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    France

    Nicolas Sarkozy envoie l’histoire de France dans les palais des Archives nationales

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    La volonté présidentielle de créer un musée de l’histoire de France s’enracinera dans les huit hôtels particuliers des Archives nationales à Paris. Le projet formulé en 2007 par Nicolas Sarkozy ouvrira ses portes en 2015 au cœur du Marais. Appelé désormais « Maison de l’histoire de France », le nouveau nom est destiné à symboliser une histoire ouverte sur le monde et à dissiper les critiques qui redoutent une histoire officielle et instrumentalisée. Entretien avec l’historien Nicolas Offenstadt, maître de conférences à l’Université Paris 1 et membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH).

     

    Est-ce que c’est un bon choix ? Non, pour plusieurs raisons.
    Nicolas Offenstadt, historien, membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH). 16/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter

    RFI : Quelle est pour vous la mission principale de cette Maison de l’histoire de France ?

    Nicolas Offenstadt : Pour le président de la République, c’est très clair. Il l’a dit dans son discours en janvier 2009 : c’est pour renforcer l’identité du pays. C’est un musée qui a un objectif politique et idéologique qui est clairement affirmé. C’est un musée – comme le dit le président de la République – qui doit répondre aux

    « besoins » de sens et de repères. Le but est largement politique et correspond globalement à la politique de l’identité nationale telle qu’elle est menée par Nicolas Sarkozy. Le musée doit être la vitrine historique de l’identité nationale politique.

    RFI : Hervé Lemoine, cheville ouvrière du projet présidentiel, avait proclamé en janvier 2009 qu’ « il nous faut une fresque générale de notre passé », « un Louvre pour l’histoire de France ». Qui d’autre avait réclamé cette Maison de l’histoire de France ? Les historiens ? Les Français ? L’office de tourisme ?

    N.O. :
    Personne ne réclame ce musée d’histoire de France. Je ne connais aucun historien qui a fait part de cette volonté ou de cette ambition. Et on n’entend pas non plus dans le public ce genre de demande. Parfois on entend des demandes d’expositions particulières sur un thème, sur une période, mais pas sur un musée d’histoire de France en général.
    C’est au départ une initiative d’Hervé Lemoine, qui est lui aussi relativement idéologique dans ses positions muséographiques et historiques. Il est hostile aux débordements des mémoires, de tous ces groupes minoritaires qui veulent avoir leur place dans l’histoire : les descendants d’esclaves, les immigrés, les Arméniens… tous ces groupes, qui recherchent une part de leur passé parfois d’une manière bruyante ou parfois à travers la loi. Contre ces mémoires, Hervé Lemoine se sent ‘envahi’ et il voulait renouer des fils qui semblaient pour lui partir dans toutes les directions, se dénouer, ceux d’une grande histoire nationale où tout le monde s’agrègerait plus ou moins un récit commun. Donc, contre ces mémoires très variées, il pense, qu’il faut donner du national.

    RFI : Le début du projet remonte à quelle date ?


    N.O. :
    C’est Hervé Lemoine qui a écrit le projet et qui l’avait proposé à Nicolas Sarkozy pendant la campagne des présidentielles en 2007. Cela correspondait parfaitement au discours idéologique qu’Henri Guaino faisait passer dans les discours de Nicolas Sarkozy qui utilisaient beaucoup l’histoire, qui insistaient sur l’identité de la France et l’histoire nationale. Il y avait une congruence entre un projet politique et le projet de musée d’un conservateur du patrimoine qui avait les mêmes idées politiques.

    "Je retiens la belle idée de créer un Musée de l’histoire de France que tous les enfants des écoles iront visiter..."

    RFI : A votre avis, c’est clairement une approche idéologique et une instrumentalisation de l’histoire?

