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    France

    Gabi Jimenez, artiste (rom ?) engagé

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    Il est artiste, peintre, plasticien… français et gitan. Gabi Jimenez, 46 ans, vit à Marines, près de Paris. Il a représenté la France au premier pavillon rom à la Biennale Internationale d'art contemporain de Venise et expose ses toiles partout en France et en Europe. Comme citoyen, il s’engage depuis longtemps pour la mémoire de la tragédie des Tsiganes en France pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Un artiste choqué par la répression et les expulsions des Roms en France. « C’est une période noire pour nous, c’est trouble. En France, une telle discrimination ne s’est pas passée depuis 1946. » Entretien sur « l’art rom » et la mémoire française.

    RFI : Quelle est la question qu’on vous pose généralement comme première ?

    Gabi Jimenez :
    Qui sont les Roms, pourquoi les Roms sont discriminés, est-ce que les gens de voyage sont des Roms, est-ce que les Gitans sont des Roms, est-ce que les Roms sont des Gitans ? Il y a une confusion en ce moment, plus personne ne sait qui il est, d’où il vient, etc. Les sédentaires, les gadgés (non-Gitans), ils ne savent pas qui sont véritablement les gens qui vivent avec eux depuis 400 ans.

    RFI : Est-ce que vous vous définissez comme artiste-peintre engagé, ou artiste-peintre rom engagé ?

    Ce qui se passe en ce moment, c’est parce que les gitans ne parlent pas assez d’eux.
    Gabi Jimenez, peintre 16/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    G.J. : En ce moment, je me déclare plutôt comme artiste, peintre, plasticien. On va oublier de dire que je fais partie de la communauté des gens de voyage ou des Gitans, parce que cela fait tache en ce moment. Rien n’est moins sûr, c’est une période noire pour nous, c’est trouble. En France, cette discrimination ne s’est pas passée depuis la Deuxième guerre mondiale. C’est vrai, le gouvernement français dit qu’il n’y a pas de comparaison possible, mais nous, qui le vivons au quotidien, il n’y a pas eu pire pour nous depuis la Deuxième guerre mondiale. On est pointé, on est dans la ligne de mire de la société. Je pense qu’il y a une stratégie du gouvernement qui a voulu assimiler tout le monde dans les mêmes conditions, dans la même problématique. Comme la société sédentaire, la société gadgé, n’aime pas les Gitans, n’aime pas les Roms, on va mettre tout le monde dans le même panier. Et on va le désigner comme étant la source de l’insécurité en France.

    RFI : En France, on a entendu les politiques, les associations, les Eglises, mais très peu les artistes...

    G.J. : Oui, c’est vrai. Mais en France, il n’y a pas beaucoup d’artistes gitans et les artistes ont peur. Ils ont peur que s’ils se montrent, on va tirer sur eux. Il y a toujours cette méfiance. Il y a une méfiance de la communauté gitane vis-à-vis du public et de la médiatisation. Mais, il y a quand même Tony Gatlif, Alexandre Romanès et moi qui sont montés en ligne. Selon moi, il aurait dû y avoir beaucoup plus de mobilisation. C’est clair.
     
    RFI : La Biennale Internationale d’art contemporain de Venise en 2007 avec le premier pavillon consacré à la culture rom était un moment clé pour vous. Qu’est-ce que ce « Pavillon des Perdus » a changé pour « l’art rom » ?
     
    Les artistes gitans, nous sommes qu’une antenne, une sorte de catalyseur à toute cette persécution du peuple gitan.
    Gabi Jimenez, peintre 16/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    G.J. :
    Dans toute l’histoire de l’art, c’est la première fois que les communautés tsiganes, gitanes, ont montré au monde que ce sont des artistes. La Biennale a permis de rectifier quelque chose : oui, des gens sans pays, des gens qui se reconnaissent dans des frères, des cousins, dans une nation virtuelle, ont droit d’être des artistes avant d’être des Roms, des Gitans. C’est une première révolution et l’histoire de l’art n’est plus la même depuis ce premier pavillon. La donne a changé. Chacun travaillait librement dans son pays un peu caché. Avant je me sentais un peu seul, maintenant je me sens plus du tout seul.
    Ce que j’ai découvert aussi, c’est qu’il y avait un avant-gardisme dans le travail des artistes d’origine gitane. Il y a l’ancienne école un peu naïve, fantasmagorique où on présentait les roulottes, les chevaux, etc. La nouvelle école est hyper en avance par rapport à l’art contemporain, parce qu’on ne s’appuie pas sur la même base. Tous les artistes ont le même socle culturel qui se voit dans les toiles : les couleurs, les mêmes codes, transposés dans un contexte contemporain. Il y a la même lecture, le même squelette. Avant j’ai pensé: il y a que moi qui fait cela. Et non. Chacun avait utilisé ce qu’il avait dans son corps.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    RFI : Quels codes communs ?
     
