GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 11 Décembre
Mardi 12 Décembre
Mercredi 13 Décembre
Jeudi 14 Décembre
Aujourd'hui
Samedi 16 Décembre
Dimanche 17 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • La cour d'assises ordonne le renvoi du procès de Georges Tron «à une session ultérieure»
    • Collision de Millas: le pronostic vital de six victimes encore engagé (procureur)
    • Trois Palestiniens tués par des tirs israéliens dans les Territoires
    • Pays-Bas: la police militaire tire sur un homme armé d'un couteau à l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol (police)
    France

    « La belle amour humaine » de Lyonel Trouillot

    media

    Quel usage faut-il faire de sa présence au monde ? Question essentielle et existentielle et qui est au centre du nouveau roman de Lyonel Trouillot La belle amour humaine. Il met en scène le souvenir d’un colonel et d’un homme d’affaires à jamais liés. Une histoire de mémoire, de racines et de pays. Entretien.

    RFI : Cela se passe en Haïti. J’ai envie d’ajouter : forcément.

    Lyonel Trouillot : Forcément car Haïti, c’est le lieu où j’habite. C’est aussi un lieu rêvé donc cela se passe dans l’Haïti qui existe et dans l’Haïti que j’imagine.
     
    RFI : On dit conteur ou écrivain ?
     
    L.T. : On dit les deux. Mais il y a toute une tradition dans la littérature haïtienne qui a d’abord voulu lier le conte populaire oral et des formes de récits littéraires. C’est un peu ce qu’a fait déjà au début du 20e siècle un écrivain peu connu en France, qui s’appelle Justin Lhérisson, et ce qu’a fait aussi Jacques Stephen Alexis qui a repris la légende populaire, qui a inventé le conteur. Il a appelé le général Soleil par exemple.
     
    RFI : « On ne résume pas un humain », dit l’un des personnages de votre livre. Et il poursuit en disant que « le roman est vraiment la plus vulgaire des formes littéraires car il raconte toujours quelque chose de banal, un mélange de petites vertus et de petits travers qui font l’individu ». J’ai bien lu, vous écrivez ça. Or vous écrivez des romans ?
     
    L.T. : C’est le personnage qui le dit.
     
    RFI : Il y a toujours  la séparation entre l’auteur et le personnage ?
     
    L.T. : Je pense que c’est important. La question que pose ce personnage au roman et, derrière le roman, à toute la littérature, c’est : est-ce qu’on ne raconte pas les histoires pour raconter des histoires ? Il se trouve qu’il y a un certain roman qui raconte des histoires banalement, et il semble que le propos de ces histoires, c’est de se raconter. Alors que pour moi et pour le lecteur, je pense qu’en général le texte, qui nous raconte une histoire, y a caché derrière cette histoire un mystère, une énigme, une interrogation, ou peut-être même quelque chose qui se rapprocherait d’une vérité. Donc si l’histoire n’a pas quelque part, ne serait-ce que pour apporter du doute, une petite valeur exemplaire, à quoi sert-elle ?
     
    RFI : Donc on ne peut pas résumer votre roman qui est fait d’une série d’individus, d’histoires, mais l’Histoire ? On pourrait dire que c’est un roman qui pourrait ressembler presque à une épopée cette Belle amour humaine ?
     
    Actes Sud
    L.T.
     : Une épopée peut-être, mais une utopie certainement au sens où se pose justement la question du sens, la question du sens de l’individualité, la question du sens de la collectivité, la question du mouvement des sociétés humaines. Il me semble que trop souvent dans ces temps dans lesquels nous vivons, on oublie de poser la question du sens du mouvement. Est-ce que nous allons quelque part ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui est de l’ordre du déplacement vers plus de bonheur, plus d’intelligence, dans notre rapport au monde vers quelque chose d’autre. Est-ce qu’on produit une différence par rapport à l’état dans lequel nous sommes ? Et aujourd’hui, j’ai l’impression, et d’ailleurs il y a des sociologues qui l’ont écrit, qu’on vit une époque qui croit que tout ce qui la précède n’avait qu’une seule fonction, c’est de conduire à cette époque-là comme si on était dans la fin de quelque chose, dans une permanence. Or si c’est ça la permanence de l’humanité, ces sociétés surdéterminées par la performance, par une volonté d’accumulation, on peut dire aussi par les marchés, par la dictature des marchés, de spectacles de plus en plus appauvrissants. Est-ce pour cela que nous sommes là ? J’espère que non (rires).
     