    N.O. : Absolument. Tous les musées ont un discours sur le présent. Il n’y a pas de musées qui soient l’histoire pure et absolue. Tout musée est plus ou moins une instrumentalisation d’un discours. Mais dans le cas de ce musée de l’histoire de France, il y a la volonté d’illustrer un discours politique et une tendance politique qui est celle du débat sur l’identité nationale et les grands discours de Sarkozy sur la France, sur l’identité, sur la sécurité, sur l’immigration. Il y a une instrumentalisation qui va plus loin que dans un certain nombre d’autres musées.

    RFI : En quoi le concept de la Maison de l’histoire de France est unique et innovateur sur le plan international ? Est-ce qu’il va au-delà des initiatives à l’étranger comme le National Museum of American History à Washington, le Deutsches Historisches Museum à Berlin ou l’Imperial War Museum à Londres ?

    N.O. : On ne peut pas anticiper les choix qui vont être faits. Il me semble que le contexte est différent. Contrairement aux autres, ce musée va être un musée du XXI siècle, à une période où l’Europe ne cesse d’approfondir sa construction. On a vu récemment à quel point aussi on est dans un monde mondialisé. Il me semble qu’il faut répondre aujourd’hui différemment de ce qu’ont voulu faire par exemple les Allemands à partir des années 1980 ou 1990, même si le projet a été lancé avant la réunification. Ce qui me paraît frappant, c’est qu’on est dans un pays qui n’a pas ces enjeux-là. Contrairement à Hervé Lemoine ou Henri Guaino, je ne crois pas qu’il y aitdes mémoires qui soient à la porte de la France pour la faire craquer de toute part, pour en ne sait quelle fin ultime.
    Est-ce qu’il va y avoir des innovations ? Si le musée est le fleuron du Sarkozysme à la fois national et historique, il va y avoir des crédits pour qu’il y ait une muséographie moderne. La question est : qu’est-ce que ce musée va illustrer comme discours ? Vous pouvez mettre la plus grand modernité dans le choix de la mise en scène, de l’architecture, si vous illustrez un discours passéiste peu importe la mise en scène muséographique.

    RFI : Les hôtels particuliers des Archives nationales qui accueillent la Maison de l’histoire de France, est-ce que c’est un choix passéiste ?

    N.O. : C’est un site d’économie budgétaire. Deuxièmement, le personnel des Archives nationales est furieux contre cette décision pour des raisons légitimes. Est-ce que ce n’est pas le musée au détriment des Archives ? Une mémoire contre l’autre ? Troisième point : symboliquement, n’aurait-il pas été favorable de faire un musée de l’histoire de France qui soit celui de tous les Français ? De choisir un lieu qui soit plus un lieu de l’histoire populaire  et non un lieu de l’histoire des Princes avec l’hôtel de Rohan, l’hôtel de Soubise ? Ce choix du site - comme l’ensemble du projet - mérite d’amples discussions.

    Le coût de l’aménagement des 34 000 mètres carrés de surface utiles des Archives nationales pour accueillir la Maison de l’histoire de France est estimé entre 60 et 80 millions d’euros. La Maison de l’histoire de France sera le centre d’un réseau national de musées et châteaux liés à l’histoire française (le Musée du Moyen Age de Cluny, le Musée de Compiègne, le Musée de la Renaissance d’Ecouen, le Musée de la préhistoire des Eyzies-de-Tayac, le château de Fontainebleau, le Musée des plans reliefs aux Invalides, le château de Malmaison, le Musée d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye).

    L’ouverture officielle est prévue en 2015, mais une première grande exposition se tiendra aux Archives nationales à la fin de l’année 2011 et la création juridique du musée est annoncée pour le 1er janvier 2012. Il y aura une Galerie historique, des salles pour des expositions temporaires et un centre de recherches et de conférences. Avec la Maison de l’histoire de France, Nicolas Sarkozy s’inscrit pleinement dans l’histoire des présidents de la Ve République. Jacques Chirac avait fait construire le Quai Branly pour les arts premiers, François Mitterrand avait réalisé le Grand Louvre, Valéry Giscard d’Estaing avait décidé le Musée d’Orsay et le nom de Georges Pompidou sera éternellement lié au Centre Pompidou.

     

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