.
En se lançant dans la construction d’un réacteur de nouvelle génération, EDF parie donc sur le futur. Un pari qui pourrait s’avérer toutefois risqué. Car, comme l’explique Dominique Finon, « la mise au point d’une nouvelle filière nucléaire et la construction de prototypes, et ensuite des réacteurs, prend moyennement de quinze à vingt ans. On risque de perdre les marchés par rapport à des concurrents qui sortent de leur catalogue une technologie moins sûre, et un peu moins sophistiquée que l’EPR. »
En revanche, si dans six ans les réacteurs de Finlande et de Flamanville marchent bien, EDF pourrait tabler sur un tiers du marché mondial du nucléaire.
un projet de réacteur nucléaire de troisième génération |
Le réacteur pressurisé européen (EPR, European Pressurized Reactor en anglais) est un projet de réacteur nucléaire de troisième génération, conçu et développé par Areva au cours des années 1990 et 2000. Quatre réacteurs de type EPR sont actuellement en cours de construction : un en Finlande (Olkiluoto), un en France (Centrale nucléaire de Flamanville) et deux autres en Chine (Taishan). D'autres projets sont à l'étude : en Angleterre, aux Etats-Unis, ou encore en Italie. |

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