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    France

    André Kertész fait de l’ombre à Brassaï au Jeu de Paume

    media "Nageur sous l'eau, Esztergom" (1917) Bibliothèque nationale de France

    Les « Chaises », la « Fourchette », l’« Atelier de Mondrian » ou les célèbres « Distorsions » où il déforme et rends abstrait le corps d’une femme avec un simple miroir… André Kertész (1894-1985) figure parmi les plus grands noms de l’histoire de la photographie. Le Jeu de Paume lui consacre jusqu’au 6 février la première grande rétrospective en Europe avec 300 tirages originaux de l’artiste qui apparaît d’un coup encore plus grand. Kertész, le photographe du 20e siècle.

    "Tisza Szalka" (1924) Salgo Trust for Education, New York

    Pour le Jeu de Paume, la vérité, il faut la chercher aussi dans la forme. Les salles plongées dans une pénombre mystérieuse, ce sont les tirages originaux de l’époque hongroise qui ouvrent le bal. Les tirages contact de cette période (1912-25) sont inédits et minuscules (4 x 6 cm). Chaque visiteur examine l’œuvre de Kertész littéralement à la loupe – mise à disposition à l’entrée de l’exposition. Avec ces formats aujourd’hui très inhabituels, ce ne sont pas que des images qui fêtent leur renaissance, mais toute une époque, remarque le commissaire de l’exposition, Michel Frizot : « Les formats initiaux, cela change le regard, parce qu’on s’adresse à un matériel qui est vraiment d’époque, qui est contemporain de la prise de vue. On se restitue historiquement dans le moment où ces photos ont été faites. »

    Kertész n’est pas encore reconnu avec la place qu’il mérite dans le 20e siècle.

    Michel Frizot, commissaire de l'exposition 06/10/2010 Écouter

    Kertész a vécu 91 ans, dont plus de 70 ans comme photographe. Il fait ses premiers pas en Hongrie, à partir de 1925 à Paris, au centre du monde artistique, en 1936 il quitte Paris pour New York. Avec un contrat d’un an de l’agence Keystone dans la poche il y reste pendant 50 ans. Il réussit à ne jamais se répéter dans sa démarche artistique et il cherche dans beaucoup de directions : les premières distorsions des femmes nues avec un simple miroir, c’était lui. Les premiers reportages photos où les images dirigeaient et dominaient le texte, c’était lui. Les premières photos de Paris la nuit, avec les lampadaires de rue, les marches de Montmartre et les arbres qui jettent leurs jolies ombres sur le pavé, c’était lui, en 1927. Dommage pour Brassaï, son ami et compatriote hongrois, qui fera dans les années 30 un tabac avec ses images d’un Paris nocturne.

    « C’est une question douloureuse entre Kertész et Brassaï qui étaient tous les deux hongrois, explique Michel Frizot, historien de l’art photographique. Brassaï était arrivé à Paris avant Kertész, mais c’est Kertész qui lui a appris à faire de la photo. Brassaï ne se destinait pas à devenir photographe. C’est Kertész qui avait commencé déjà en Hongrie très tôt les photographies de nuit, alors que cette question va devenir au début des années 30 la spécialité de Brassaï. Sans aucun doute, c’est Kertész qui avait initié ses méthodes et ses approches de la photographie. »
     

    "Le Nuage égaré" (New York, 1937) Courtesy Sarah Morthland Gallery, New York

    L’expression fétiche d’Annie-Laure Wanaverbecq, co-commissaire de l’exposition, pour décrire l’avant-gardisme de Kertész : « On n’avait jamais vue cela auparavant ». Avec son collègue, elle a travaillé pendant quatre ans pour réaliser l’exposition. Autrement dit : ils ont pris le temps et le nombre d’images nécessaire pour faire ressurgir l’incroyable complexité et importance de l’œuvre de Kertész. Sa photographie est unique et incomparable, mais : „Il n’y a pas de style de Kertész, s’exclame Michel Frizot, mais il a un ‘style’ qui le différencie de tous les autres photographes. Pendant le travail pour cette exposition, j’ai trouvé des photographies de Kertész que je n’aurais pas attribué à Kertész auparavant. C’est quelqu’un qui change continuellement de style, tout en ayant une approche et une manière de concevoir la photographie qui lui est très personnelle. On reconnait une photographie d’Henri Cartier-Bresson. Il est quasiment impossible de reconnaître dans une photographie de Kertész le style de Kertész. »
     

    Kertész et la Première Guerre mondiale
    Annie-Laure Wanaverbecq, commissaire de l’exposition 06/10/2010 Écouter

