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    France

    « Fichés ? » Comment le fichage s’invente son futur

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    « Fichez-vous ! Ne partez pas sans un souvenir de l’expo… ». Le photomaton installé dans le jardin des Archives nationales à Paris est peut-être le seul bon souvenir qui vous restera d’une extraordinaire exposition. Fichés ? rassemble jusqu’au 26 décembre des incroyables échantillons d’un siècle de fichage (1860-1960) en France. La traque de l’identité à travers la photographie. Ou comment les méthodes employées pour combattre les criminels finissent à atteindre toute une population. Une leçon historique qui reste d’actualité à l’époque numérique.

     Prologue

    « Je vous demande les quatre doigts de la main gauche » dit l’agent et il prend les   empreintes digitales. Auparavant, avec un appareil fixé au mur, il avait capté une photo biométrique du Monsieur sagement assis sur une chaise. Non, ce n’est pas un interrogatoire pour faire la fiche d’un criminel, mais une scène banale à la préfecture de police à Paris, vécue cette semaine par des centaines de demandeurs d’une carte nationale d’identité.
     
    « Fichés ? » aux Archives Nationales
     
    Jean-Marc Berlière, commissaire scientifique de l'exposition "Fichés ?" aux Archives nationales 10/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    Avec des fiches historiques savamment mises en scène dans un parcours très soigné, l’exposition  nous plonge dans une actualité brûlante. Derrière ces papiers jaunis se cache une réalité et des questions troublantes qui perdurent. Oui, toute méthode inventée pour les criminels finit tôt ou tard aussi à être appliquée à toute la population, commente le commissaire Pierre Fournié : « C’est le sujet de l’exposition : montrer, comment petit à petit des opérations qui concernaient d’abord une petite catégorie de population, les déviants, les femmes galantes, les demi-mondaines, les homosexuels, ont fini par concerner toute la population, vous et moi. »
     
    Quand la Révolution française invente le passeport

    Photo dans l’exposition « Fichés ? » : Une séance de pose collective pour des photographies d’identité dans une zone occupée par l’armée allemande (Ardennes, juillet 1915). Siegfried Forster / RFI
    Et le régime de Vichy n’a rien inventé. Déjà les autorités de la Révolution française éprouvaient la hantise des personnes qui se déplacent trop vite. Résultat : la création d’un passeport intérieur et d’un passeport extérieur pour sortir du territoire français ! Le passeport a été supprimé dans la deuxième moitié du 19e siècle pour dynamiser les échanges internationaux, mais il a été rétabli pendant la Première Guerre mondiale. En 1879, Alponse Bertillon met au point le fichage anthropométrique à l’aide d’une photo de face et de profil, de mesures de tout le corps. A partir de 1940, le régime de Vichy rend obligatoire la carte nationale d’identité. Depuis des siècles, les fichiers de police gonflent et prennent de plus en plus d'ampleur.
    Photo dans l’exposition « Fichés ? » : Fiches signalétiques de filles soumises par maison close (années 1930 et 1940). Siegfried Forster / RFI
    Le fichage est un système qui a la fâcheuse tendance de s’étendre, explique Pierre Fournié : « Un policier humaniste du début du 20e siècle, le docteur Edmond Locard, disait pour qu’une police puisse être efficace, il fallait ficher le maximum de personnes. Il préconisait même le fichage des jeunes enfants qui faisaient l’école buissonnière ! »
     
    Plus tard les internements des tsiganes et la déportation de 76 000 juifs pendant le régime de Vichy avaient clairement démontré les affres de cette logique « sécuritaire ». Dans l’exposition, le cas d’une juive allemande est révélateur. En 1936, elle demande - « urgent! » - un visa pour la France et entre ainsi dans le fichier de l’administration française qui permet plus tard sa déportation.

