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Article publié le : vendredi 22 juillet 2011 à 21:27 - Dernière modification le : samedi 23 juillet 2011 à 10:14

Le Minitel disparaîtra en juin 2012 après 30 ans de services

Les PTT avaient mis en service les premiers Minitel dans le département d'Ille-et-Vilaine en 1981.
Les PTT avaient mis en service les premiers Minitel dans le département d'Ille-et-Vilaine en 1981.
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Par Christophe Carmarans

Expérimenté en 1980 et lancé à grande échelle en 1982, le Minitel ne sera plus en service à partir du 30 juin 2012, a annoncé France Telecom mercredi 20 juillet 2011. Cette innovation française, qui n’a pas eu d’équivalent dans le monde, a connu un succès phénoménal avant d’être rendue obsolète par l’éclosion d’internet.

C’est à la fois l’ancêtre d’internet et l’un des objets les plus emblématiques des années 1980 qui va disparaître le 30 juin 2012. Un certain nombre d’utilisateurs conserveront probablement un terminal chez eux en souvenir mais le 30 juin 2012 marquera bien la fin du Minitel en tant qu’objet d’utilité publique et d’échange commercial. France Telecom a en effet annoncé jeudi 20 juillet 2011 que l’accès à ce service, encore utilisé en 2010 par 2 millions de Français, serait coupé.

Le fonctionnement du Minitel expliqué sur Antenne 2 en décembre 1983

Né, comme d’autres innovations apparues sous la Ve république, de la volonté française de conserver son indépendance dans les domaines sensibles comme la technologie, le Minitel a vu le jour sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing. Conquis par un rapport sur la télématique rédigé en 1978 par Simon Nora et Alain Minc, le président français a donné le feu vert au ministère des Postes et des Télécommunications pour développer un réseau télématique dont le nom de code est alors X25.

Un succès immédiat

Dès juillet 1980, un annuaire électronique composé d’un écran cubique pourvu d’un clavier à quatre touches ABCD est testé dans 55 foyers de Saint-Malo, en Ille-et-Vilaine. L’année suivante, 4 000 Minitels – cette fois équipés d‘un clavier « azerty » – sont distribués dans tout le département. Leur utilité première est, là aussi, de remplacer les annuaires papiers et les services de renseignement téléphoniques en composant le 3611. En 1982, le Minitel est mis à la disposition du public. Seule exigence : être raccordé au réseau téléphonique.

L’Etat a prévu initialement de faire fabriquer 30 millions d’appareils mais il se heurte à l’hostilité des groupes de presse qui perçoivent le nouvel outil comme un concurrent. Ce n’est que trois ans plus tard, en 1984, qu’apparaît le système de kiosque, avec surfacturation de la communication téléphonique pour rendre le service rentable, via les numéros 3615. Le succès du Minitel va devenir phénoménal avec, dès 1985, plus d’un million de terminaux installés dans le pays et un million d’heures de services payantes par mois.

Voilà ce à quoi ressemblerait le moteur de recherche Google sur Minitel.
36 15 Google

Conçu comme un appareil d’information, le Minitel devient vite un outil de communication et aussi un succès commercial avec la multiplication des services proposés par tous les secteurs de l’économie. On en dénombrera 25 000 sur le réseau au plus haut de son succès. Au début des années 2000, la France compte 9 millions de terminaux et 25 millions d’utilisateurs. Utile pour ses services gratuits, le Minitel est également une excellente affaire commerciale : plus d’un milliard d’euros de revenus estimés en 2002.

Victime d'internet

Cette exception française va pourtant faire les frais de l’arrivée d’internet. D’abord réticents et sous-équipés en ordinateurs personnels, les Français – formés au Minitel – se familiarisent vite avec la toile et délaissent progressivement le petit écran cubique qui s’est pourtant modernisé au fil des ans. Voyant l’utilisation décliner, France Telecom songe une première fois à supprimer le Minitel en 2009 quand la plupart des grandes sociétés se retirent après avoir émigré sur internet. Même si 1 880 services sont encore actifs en 2011 et que le Minitel est également sur internet, France Télécom a donc décidé d’arrêter les frais. Le 30 juin 2012, le Minitel aura vécu.

Le Minitel en quelques dates
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  • 1977 Simon Nora et Alain Minc remettent au président Valéry Giscard d’Estaing un rapport sur l’informatisation de la société où il est, entre autres, question de « télématique », la consultation et la gestion de données à distance.
  • 1978 La France lance un réseau vidéotex accessible grâce un terminal à bas coût. L’option Minitel est choisie et la fabrication en est confiée aux sociétés Matra, Radiotechnique et Télic-Alcatel.
  • 1980 Supervisé par Jean-Paul Maury, le premier annuaire en ligne est mis en service à titre expérimental au mois de juillet à Saint-Malo, dans 55 foyers.
  • 1981 Les PTT distribuent 4 000 Minitels qui vont remplacer les annuaires papiers dans ce département, puis bientôt dans toute la France. Parallèlement, une autre expérience a été lancée fin 1980 à Vélizy auprès de 2 500 foyers avec 200 fournisseurs commerciaux qui participent à l’expérience en proposant leurs services.
  • 1982 Le Minitel est lancé au mois de juin dans toute la France. Les terminaux sont gratuits ainsi que la consultation de l’annuaire en composant le 3611.
  • 1984 Les services payants, ou kiosques, gérés par des sociétés privées se généralisent, de l’achat de places de cinéma ou de billets de trains aux messageries roses, en passant par la vente par correspondance sur le 3615. Le coût est de 60 francs de l’heure (environ 9 euros) dont les deux tiers payés par l’usager et un tiers par le service.
  • 1996 Le Minitel propose maintenant 25 000 services différents et 6,5 millions de terminaux sont utilisés en France pour des revenus totaux estimés à plus d’un milliard d’euros actuels.
  • 2000 Un logiciel permet d’accéder directement au Minitel depuis un ordinateur via internet.
  • 2002 Le Minitel atteint son apogée avec 9 millions de terminaux et environ 25 millions d’utilisateurs mais la généralisation d’internet amorce son déclin.
  • 2010 Il reste encore 810 000 terminaux classiques en circulation et 1 880 services sont encore disponibles. Mais les grandes entreprises comme Air France et la SNCF se sont retirées. Les revenus du Minitel sont tombés à 30 millions d’euros par an dont 85% sont reversés aux éditeurs.
  • 2011 France Télécom annonce le 20 juillet l’arrêt du Minitel pour le 30 juin 2012, solution envisagée dès 2009.

tags: France - Informatique - Internet - Telecom
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