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    France

    Photos de Larry Clark : débat des vieux sur les anciens ébats des jeunes

    media La foule se presse devant l'exposition « Larry Clark. Kiss the Past Hello … sf

    Il faut le faire ! Créer un buzz avec des photos noir et blanc des années 60 et 70 qui montrent l’histoire d’une certaine jeunesse américaine à la dérive. Le musée d’art moderne de la ville de Paris organise jusqu’au 2 janvier la bien nommée exposition « Larry Clark. Kiss the past hello » ( Dis bonjour au passé ). La première grande rétrospective du photographe culte avec plus de 200 tirages originaux. Larry Clark, 67 ans, est depuis longtemps internationalement reconnu pour son travail et depuis peu officiellement interdit aux mineurs à Paris. Un scandale ? Non, plutôt des photos uniques et historiques à regarder et un débat à mener sur l’absence d’un jeune Larry Clark d’aujourd’hui.

    Vue la queue énorme qui s'éntend sur quelques centaines de mètres, du musée d’art moderne jusqu’aux quais de la Seine, on croyait s’être trompé d'exposition (Monet et non pas Larry Clark). Bien sûr, l’Américain est aussi un classique, au lieu des couchers de soleil, des paysages et des gares du maître de l’impressionisme, Clark a dépeint une jeunesse sans repères moraux ni freins idéologiques. Pendant des semaines, des mois et quelques fois des années, il a suivi des jeunes afin de gagner leur confiance et de mettre en image leur énergie de vie et d’autodestruction.

    Clark reste inégalé dans son art

    « A ce jour, Clark reste inégalé dans son art de refléter le mode de vie de la jeunesse », affirme Jean-Luc Monterosso qui a présenté deux fois des images de Larry Clark. Une fois en 1987 à l’Espace Photo, une seconde fois à la Maison Européenne de la Photographie en 2008. « Il n’y a personne d’autre comme Larry Clark. Il y a bien sûr Nan Goldin qui est sur les pas de Larry Clark et qui a fait aussi un travail formidable, mais peut-être plus sur le monde en dérive, le sida et de la drogue, mais pas sur les adolescents. A ma connaissance, il n'y a que Larry Clark qui ait fait ce travail », ajoute -t-il.

    Les trois premiers jours, 6 244 personnes ont visité l’exposition au musée d’art moderne qui s’avère assez petite pour une « grande rétrospective » avec quelques salles peuplées de photos qu’on peut traverser en vingt minutes. Ce qui frappe d’abord, ce sont des images rigolotes : des photos de chiens sur les bancs d’une école, au pied d’un sapin de Noël, des bébés et des enfants en couleur, très kitsch années 50 avec un style « Lassie », la série culte diffusée entre 1954 et 1974.

    A l’époque de ces clichés, Larry Clark avait 14 ans et était l’assistant de sa mère, photographe du monde animal et enfantin. Larry, lui, s’est tourné après vers un autre univers, plus hard, un album de famille constitué de scènes violentes, viriles et virulentes de la jeunesse de l’époque. « Larry Clark est celui qui a ouvert les portes, parce qu’il a montré que la jeunesse américaine a été malheureusement contaminée par la drogue, explique Jean-Luc Monterosso.  A l’époque, personne n’imaginait cela possible. Donc, il a ouvert les yeux du public sur ce phénomène nouveau dans les années 60 et 70 ».

    « Il est ridicule de parler de censure »

    Sur les cimaises se succèdent d’une manière assez banale des images en noir et blanc. Après une série préliminaire qui montre un homme au volant, un cireur de chaussures, une ampoule nue qui nous envoie sa lumière crue, Larry Clark entre dans le vif du sujet et construit son style : un couple de jeunes qui fait l’amour dans une baignoire, un autre couple enlacé en se caressant le sexe. Puis l’univers de la drogue fait son apparition : des séances collectives, une aiguille qui traîne encore dans la veine d’une femme enceinte, une fille ligotée, un frimeur qui pointe son revolver sur sa bien-aimée, un garçon avec une corde autour du cou, un grand plan sur les ouvertures du monde féminin à côté d’un pénis version tour Eiffel.

    « Des photos bien plus extrêmes que celles qu’on a pu voir dans les expositions précédentes de Larry Clark », s’emporte Christophe Girard, chargé de la Culture à la ville de Paris. Selon lui, il est ridicule de parler de censure par rapport à l’interdiction aux mineurs.

    « Il y avait déjà eu des

    Larry Clark a pris soin de nous remercier.

