Visa pour l’image : le «crowdfunding», l’alternative en vogue

Dans le cadre des rencontres organisées lors de la semaine professionnelle du 23ème Festival Visa par l’image, à Perpignan, un concept a retenu l’attention des participants et des auditeurs : celui du « crowdfunding ». A défaut d’avoir un équivalent en français, ce terme peut se traduire par « financement collectif ». Avec la crise et la difficulté de trouver des fonds, photojournalistes et réalisateurs se tournent de plus en plus vers ce mode alternatif de financement. Entretien avec Adrien Aumont, co-fondateur de KissKissBankBank.com, une plateforme de crowdfunding généraliste pour des projets créatifs et innovants.
RFI : Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de développer ce concept en France ?
Adrien Aumont : On est parti d’un constat assez simple : le financement de la culture et de l’innovation est de plus en plus compliqué. La musique c’est difficile, le cinéma c’est difficile, le photojournalisme est aussi un secteur qui a du mal à trouver de l’argent. On s’est dit qu’il fallait trouver un moyen alternatif pour financer tous ces projets pour ne pas les laisser dans les cartons.
Ensuite, on est parti du principe que chaque créateur, avec sa communauté, c'est-à-dire, son entourage et les personnes qui s’intéressent aux mêmes choses que lui, va pouvoir l’aider à financer ses projets. On est plus obligé d’attendre chez soi la réponse du CNC [ndlr : Centre national de la cinématographie qui apporte de nombreuses aides à la création] ou d’un sponsor potentiel. On peut se prendre en main. C’est la tendance du « Do it Yourself » ou du « Aide toi et le Ciel t’aidera », c’est à dire : je me prends en main, je fais les choses moi-même et plein d’autres choses suivront derrière.
Comment fonctionne exactement ce type de financement alternatif ?
A.A : Nous permettons sur la plateforme de KissKissBankBank de présenter un projet dans le but de collecter de l’argent, en créant le plus de « viralité » possible, c'est-à-dire en faisant en sorte que le message se transmette par le bouche à oreille et dépasse son propre cercle de connaissance. La règle ensuite est simple : vous devez réunir une certaine somme dans une période de 90 jours maximum. En échange des contributions, je donne des contreparties.
Par exemple, si j’ai donné un euro, mon nom peut figurer dans la page remerciement du livre d’un photographe ou si j’ai donné 100 euros, je peux en échange recevoir un tirage de ce photographe. Chaque créateur de projet donne une contrepartie, à la hauteur de ce qu’il peut, mais cela permet aussi de créer un lien fort et une intimité avec le contributeur. Il y a aussi une autre règle : celle du tout ou rien. Si je ne récolte pas la totalité de la somme qui avait été prévue, je ne touche rien. Laisser partir des projets qui n’ont pas réunis les fonds nécessaires pour voir le jour serait absurde. C’est aussi pour créer une dynamique : on a un montant précis à obtenir dans une période déterminée, ça fait un challenge, un jeu motivant.
Ce type de financement alternatif ne va-t-il pas déresponsabiliser les acteurs concernés ?
A.A : Chacun reste à sa place. Le « crowdfunding » n’est qu’un fond d’amorçage, pour commencer quelque chose. On parle de petits montants : de 200 à 20 000 euros. C’est des sommes pour mettre le pied à l’étrier, pour démarrer un projet. Ces sommes ne se substituent pas au financement que peut apporter le CNC, qui voit d’un très bon œil ce genre de mécanique qui pousse les créateurs à se prendre en main et qui arrivent désormais avec des dossiers bien plus aboutis.
Comment élargir le plus possible le nombre de contributeurs potentiels ?
A.A : Chaque créateur de projets a sa propre communauté qui est composé de trois cercles. Le premier est sa communauté proche, sa famille, ses amis, ses collègues de travail, les personnes avec qui il partage la même passion. Le deuxième cercle, ce sont les amis d’amis, une communauté élargie. Le troisième cercle, ce sont des inconnus, des gens que l’on ne connait pas mais qui s’intéressent potentiellement au même sujet, qui ont entendu parler de votre projet par le bouche à oreille et qui auront envie de donner un petit coup de main, sans vous connaître forcement.
Chaque créateur de projet à sa recette pour toucher ce troisième cercle. Il faut procéder par étape. On ne peut pas toucher le grand public si, préalablement, on n’a pas commencé par sensibiliser son cercle le plus proche. Ce sont eux qui peuvent relayer le projet auprès de leurs amis, qui vont ensuite transmettre à leurs amis. C’est le même système de propagation qu’une vidéo sur internet. J’envoie d’abord à mes amis qui envoient à d’autres amis et d’un coup, ça m’échappe. Il y a encore six mois, on ne parlait pas encore de ce troisième cercle car ce système de financement n’était pas connu. Mais je suis convaincu que d’ici six mois, un an, cela sera ancré dans nos logiques de financement et qu’il deviendra beaucoup plus naturel de financer le projet de quelqu’un que je ne connais pas, ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.
Quels sont les montants que les créateurs de projet peuvent espérer réunir ?
A.A : Aux Etats-Unis, Kickstarter, la plateforme la plus développée au monde, a déjà collecté 100 millions de dollars en deux ans. En France on est le deuxième pays le plus dynamique sur ce genre de financement alternatif. La plus grosse collecte de fond que nous avons fait à KissKissBankBank est de 22 000 euros, le montant le plus élevé réuni pour un web-documentaire était de 18 000 euros et le plus petit projet était à 200 euros. La moyenne des dons est de 60 euros. Cela a été une surprise pour nous. Les gens sont finalement assez philanthropes et il y a une véritable bienveillance vis-à-vis de ce nouveau type de financement.

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