    En 1912, André Kertész a 18 ans et reçoit son premier appareil photo et se lance sans détour dans la photographie expérimentale. « Garçon endormi » montre une scène au café : un jeune homme s’est endormi en lisant le journal et se repose sur son coude. En 1917, il dresse un portrait de son frère « Nageur sous l’eau ». Le coup d’envoi de sa célèbre série des distorsions qui révèle son génie. « C’est une photographie qui n’a pas de sujet, décrit  l’historienne de la photographie Annie-Laure Wanaverbecq. On s’aperçoit que c’est un non-sujet. Il raconte lui-même que ses amis se moquaient de lui. Sur la photo, les gens ne trouvaient rien de spécial ou de sensationnel. Kertész avait déjà cette intuition de la vision fugitive que nous permet par exemple la transparence de l’eau sur un corps. Cela donne une image qui est complètement fugitive et éphémère, elle n’existe que dans l’instant. Par la suite il dira que c’était l’une de ses premières distorsions. »
     

    "Satiric Dancer" (1926) Bibliothèque nationale de France

    L’Hongrie, Paris, New York, trois étapes de sa vie, trois époques artistiques où il était confronté à trois langues étrangères différentes qu’il maitrisait mal. « Mon anglais est mauvais. Mon français est mauvais. La photographie est ma seule langue » et « mon journal intime visuel » disait-il. L’inconditionnel des appareils photo était visiblement aussi un grand technicien. Dans la célèbre icône « Satiric dancer » (1923), une danseuse avec des bras et des jambes nus prend sur un canapé et au-dessous d’une peinture la pose d’une sculpture à côté. En un seul clic Kertész fusionne l’imagerie de la photographie avec celle de la peinture et de l’abstraction.

    « Les grandes icônes étaient connues et reconnues. Ce qui est plus important dans cette exposition, c’est d’avoir pu remettre en perspective un grand ensemble de photographies de 1912 jusqu’à sa mort. Et de pouvoir mieux comprendre à quel point Kertész est vraiment à part. La vision fragmentaire de Kertész a souvent donné lieu à des interprétations excessives, en particulier en l’associant au surréalisme, auquel il ne s’associait pas du tout, il se défendait complètement d’être sous une quelconque influence. Ce qui est plus important, c’est de voir les chefs d’œuvres replacées dans un grand continuum d’images avec des choses qu’on n’a jamais vues. »
     

    Quand Kertész crée le photojournalisme
    Annie-Laure Wanaverbecq, commissaire de l’exposition 06/10/2010 Écouter

    En 1936, pour des raisons économiques, il part aux Etats-Unis. Mais en tant qu’Hongrois, là-bas, il est considéré comme un ennemi pendant la Seconde guerre mondial. Et même après, pour survivre, il doit faire des efforts énormes et accepte des commandes qu’il déteste profondément comme prendre en photo des jardins et des maisons de stars pour la revue « House and garden ». Il n’aime pas l’esprit matérialiste des Etats-Unis et accueille ses visites souvent avec la formule : « Je déteste les Américains. » Jusqu’à sa mort il reste dans le pays du consumérisme l’outsider qui se représenté dans ses photos d’une manière éphémère comme un nuage. Il met en image la ville de New York comme personne d’autres. Pendant que Bill Brandt, Paul Strand ou Yves Klein développent le mythe de New York, Kertész est fasciné par des petites choses pour révéler l’imaginaire de la ville à partir des cheminés, des horloges, des murs de brique délabrés, des escaliers extérieurs…

    Depuis ses débuts new-yorkais, André Kertész qui se sent mal aime, était hanté par une mélancolie, par une nostalgie d’émigré. L’artiste qui se sent mal compris finit à tomber en dépression après la mort de sa femme Elisabeth en octobre 1977. En 1981, il publie un petit livre « From my Window », dédié à sa femme avec 53 polaroids exclusivement pris de la fenêtre de son appartement du 12e étage qu’il n’a plus quitté les dernières années. « Kertész n’est pas une personnage simple à comprendre « remarque Annie-Laure Wanaverbecq. Sa photographie est très mentale, très inspirée par sa pensée. Il a fallu cette grande série d’images pour qu’on puisse l’approcher de manière plus juste. »

    Kertész, un géant de la photographie du 20e siècle. Bizarrement, son art n’est pas (encore) entré dans le 21e siècle. Il n’influence pas la création contemporaine ou les jeunes photographes, constate Michel Frizot : « C’est vraiment un photographe du 20e siècle qui a eu beaucoup influence à son époque, à travers ses livres en particulier, mais je ne crois pas la photographie contemporaine soit inspirée par Kertész. »

    "La Plaque cassée" (1929) Courtesy Attila Pocze, Vintage Galéria, Budapest

    Jeu de Paume: « André Kertész » (28.09.2010-06.02.2011)
    http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&sousmenu=10&idArt=1187&lieu=1

     

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