    G.J. : C’est très complexe. Ce sont plutôt les symbolismes représentés : les oiseaux, le voyage, l’air, les couleurs, la forme… Même si on travaille sur quelque chose de très abstrait on va trouver la couleur, un oiseau ou une symbolique qui rappelle l’oiseau, l’envol ou les couleurs gaies, joyeuses, même pour représenter le malheur. Pour montrer un camp de concentration par exemple, on va souvent faire des couleurs sombres. Dans le schéma artistique gypsy, ce n’est pas cela. Le sang reste rouge. Comme on n’écrit pas, on transmet aux enfants les souvenirs en couleurs. Quand on me raconte les camps de concentration, on me raconte que le sang était rouge, que le cadavre était blanc, que la grand-mère était foncée et que le village - qu’on voyait parfois de très loin en dehors du camp de concentration –, ça sentait le pain, ça sentait la vie, il y avait des arbres, etc. Et, dans le camp, il n’y avait rien.
    Parfois, on m’a dit que ce n’est pas respectueux de peindre en couleurs comme si c’était vivant. Cela choque souvent les gens. Mais c’est peut-être cela qui est important, parce que cela a existé et cela existe.
      
    On a un œil de plus.
    Gabi Jimenez: devenir peintre 16/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    RFI : Vous étiez à l’école, vous avez étudié les beaux-arts ?
     
    G.J. : Oui, j’étais à l’école. J’ai été dans une école d’art à Paris pendant trois ans où j’ai appris les arts appliqués, la discipline du trait du dessin. C’est un socle. Etudier l’art, c’est comme pour un écrivain apprendre la grammaire française. On peut connaître des mots, beaucoup de choses, mais si on ne possède pas la grammaire, on ne peut pas s’appuyer sur des vérités. Il vaut mieux les apprendre, comme cela on est affranchi.
     
    RFI : Vous avez beaucoup voyagé en tant qu’enfant ?
     
    G.J. : Nous avons alterné les deux. On pense que les gens de voyage, c’est les cheveux dans le vent et on va comme si des caravanes avaient des voiles, et au gré du vent… Non, c’est au gré des activités économiques, des migrations. La tendance actuelle : les gens de voyage voyagent peu ou toujours autour du même secteur. Ils voyagent aussi au gré des expulsions, cela a été mon cas. Donc, peu de voyages et souvent : « Monsieur, il ne faut pas rester là, Monsieur, il faut circuler. »
     
    RFI : Quelles sont les réactions par rapport à votre engagement pour une année commémorative pour les Tsiganes en France ?
     
    G.J. : Depuis 2008, on a travaillé sur cette thématique « Une mémoire française », l’internement des Tsiganes pendant 1939 à 1946 ! En France, les Gitans étaient dans des camps de concentration, gardés par la France, par des Français, par la Gendarmerie française et libérés en juin 1946, une année après la grande libération ! On gardait encore les gitans comme des animaux. Cette année de commémoration, on l’a fait coïncider avec le décret qui a autorisé cet internement. Quand on regarde mes toiles, il y a ce petit parallèle avec ce qui se passe en ce moment. Je pense que c’est utile de regarder ça.
     
    Nous, on voit la vie, les enfants, le bonheur.
    Gabi Jimenez, peintre 16/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    RFI : Comment les gens réagissent-ils par rapport à votre peinture ?
     
    G.J. : Ils sont assez choqués. J’ai une peinture choquante. Je vais d’un extrême à l’autre. Cela peut être du bonheur, et cela peut être des montagnes de cadavres. De loin, on peut penser que cela est un décor, mais ce sont des cadavres, des gens. Je peins des choses qui sont dures, je les détourne aussi. Je suis provocateur. Ce qui me choque, c’est la banalisation des situations violentes. On peut voir des gendarmes taper sur des gens, c’est super violent, c’est atroce. Eh bien, moi, je suis capable de synthétiser cela et de le rendre décoratif, dénoué de son truc. Cela devient choquant. Je fais imprimer mes motifs sur des mugs, des tasses. Je fais des boules aussi où il y a la neige qui tombe où l’on voit un gendarme qui tape sur un Rom, un Gitan. Quand on remue, il y a la neige, cela devient décoratif. C’est beau. Et les gens achètent cela.
     
    RFI : Est-ce que vous êtes déçu par vos compatriotes parce qu’on a expulsé des Roms ou êtes-vous content parce qu’il y avait aussi beaucoup de solidarité ?
     
    G.J. : Il y a des moments où l’histoire de l’humanité devrait avoir honte. Là, l’humanité devrait avoir honte. Je pensais qu’on s’est affranchi de beaucoup de choses depuis l’horreur de la guerre : de la bestialité, de la méchanceté. En fait, avec ce qui s’est passé en France, cela a libéré la parole. J’ai vu des réactions sur l’internet où des gens ont un discours xénophobe, raciste. Un peu comme on a tué les « sorcières » parce qu’on disait qu’elles envoûtaient les gens et volaient sur des balais… On est encore à l’obscurantisme du Moyen Age qui fait dire aux gens que les Gitans, ce sont des sous-hommes, des sous-citoyens, ce ne sont pas des êtres humains. Après il y a aussi l’autre côté avec des gens dont je ne soupçonnais pas qu’ils pouvaient prendre partie pour les Roms. Cela me rassure que l’espèce humaine est quand même partagée entre la méchanceté et la bonté. Et je pense que c’est la bonté qui gagnera.

     

    Mémoire de Gitan - Exposition de Gabi Jimenez du 24 septembre au 14 octobre à la Médiathèque de Taverny.
    Une mémoire française – Les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-46 : Expositions, Festival du film Tsigane, Ciné-Documentaire, Flamenco.

     

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