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    Les sites africains entrent en force dans le patrimoine mondial de l’Unesco

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    Parmi les 25 nouveaux sites admis sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco il y en a cinq situés en Afrique. La liste du patrimoine mondial de l’Unesco est devenue un très grand enjeu culturel, politique et économique. Lors de la 35e réunion du Comité du patrimoine mondial à Paris qui se termine ce 29 juin, certains parlent d’une véritable chasse à la poule aux œufs d’or. Cette année, les pays africains avaient présenté 7 candidats et 5 sites ont été retenus, dont le delta du Saloum au Sénégal. Entretien avec Hamady Bocoum, directeur du patrimoine culturel du Sénégal.

    RFI : Le delta du Saloum a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. S’agit-il d’une décision inespérée ou déjà acquis avant le vote?

    Hamady Bocoum : Rien n’était définitivement acquis, mais c’était attendu, parce que cela fait plusieurs années qu’on travaille sur le dossier. Nous n’avons pas eu d’objection majeure par rapport au contenu. On était assez optimiste et cela s’est concrétisé.
     
    RFI : Le delta du Saloum englobe des canaux d’eau saumâtre et près de 200 îles et îlots. En quoi ce site est unique au monde?
     
    H.B. : C’est unique au monde parce que dans cet ensemble, depuis au moins de 2000 ans, l’homme et la nature vivent en harmonie. Le Sénégal a été probablement l’un des points d’impact avec l’Europe. Mais malgré tout, dans ce delta du Saloum, le mode d’exploitation des coquilliers, le mode d’exploitation des mangroves, le mode d’occupation de l’espace sont restés relativement en cohérence. Les mangroves et les coquilliers qui sont des productions artificielles dans l’espace deltaïque ont été relativement bien conservés. On ne connaît pas un seul endroit au monde ou l’exploitation des coquilliers a entraîné la réalisation d’îles artificielles sous lesquelles des espaces funéraires ont été développés sous forme de tumulus. Cela n’existe nulle part ailleurs dans le monde.
     
    RFI : Qu’est-ce que cette nomination au patrimoine mondial va apporter au Sénégal et aux Sénégalais? Plus de touristes, plus d’argent, plus de réputation?

    H.B. : Le plus important pour moi, c’est que cela renforce la place du Sénégal dans la gouvernance culturelle mondiale. La liste du patrimoine mondial est un sésame très couru comme vous pouvez le constater. Tout le monde est là, chacun se bat pour placer un site. C’est important quand on arrive à mettre un site de plus dans la gouvernance culturelle mondiale. Cela nous fait six sites pour le Sénégal, c’est important. C’est l’un des records sur le continent.

    L’autre point important: quand on est sur la liste du patrimoine mondial on est mondialement connu. Quand on est mondialement connu, naturellement, les gens veulent visiter, veulent découvrir ces sites exceptionnels. Le tourisme va se développer. Il faut le canaliser. Si on le ne canalise pas, le tourisme sera le prédateur des valeurs exceptionnelles que nous essayons de préserver.
     
    RFI : Vous avez une estimation concernant l'accroissement du tourisme ?

    H.B. : Si je compare la situation avec l’île de Saint-Louis au Sénégal, le nombre de touristes a été multiplié par cinq. Je pense qu’il sera de même avec le delta. On va construire des nouvelles infrastructures touristiques, mais il faut les faire en respectant les paysages culturels, que les nouvelles infrastructures ne les agressent pas. C’est un combat que le Sénégal doit mener. C’est un combat que le ministère de la Culture, du Genre et du Cadre de Vie doit mener, et c’est de l’information qu’on doit donner à tous les acteurs économiques et touristiques pour que les gens ne tuent pas la poule aux œufs d’or. Un site du patrimoine, c’est une poule aux œufs d’or. Il faut entretenir la poule et ne pas seulement penser à causer.
     
    RFI : L’inscription au patrimoine apporte des nouveaux droits mais aussi des nouvelles obligations. La protection du site va coûter cher au Sénégal et aux Sénégalais?
     
    H.B. : Pas nécessairement, parce que le site est relativement bien conservé. Ce qui va coûter cher c’est d’empêcher les personnes de détruire le site. C’est cela le problème. Les prédateurs des sites sont malheureusement les gens qui sont sur place. Il faut faire de telle sorte que le développement du tourisme, des infrastructures, l’exploitation des ressources naturelles ne soient pas portés à un niveau inacceptable. C’est le vrai combat aujourd’hui. Protéger le site ne coûte pas cher, parce qu’il se protège lui-même. Ce qui va coûter cher, c’est d’empêcher les gens à le détruire. C’est un combat qui n’est pas gagné d’avance.
     
    RFI : Comment les gens au Sénégal ont accueilli l’inscription du delta du Saloum? Il y avait une liesse nationale, ou est-ce que les gens sont trop occupés par l’actuel bras de fer avec le pouvoir, lancé par le Mouvement du 23 juin, créé par l’opposition politique et la société civile?

    H.B. :
    J’espère que cela va mettre un peu de baume dans le cœur de tout le monde, que cela va aider à apaiser davantage la situation. La culture est quelque chose de très transversale, de très partagée, c’est quelque chose qui ne connaît pas les dichotomies et les affrontements, tels qu’on les a vus les derniers jours au Sénégal. J’espère que cela va contribuer à apaiser. Les biens culturels vont échapper aux divisions politiques. Les populations du delta sont très heureuses de cette inscription.

    Sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, l’Afrique est toujours sous-représentée, mais cette année, les pays africains avaient présenté 7 candidats et 5 sites ont été retenus: le réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Grand Rift, les sites archéologiques de l’île de Méroé, dans le nord du Soudan, le paysage culturel du pays Konso (Ethiopie), le Fort Jésus à Mombasa (Kenya) et le delta du Saloum au Sénégal.

    Hamady Bocoum, directeur du patrimoine culturel du Sénégal. L’entretien a été enregistré le 27 juin. 10/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter

    - La liste du patrimoine mondial de l'Unesco

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