    Le fichier central de la sûreté nationale
     
    Pierre Fournié, commissaire de l’exposition « Fichés ? » aux Archives Nationales 10/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    Dans l’exposition, un mur gigantesque composé d’innombrables portraits donne une idée de cette folie administrative. Les boîtes du fichier central de la sûreté nationale avaient même provoqué des frissons chez les deux commissaires. Ce monstre conserve deux millions et demi de fiches et un million de dossiers nominatifs concernant une période allant des années 1880 jusqu’à 1940. Le fichier central a été créé par l’Etat français, mais a été confisqué par les nazis pendant l’occupation allemande avant d’être exploité par l’Armée Rouge après la guerre. Ce n’est qu’à partir de 1994 que cet outil de la répression a été restitué aux Archives nationales en France !
     
    Le mérite de l’exposition Fiché ? est de faire parler un échantillon de ces millions de fiches différentes. Parmi les centaines de cas exposés aux Archives nationales se trouvent quelques personnalités célèbres et historiques : un lot de photographies pour traquer Emile Zola après sa fuite lors de l’affaire Dreyfus en 1898. Une fiche de 1922 sur Adolf Hitler, étiquetée « le Mussolini allemand », avec un faux lieu de naissance (Passau au lieu de Braunau).
    Le grand fichier central dans l'exposition "Fichés ?" aux Archives nationales Siegfried Forster / RFI
    « L’homme de lettres » Jean Cocteau est tamponné « anarchiste » (ce qu’il n’a jamais été) et caractérisé comme « pédéraste notoire, il aurait failli à une certaine époque mourir d’une grave maladie de la moelle épinière, qui lui aurait été occasionnée, prétend-on, par les actes contre nature auxquels il se livrerait trop fréquemment. »
     
    Enquêtes spéciales, ragots, coupures de presse, photos volées ou anthropométriques peuplent pêle-mêle ces dossiers finalement peu fiables, finissent souvent à abattre les sujets traqués à tort ou à raison : espions, adversaires politiques, criminels, trafiquants de drogue, suspects, avorteuses, tsiganes, juifs, Russes, prostituées...
     
    Dévoiler les femmes
     
    Pierre Fournié, commissaire de l’exposition « Fichés ? » aux Archives Nationales 10/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
    A la fin de l’exposition on assiste au premier recensement d’une population entière. En 1959, la France du général de Gaulle (qui avait refusé de donner sa photo pour son passeport en 1940) entreprit une gigantesque campagne pour ficher toute la population musulmane en Algérie. Pour Jean-Marc Berlière, le commissaire scientifique de l’exposition, une volonté complètement folle. « C’est le premier et – à ma connaissance – seul recensement avec un sens obligatoire et avec photographie. Avec tout ce que cela signifie dans un pays musulman où l’image est proscrite. On a dévoilé les femmes et dépassé les limites. On voit clairement qu’on est dans une logique de guerre contre quelque chose qu’on assimile à du terrorisme et à une sorte de guerre civile. »
     
    L'ère de l'autofichage

    La "fiche" de Jean-Marc Berlière, commissaire scientifique de l'exposition "Fichés?" Siegfried Forster / RFI
    Et aujourd’hui ? internet oblige, les choses ont bien changé. Même les professeurs et les policiers ont peur d’être fiché… par des simples internautes. Et les abus administratifs ? Avec le débat autour de la loi Création et Internet (Hadopi) et l’échec gouvernemental autour du fichier Edvige, est-ce qu’il y a une meilleure protection de la vie privée ? « On proteste à juste titre contre les fichiers qui contiennent des données religieuses, sexuelles et autres, estime Jean-Marc Berlière, commissaire scientifique de l’exposition et spécialiste de l’histoire de la police,
    La "fiche" de Pierre Fournié, commissaire de l'exposition "Fichés?" Siegfried Forster / RFI
    alors les mêmes protestataires vont eux-mêmes s’autoficher dans des réseaux sociaux type Facebook et raconter des choses qu’ils n’apprécieraient pas et refuseraient de les voir dans des fichiers étatiques ou patronaux. Ils vont eux-mêmes donner ce type de renseignements. C’est étonnant, un paradoxe, une contradiction. »
     
     
    Fichés ? Photographie et identification du Second Empire aux années soixante, exposition aux Archives nationales à Paris, jusqu’au 26 décembre.

     

    A lire aussi :
    - Le fichier Edvige remodelé, rfi, 18/9/2008

     

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