    RFI : On est deux au moins à espérer que non. En tout cas dans votre livre, vous parliez de mystère. Il y a un mystère si on veut le raconter un peu et j’ai bien compris qu’on ne pourra pas le résumer. Il y a un mystère. Pourquoi une certaine nuit, il y a un certain temps, deux hommes sont morts dans l’incendie de leur maison ? C’est cela le point de départ du roman ?
     
    L.T. : Il faut noter que leur mort n’est pas prouvée. Les maisons ont brûlée, ça c’est certain, mais on n’a pas trace de ces hommes qui sont morts dans l’incendie. Peut-être qu’ils ont disparu ? Peut-être comme l’a dit un lecteur que, conscients de leur propre méchanceté, ils ont décidé de disparaître eux-mêmes du tableau et qu’ils sont partis.
     
    RFI : C’est de l’utopie ? (rires) Deux hommes que tout oppose, qui ont décidé de construire deux maisons absolument identiques, l’une à côté de l’autre. En effet, les maisons disparaissent et les hommes se volatilisent. Comment raconter ces deux hommes parce que finalement il n’y aurait que la cruauté qui leur servirait de point commun ?
     
    L.T. : Tout à fait. Ces deux hommes sont représentatifs des oligarchies haïtiennes, du pouvoir en Haïti et, par extension, des formes les plus odieuses du pouvoir : la corruption, l’accumulation sauvage d’un côté et, de l’autre, la force utilisée comme élément d’appropriation du monde. Donc ce sont des champions de la prédation. L’un parle bien, il a toutes les ruses de la finance. L’autre a toute la violence de l’uniforme.
     
    RFI : L’un est colonel donc militaire, Pierre André Pierre, et le second est un homme d’affaires, Robert Montès. L’un est noir, l’autre est mulâtre. Et ils vont donc se retrouver dans ce petit village, quasiment sur une plage. C’est l’alliance de l’armée et du business. Qui a servi de modèles à ces personnages ?
     
    L.T. : Il y a des gens bien vivants qui se reconnaissent. Moi quand j’écris un livre ou quand je crée (je n’aime pas le mot créer), mais quand je crée un personnage, c’est toujours avec des données empruntées au réel. Dans le personnage de Robert Montès, je crois qu’il y a quelques hommes d’affaires haïtiens qui vont se reconnaître parce que j’emprunte les traits d’une dizaine de personnes pour réunir tout cela en un seul personnage. Comme dans la figure de Pierre André Pierre, l’allusion est très claire à un colonel tristement célèbre dans l’histoire haïtienne : le colonel Albert Pierre qui a dirigé la police politique de l'ex-dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier. Moi je travaille avec ça. Ce sont des personnages qui correspondent véritablement à des gens qui ont existé en Haïti. Ce sont deux formes de pouvoir : le pouvoir politique qui s’est présenté comme un pouvoir noir, de manière très démagogique, et le pouvoir économique, il faut le reconnaître, qui depuis l’assassinat du fondateur d’Haïti Jean-Jacques Dessalines en 1806, est encore aux mains en grande partie d’une bourgeoisie mulâtre.
     
    RFI : Donc sous ce roman, se dissimule un pamphlet politique ?
     
    L.T. : Quelque part, on peut le lire comme ça en effet.
     

    ______________________________________________________________
     
    La belle amour humaine, de Lyonel Trouillot. Actes Sud, 176 pages.
     
    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.