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    France

    Marcher pour la dépénalisation du cannabis

    media Une fumeuse lors d'un rassemblement en faveur de la légalisation du cannabis, à Vancouver, au Canada, le 20 avril 2011. REUTERS/Ben Nelms

    Pour la dixième année, les tenants de la dépénalisation du cannabis se sont rassemblés ce samedi 7 mai 2011, à Paris et dans plusieurs villes françaises comme ailleurs dans le monde, pour la 10e Marche mondiale du cannabis. Le collectif qui organise la manifestation française (Act Up, Aides, le Circ, Asud, Cannabis sans Frontières, Europe Ecologie-Les Verts, la Ligue des droits de l’homme, le Mouvement des Jeunes socialistes…) revendique une réforme de la politique des drogues.

    Pour les organisateurs français de la Marche, la politique menée en matière de cannabis depuis 1970 en France est un échec patent. « A un an du deuxième tour de la présidentielle, nous espérons que cette mobilisation contribuera à imposer la réforme de la politique des drogues comme thème majeur des campagnes électorales de 2012 », peut-on lire dans le communiqué commun publié par le collectif des associations.

    La petite cuillère  

    Les politiques n’ont pas attendu cette mobilisation pour s’emparer du débat. Les pour et les contre la dépénalisation se livrent régulièrement à des joutes au gré des faits divers ou des affaires de trafic. Dans son ouvrage Pour en finir avec les dealers, le maire de Sevran, une commune de la banlieue parisienne gangrénée par le trafic de cannabis, livre un plaidoyer basé sur l’expérience en faveur de la vente libre. « Sortir de la société de prohibition, écrit Stéphane Gatignon (élu Europe Ecologie-Les Verts), c’est libérer des territoires entiers de l’emprise des trafics et de la violence ». A propos des résultats obtenus par la répression policière, « on vide la mer à la petite cuillère » estime encore l’élu écologiste.

    Pourtant, la police se félicite régulièrement du succès des opérations antidrogue menées sur le territoire national. Dans un dernier bilan, fin avril 2011, les services de police de l’agglomération parisienne rapportent avoir résolu 1 155 affaires de drogue depuis le début de l’année. Ainsi, plus de 1 000 kilos de cannabis ont été saisis durant cette période, contre 1 450 en 2010. La guerre à la drogue et singulièrement au cannabis serait donc un échec, il suffit pour s’en convaincre de jeter un œil sur quelques chiffres.

    En France, il y aurait ainsi quatre millions de consommateurs réguliers, 12 millions d’occasionnels et plus de 100 000 personnes impliquées dans le trafic. Selon la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), 250 tonnes de cannabis sont consommées chaque année sur lesquelles 30 sont produites localement. Quant aux « saisies record » effectuées par la police, elles se situent, le plus souvent, en-dessous de la dizaine de tonnes. On comprend mieux l’image de « la petite cuillère » évoquée par le maire de Sevran…

    Un peu d’intelligence…

    Les partisans de la « fumette » en paix ont été rejoints dans leur combat par un ancien ministre de l’Intérieur, le socialiste Daniel Vaillant. Adepte de la dépénalisation et de la légalisation, il se dit « pour une production contrôlée dans des établissements dédiés et qui ne vendraient qu’à des majeurs (comme pour l’alcool) ». Le Parti socialiste a d’ailleurs créé un groupe de travail sur le sujet, sous la houlette de Daniel Vaillant, qui devrait rendre son rapport à la fin du mois.

    Autre son de cloche au PS, Manuel Valls, candidat à la primaire socialiste pour la présidentielle, se dit farouchement opposé à la légalisation : « ce serait un terrible signal adressé à la société » pense-t-il.

    Pour Jean-Pierre Galland, porte-parole du Collectif de recherche et d’information cannabique (Circ), la répression et la prohibition ne servent à rien. « Nous pensons qu’il faudrait réglementer la production, la distribution et l’usage du cannabis, ce qui permettrait d’ailleurs de faire une prévention un peu plus intelligente que celle d’aujourd’hui qui est de répéter toujours : le cannabis n’est pas bon pour la santé. C’est vrai, reconnaît Jean-Pierre Galland, que le cannabis est une drogue, c’est une drogue qui est maintenant intégrée culturellement et en plus, parmi toutes les drogues, tous les rapports le soulignent, c’est une des moins dangereuses. Donc, il vaudrait mieux, au lieu de privilégier la répression comme on le fait en ce moment, privilégier la prévention et l’éducation d’usage », plaide le porte-parole du Circ.  
     

    Une orientation qui n’est pas du goût du pouvoir en place pour qui le tout répressif devrait bien finir par payer un jour. Or, remarque Stéphane Gatignon, les politiques s’opposent à sortir de la société de prohibition « parce qu’ils sont persuadés que 95% des gens sont contre, mais il faut parler des choses complexes, sinon, on n’aurait jamais mis fin à la peine de mort »…

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