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    France

    Jef Aérosol fait « Chuuuttt !!! » dans la grande symphonie urbaine de Paris

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    Pendant une semaine, il a réalisé au centre de Paris l’un des plus grands pochoirs jamais réalisées au monde. « Chuuuttt !!! » sera inauguré ce 18 juin. Jef Aérosol, né en 1958 à Nantes sous le nom de Jean-François Perroy, est l’un des pionniers de l’art urbain. Le virtuose de la technique pochoir-carton est aussi musicien et se définit d’une manière multiple : peintre, pochoiriste, artiste du street art, de l’art urbain, de l’art contemporain, du pop art. Entretien sur le monde qui nous entoure.

    RFI : Un autoportrait de 350 m2 au cœur de Paris, cela ne sent pas la modestie !

    Jef Aérosol : Cela n’a aucun rapport, ce que ce soit mon visage ou n’importe quel autre visage, peu importe. En toute façon, on ne me reconnaît pas. C’est un autoportrait, mais franchement, on voit les deux yeux, j’ai l’index devant la bouche… Le souci pour moi n’est pas du tout de me représenter. Je voulais montrer une posture. Au lieu de chercher quelqu’un j’ai pris mon autoportrait. J’espère que sur ce visage tout le monde peut se reconnaître et s’identifier. Bien sûr, on peut dire que c’est un peu mégalomane ou narcissique, mais, moi, j’avais complètement oublié que c’était moi-même. C’est un type qui fait « chut ! », voilà.


    RFI : Malgré ce « chut ! » monumental, vous parlez à voix haute devant votre fresque !

    J.A. : Le « chut ! » n’est pas là pour demander aux gens de se taire ! Il n’est pas là pour demander le silence. Il est là pour dire qu’il y a peut-être des choses à écouter, que vous n’avez pas l’habitude à écouter. Une fois dans le stress de la ville, les gens ont l’impression que la bande sonore du monde urbain, ce ne sont que des moteurs de voitures ou des sirènes de police. Or, il y a aussi des gamins qui jouent au foot, il y a des touristes qui discutent, il y a des oiseaux qui chantent. Il y a le bruit des talons des demoiselles au printemps, il y a les saltimbanques du parvis de Beaubourg qui jouent de la musique et font du théâtre. En tant que musicien, j’aime bien demander aux gens de prêter un peu d’attention à cette grande symphonie urbaine. Et puis –sans parler à voix basse- il y a aussi simplement le fait de se dire : écoutez-vous les uns les autres.

    Jef Aérosol explique le rôle actuel de l’art urbain dans la ville. 10/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    RFI : Votre fresque géante se trouve à la place Stravinsky à côté de la fontaine Niki de Saint-Phalle. Elle est entourée du Centre Pompidou, de l’Institut de recherche et de coordination acoustique/musique (Ircam), il y a l’église Saint-Merri du XVIe siècle. Pourquoi ce lieu ?

    J.A. : Ici, nous sommes vraiment au cœur de Paris, au cœur d’une quintessence parisienne. Nous avons des bâtiments très contemporains comme le Centre Pompidou jouxtant des monuments historiques comme l’église Saint-Merri. Quand je dis « chut ! », j’ai les yeux écarquillés, je dis aussi : regardez autour de vous ! Paris est une ville magnifique. Sur ma fresque, on continue à voir le fond du mur, j’ai mis du blanc et du noir, mais on a le blanc du mur qui est toujours présent. C’est une certaine façon de dire : je viens poser une très fine couche sur un patrimoine que je respecte. Je viens de m’insérer –avec une part de provocation ou de pertinence- dans un paysage urbain pour lequel j’ai un très grand respect. J’espère de garder toute l’humilité que ce lieu impose.

    RFI : L’expression du visage, les yeux, le nez, la direction de la tête, sont-ils adaptés au lieu ?

    J.A. : Cela est peut-être au public de le dire. Moi, j’ai essayé de faire une image qui ne soit pas naïve ou juste jolie ou purement décorative. J’ai essayé de ne pas faire une image qui soit violente ou qui explicite de façon frontale un message politique. J’ai essayé de faire une image qui interroge un peu, qui prête à penser.

    RFI : Vous avez travaillez pendant cinq jours à la réalisation de la fresque. Il y avait le soleil, la pluie, sur la place il y avait des curieux, des touristes, des enfants, des footballeurs, vous avez fait des pauses en buvant de la bière ou en donnant des autographes… En quoi cela interfère ou change votre pochoir final ?

    J.A. : Cela change quelque chose. Il y a beaucoup gens qui sont passés. Je suis très occupé, je ne peux pas parler pendant des heures avec les gens, mais un petit mot, un petit sourire, un petit pouce levée en disant : « super ! », cela donne… voilà, la journée est gagnée. Même les gens qui n’aiment pas et qui disent que c’est de la merde. Cela aussi est important. Mon leitmotiv est : une vie humaine, cela dure très peu de temps.

    RFI : Vous avez travaillé sur des murs du monde entier : à Berlin, Paris, Lille, Londres, Vienne, Tokio… quelle est pour vous le pays idéal pour le street art ?

    J.A. : Il n’y a pas de pays idéal. Evidemment, il y a des pays où ceux qui travaillent sur les murs ont un certain mérite, parce qu’ils subissent des régimes qui sont autoritaires ou avec une censure. Je tire mon chapeau à ces gens-là qui travaillent dans la rue en prenant des risques. Je suis en contact avec un jeune artiste qui s’appelle IC qui bombe les murs de Téhéran et qui fait des choses extraordinaires. Pour travailler là-bas on prend des risques qui sont importants. Ce qui est formidable, il y a à la fois des régimes, des pays, et en même temps il y a une énorme nation, la blogosphère, la toile, l’internet, qui autorise la communication entre tout le monde et permet d’abolir certaines frontières. Le street art bouge et circule. Des gens qui habitent aux antipodes peuvent partager des images, des idées, s’échanger par la poste des œuvres sur papier qu’ils ont collé l’un pour l’autre dans des pays où ils ne vont jamais. Le web a changé énormement des choses. C’est une révolution à tous les niveaux. Pour l’art aussi.

    RFI : Le premier pays au monde qui accueille le street art, c’est alors la toile ?

    J.A. :
    Oui, je dirais ça.

    Chuuuttt !!!, place Igor Stravinsky, 75004 Paris.
    La fresque monumentale de Jef Aérosol, mise en œuvre par la galerie Vertikall, sera inaugurée le samedi 18 juin à 10h30 et marquera le lancement officiel de la manifestation municipale mur4mur. Le pochoir restera en place jusqu’en 2014, début d’un autre « ravalement » de la façade.


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