    Christophe Girard, chargé de la culture à la ville de Paris 13/10/2010 Écouter

    interdictions aux moins de 18 ans. A Lyon par exemple pour David Hamilton en 2007, cela paraît très étonnant. Il y a eu des décrochages de photos de l’artiste russe Oleg Kulik par la police lors de la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) en 2008 à Paris, avec garde à vue du galeriste et un interrogatoire du directeur de la FIAC. Et puis il y avait surtout l’affaire de l’exposition « Présumés innocents » qui a valu dix années de procédures judiciaires et un véritable cauchemar vécu par le directeur du musée et les deux commissaires. Donc il me paraît juste un peu humain que nous ne souhaitions pas que le directeur du musée et son équipe connaissent le même sort . Larry Clark a pris soin de nous remercier de l’avoir invité et de lui permettre de montrer son travail complet ! C’est la première fois qu’il a une rétrospective de cette importance », a ajouté Christophe Girard.

    « Interdire aux adolescents âgés de 17 ans de venir voir mes photos est pour moi criminel »

    Alors, parlons-nous plutôt de la permission pour les plus de 18 ans de pouvoir regarder enfin toutes les photos de Larry Clark ? Devant nos yeux, défilent les images de l’époque Tulsa (Oklahoma), les années 70 du trash et de la drogue, les années punk avec « Teenage lust ». Ses portraits des années récentes sont moins brutes, moins sauvages, moins troublants et aussi moins intéressants que les photos incriminées d’être dangereuses pour les mineurs. Ces dernières ont la taille d’une carte postale et sont intégrées (pour ne pas dire englouties) dans cette première rétrospective de 50 ans de carrière de Larry Clark.

    L’auteur, né en 1943, a l’air d’un survivant de cette époque. Quelques jours avant l’ouverture de l’exposition, il dénonçait encore l’interdiction : « Interdire aux adolescents

    Ecouter Larry Clark sans la traduction 13/10/2010 Écouter

    âgés de 17 ans de venir voir mes photos est pour moi criminel ». Mais le jour du vernissage, il semblait très heureux et épanoui à côté du « censeur » Christophe Girard.  « Cela n’est pas contre moi, ni contre mon travail, je ne peux donc pas vraiment condamner cette décision », explique alors Larry Clark et poursuit  « je voudrais bien que les ados puissent voir l’exposition, mais je suis tout simplement heureux que cette expo ait lieu et que je puisse regarder ma vie sur les murs ».

    « La ville de Paris donne un très mauvais exemple »

    Le prix à payer aurait été trop élevé pour une exposition sans limite d’âge, dit la Mairie de Paris et rappelle le cas de l’exposition « Présumés innocents » au CAPC de Bordeaux,  traquée depuis dix ans, par les ennuis judiciaires. Reste à savoir si la décision prise par la Mairie de Paris crée un précédent pour les expositions à venir.

    Déjà, le Quai des Bulles, le plus important festival de BD après Angoulême, a interdit l’exposition du 8 au 10 octobre consacrée à Jean-Marc Reiser aux mineurs non accompagnés à cause d’une planche qui montre un gardien de phare se masturbant. Pour l’avocat Emmanuel Pierrat, spécialiste de la liberté d’expression, qui avait défendu les deux commissaires de l’exposition « Présumés innocents », l’interdiction de Paris entraînera une montée de l’autocensure dans toute la France. « La ville de Paris est à la fois dans son bon droit et en même temps elle donne un très mauvais exemple. Elle crée une jurisprudence. Si la ville de Paris n’est pas capable de faire autrement que procéder à une autocensure, alors cela veut dire que n’importe quel centre d’art contemporain, n’importe quel endroit qui accueille une exposition, plus petite, plus friable, moins solvable, moins équipée, va avoir peur et va immédiatement interdire – pas uniquement aux moins de 18 ans, mais complètement - toute exposition d’art contemporain. C’est une très mauvaise jurisprudence et cela sans même qu’il y ait eu de jugement  », explique Emmanuel Pierrat.

    L’interdiction aux moins de 18 ans qui est affichée pour l’exposition Larry Clark n’a pas beaucoup de sens.

    Emmanuel Pierrat, avocat et spécialiste de la liberté d’expression 13/10/2010 Écouter

    Entre-temps, les mineurs d’aujourd’hui peuvent (s’ils veulent vraiment) regarder ces photos historiques des années 60 et 70 dans les journaux ou sur internet. Le débat sur l’autocensure continuera certainement même après la fermeture de l’exposition au musée d’art moderne, mais il serait urgent de lancer un autre débat : où est le Larry Clark d’aujourd’hui ? Pourquoi il n’y a plus personne qui capte le côté intime et caché de la jeunesse d’une manière aussi poignante que Larry Clark l'a fait autrefois.

     

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