Cinéma / 64e Festival de Cannes / Compétition officielle - 
Article publié le : jeudi 12 mai 2011 à 16:16 - Dernière modification le : jeudi 12 mai 2011 à 16:33

Lynne Ramsay concocte un film d’horreur psychologique sur la famille

"We need to talk about Kevin" de Lynne Ramsay (2011)
"We need to talk about Kevin" de Lynne Ramsay (2011)
Independant/Festival de Cannes 2011

Par Siegfried Forster

Fait divers ou fatalité sociétale ? Kevin commet à l’âge de 16 ans un carnage à l’école et anéantit sa famille. We need to talk about Kevin est le nouveau film de Lynne Ramsay et concourt pour la Palme d’or. Le titre ne parle pas du film, mais de nous spectateurs. Un long métrage sous forme d’horreurs psychologiques qui nous secouent, mais laisse la question pertinente de la responsabilité du crime grande ouverte.

Une porte entrouverte qui donne sur le jardin, un rideau qui bouge. Une foule fanatique dans la boue qui épaule une femme pour la sacrifier. Quand Eve se réveille et se lève, sa vie tremble. Des scènes oppressantes qui ouvrent le film et nous enferment dans l’histoire.  

Lynne Ramsay narre la vie d’Eva, une femme heureuse, jusqu'à ce que l’enfant arrive. Elle sera vite débordée par son bébé et préfère le bruit des marteaux-piqueurs aux cris ininterrompus de son nouveau-né. Kevin grandit, mais il n’adresse toujours pas la parole à cette femme qu’il ne nomme jamais maman. Il reste extrêmement bizarre, navigue entre autisme et mauvaise foi. De l’autre côte, le mari et le médecin tempèrent la colère de la mère et lui font comprendre que tout est normal. Ainsi, Kevin devient le centre du monde familial, au détriment de la mère. La seule passion du petit monstre est le tir à l’arc. Il cherche sans cesse des buts et des limites. Comme il n’en trouve pas au sein de sa famille, il décoche ses flèches… et atteint son but. Après le massacre, il semble comblé, heureux, pour la première fois.
 
Le film parle de la culpabilité
 

Lynne Ramsay, réalisatrice de "We need to talk about Kevin"
Independant/Festival de Cannes 2011

Pour la réalisatrice écossaise « tout le film parle de la culpabilité ». Ramsay nous donne le vertige avec ses séquences entrecoupées. Pour elle, il s’agit d’« un film rempli d’émotions ». Lynne Ramsay nous épuise (trop ?) avec les couleurs de sang, images troublées et cauchemars répétés. Les flashbacks et la bande-son à l’esprit moqueur nous balladent entre la prison, la vie bourgeoise bien rangée d’autrefois et le calvaire de la mère après le drame. Elle, qui avait toujours souffert le plus des manipulations de son fils, se sent coupable et accepte la punition de rester vivre dans la petite ville où chaque habitant la déteste et la terrorise.
 
Ce n’est pas un film d’horreur, mais un film sur la famille. Tilda Swinton excelle dans le rôle de la mère « intériorisée et très seule » qui se balade avec un regard vide, digne d’un fantôme. Le jeune comédien Ezra Miller (« J’ai vraiment peur d’avoir un peu de Kevin en moi ») réussit l’exploit d’incarner à merveille l’enfant maléfique tout en restant crédible et énigmatique. C’est Kevin, après deux ans en prison, qui a le mot de la fin sur question du pourquoi : « Avant, je le savais, maintenant je ne le sais plus. »

Lynne Ramsay

 

Lynne Ramsay est née à Glasgow en 1969. Elle a fait ses premiers pas à Cannes en 1996 avec Small Deaths, un court métrage couronné par le Prix du jury en compétition. Son premier long métrage débarque à Cannes en 1999 quand Ratcatcher est présenté dans Un Certain Regard, la sélection off du Festival. En 2002, l’Anglaise obtient pour Morvern Callar le Prix de la jeunesse du film étranger à Cannes.
We need to talk about Kevin, est tiré du roman de l'Américain Lionel Shriver.

 

Abécédaire de Cannes 2011
Notre dossier spécial

 

tags: Cinéma - Festival de Cannes 2011
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(1) Réaction

l'autisme vu par la réalisatrice est un scandale !!!!

Les journalistes qui pensent être capable de décrire les intentions d'une réalisatrice, et du comportement de ses personnages, se sont bien planté ici!!
Mais en France, comment traiter d'un sujet tel que l'autisme (handicap neurologique, dont il semble nécessaire ici de donner la véritable définition!), sans faire de mélange entre le handicap et la maladie mentale?? Les années de psychanalyses ont fait le nécessaire afin de formater les journaleux dans ce sens : on doit se triturer les méninges afin de trouver le côté obscur de chaque personne, le pourquoi et comment des choses...
Dire d'un enfant autiste qu'il est "l’enfant maléfique", "Il reste extrêmement bizarre, navigue entre autisme et mauvaise foi" (c'est sûr, un handicapé ne peut être que "de mauvaise foi" en France !!), c'est vraiment ne pas avoir pris la peine de se renseigner 2 minutes (le temps d'une pause cigarette!) sur ce qu'est l'autisme!!!
HANDICAP, ce n'est pas un gros mot !!!!

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