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    France

    « Rue Darwin », la vie presque tronquée de Boualem Sansal

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    L’Algérie de 1957 à nos jours, une chronique familiale en mille morceaux autour d’un personnage en quête d’identité. Histoire intime, fable politique, Rue Darwin, le nouveau roman de Boualem Sansal est un grand flash-back dans le pays de l’enfance pour mieux raconter la schizophrénie actuelle. Le romancier algérien raconte son Algérie, quand il vivait dans une rue cosmopolite auprès de sa grand-mère Djeda, et en face du bordel qu’elle détenait. Entretien avec l’auteur à qui sera remis, le 16 octobre, le prestigieux Prix de la paix des libraires allemands à la Foire du livre de Francfort.

    RFI : N’est-ce pas l’un de vos romans les plus intimes ?

    Boualem Sansal : Sans doute parce qu’il y a vraiment des éléments autobiographiques avérés bien que dans mes autres romans, on trouve aussi beaucoup de moi à travers différents personnages. Mais là, c’est assez directement centré sur mon histoire personnelle, celle de ma famille.
     
    Ecoutez l'intégralité de l'interview avec Boualem Sansal, invité de « Culture vive », le 19 septembre 2011 10/10/2013 - par Pascal Paradou Écouter
    RFI : Un roman sur votre famille, sur vous, où la politique est toujours présente ? Toujours chez vous ?
     
    B.S. : Oui, toujours parce que je suis Algérien, je vis en Algérie. Mes personnages sont algériens. Leur histoire est algérienne. Il faut toujours un décor pour les acteurs, ils ne jouent pas comme ça dans le vide bien sûr. Il faut un décor et le décor c’est l’Algérie avec… son décor (rires).
     
    RFI : Rue Darwin est un roman de l’enfance, de l’enfance perdue, qui débute alors que la mère du personnage principal est en train de mourir. Et elle lui dit, ce sera presque ses derniers mots : «Va, retourne à la rue Darwin ». Vous avez fait ce chemin aussi ?
     
    B.S. : Oui absolument. Ma mère est morte il y a trois ans. Evidemment, une fois le deuil achevé, je me suis trouvé avec des choses qui remontaient en moi. D’abord un regret, le regret de n’avoir jamais discuté avec ma mère. Et en même temps, de donner un peu de couleurs, ma mère ne m’a jamais rien raconté sur sa vie, sur notre vie. J’avais plein de questions dans ma tête, plein de trous de mémoire, plein de choses qui manquaient. Puis on est dans la vie de tous les jours et on se dit toujours, demain on verra, on posera ces questions demain. Et voilà, elle meurt. Et je suis coupé de mon passé dont je ne sais strictement rien, passé qui a été occulté, qui est mystérieux, qui est caché. Le terme qui convient le mieux, c’est occulté. Il y a eu une volonté de ne pas regarder ce passé là.
     
    RFI : Mais pour quelles raisons ? Parce que trouble, parce que difficile à dire ?
     
    B.S. : Parce que la honte, la douleur. Ma mère a beaucoup souffert dans sa jeunesse avec cette maîtresse femme, maquerelle par ailleurs. Elle a été renvoyée, elle a vécu une véritable misère à Alger, dormant dans les rues. Puis petit à petit, elle s’est reconstruite et, à un moment donné, elle fait venir son enfant, c’est-à-dire moi. Et à partir de ce moment, on commence une nouvelle vie. Donc il fallait occulter l’ancienne, il fallait la détruire totalement pour que la nouvelle vie prenne et ait du sens.
     
    RFI : Donc cet homme, ce personnage, vous peut-être Boualem Sansal, va repartir sur les traces à la fois de son passé et de son histoire. Ce n’est pas juste de la nostalgie. C’est, comme vous le disiez, pour savoir. C’est pratiquement une enquête, une quête d’identité parce que dans les racines, il va peut-être comprendre qui il est ?
     
    B.S. : La quête d’identité de manière secondaire. C’est très difficile de vivre avec une vie tronquée. Il y a huit années de ma vie qui ont été tronquées. Et j’ai participé à cette opération d’occultation parce que, évidemment, c’est difficile pour un enfant, pour un jeune homme de dire, j’ai vécu dans telles ou telles conditions avec ses copains qui eux ont vécu, apparemment, dans des vies normales. On veut être normal comme les autres et donc on affabule. On ne fait pas seulement qu’occulter, on invente. Et puis les mensonges se mélangent et à un moment donné, on ne sait plus où on en est. Mais on vit, le temps passe et arrive un jour le temps de la rupture où toutes ces choses-là se convergent vers une explosion.
     
    RFI : Quand vous dites avec pudeur, cet enfant qui a vécu dans telle ou telle condition, il faut quand même raconter un petit peu les conditions parce que, dans le livre, vous n’avez aucune pudeur. C’est un immense bordel  sous la férule d’une mère maquerelle, une certaine Djeda ?
     
    Gallimard
    B.S. :
    C’est plus compliqué que ça. Djeda n’est pas une vraie maquerelle. Djeda était la chef d’une tribu très honorable qui a une histoire exceptionnelle. C’est extraordinaire comme beaucoup de tribus en Afrique du Nord qui ont fait la guerre contre l’invasion française, avec des héros, des légendes etc. Et à 18 ans, cette femme hérite de sa tribu au décès de son père et donc devient chef de tribu. Et le chef de tribu dans nos pays, c’est évidemment un chef administratif qui gère une tribu. Et en même temps, c’est une sorte de chef religieux, mais éventuellement aussi chef de guerre. Voilà donc cette femme a 18 ans. Elle se trouve à la tête d’une tribu dans un contexte très dur, entre les deux guerres, avec la misère, beaucoup de leurs terres ont été spoliées. La colonisation, c’était aussi ça la spoliation des terres. C’est donc l’appauvrissement de cette tribu, la misère. Et donc cette femme s’est trouvée devant la nécessite de trouver une nouvelle façon, des ressources pour faire vivre sa tribu. A l’origine, je ne sais pas comment car je n’ai pas enquêté. Ca a été des activités comme ça. Elle a inventé un premier bordel, elle l’a acheté ou… je ne sais pas comment, ou elle a pris des intérêts la dedans. Et puis un deuxième, puis un troisième, un quatrième et toute une chaîne de bordels à travers toute l’Afrique du Nord, y compris en France. Elle avait également beaucoup d’intérêts en France.
     
    RFI : Avec des hôtels où le maréchal Pétain et quelques uns de ses ministres pouvaient aller s’amuser ?
     
    B.S. : Voilà une femme, très riche, qui a réussi, qui est passé du stade de chef de tribu à un grand notable, qui invitait les généraux français à sa table, qui rencontrait le gouverneur. C’est un personnage important qu’on considérait. Et grâce à son pouvoir financier, elle avait une capacité de corruption, et d’acheter, de contracter, de peser sur le cours des choses, très importante. Et son fils, qui n’est peut-être pas réellement son fils, mon père s’est trouvé dans la position de l’héritier de cette femme qui n’a jamais été mariée, qui n’a pas eu d’enfants. Et elle a tout investi sur mon père. Mon père était un fils de riches, un fils à maman. Il menait une vie de patachon et avait tant de femmes à sa disposition. Mais surtout il avait beaucoup d’argent, il voyageait et vivait comme les enfants de Kadhafi. Tout leur appartient. Et patatras ! Accident de voiture. Il meurt. Je devenais en quelque sorte l’héritier. 

    Boualem Sansal, Rue Darwin, éditions Gallimard, 256 pages.

     

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