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    France

    Marguerite Duras entre dans La Pléiade

    media Marguerite Duras arrêtée par la police lors d'une manifestation contre la Confédération nationale du patronat français à Paris, le 10 janvier 1970. Getty Images

    Il aura donc fallu quinze ans, pour que Marguerite Duras (1914-1996) entre dans La Pléiade, la collection mythique de Gallimard, avec couverture reliée, finement striée de rayures dorées, papier bible… C’est le panthéon éditorial de la littérature mondiale. Entretien avec Gilles Philippe, le directeur de l'édition des œuvres complètes de Marguerite Duras.

    RFI : Quinze ans de délai, cela veut dire que vous avez hésité ? Grand écrivain, pas grand écrivain ?

    Gilles Philipp : Je vois à votre formulation que vous trouvez que c’est bien tard. En fait, pour certains c’est trop tôt. Et il y a dans l’humour qu’on entend autour de cette pléiade, une certaine dérision. ‘C’est trop tôt, elle n’a pas encore le statut qui mériterait d’apparaître dans une collection aussi prestigieuse, qui est celle du panthéon de notre littérature’. Je pense que c’est la bonne distance. Duras était un personnage polémique. Il fallait quand même laisser un petit peu se reposer les choses, pour qu’on ait un accès à l’œuvre plus simple, plus directe. Et puis je vais vous dire la vérité, on a visé surtout la date de 2014 pour les volumes 3 et 4, puisque seuls les volumes 1 et 2 paraissent aujourd’hui. 2014 sera l’année du centenaire de sa naissance.
     
    RFI : Les quatre volumes feront à peu près six mille pages. Marguerite Duras a quand même écrit beaucoup, et dans tous les genres. En même temps vous dites qu’elle a surtout inventé un nouvel art de la prose.

    G.PH. : Oui, c’est une formule un peu étrange, ce mot de « prose », qu’on n’utilise guère que pour parler d’elle. Elle a travaillé dans tous les genres. Pour certains c’est d’abord une cinéaste, même si cela ne concerne, somme toute, qu’une parenthèse dans sa vie, une parenthèse fort longue et très importante, mais qui a eu un début et qui a eu une fin, mais c’est d’abord un écrivain. Elle a travaillé dans tous les genres, et pas seulement dans le roman auquel on l’associe généralement.

    RFI : Elle a fait du théâtre, elle a fait des essais, des nouvelles…
     
    G.PH. : Elle a fait de la presse aussi. On oublie souvent un petit peu vite.

    RFI : Vous, qui avez tout étudié, tout relu, tout critiqué, y a-t-il un fil narratif dans ces six mille pages qu’a écrit Marguerite Duras ? Est-ce qu’on peut dire que c’est l’amour, le désir, le temps, la douleur, ou le mystère humain ?
     

    G.PH. : S’il y en a un c’est l’amour. Mais ce n’est pas forcément le plus net. Il y en a un qui est peut-être moins évident, c’est tout simplement l’écriture. Alors on peut lui reprocher d’avoir fait une œuvre entièrement centrée sur l’écriture. On peut finalement contester le fait qu’on a un écrivain qui ne parle guère que de son travail d’écrivain, même quand elle semble parler d’autre chose. S’il y a un thème qui domine, qui certainement émerge et qui revient à chaque endroit et qui organise l’œuvre, c’est l’amour. Mais l’amour version Duras. C'est-à-dire pas l’amour sentimental, mais une problématique de l’amour. Une problématique du couple, souvent un amour sans sentiment, une fascination pour l’amour, une mise en scène de la passion, qui ne veut pas dire forcément une analyse de la passion. Ce n’est pas la princesse de Clèves. Ce n’est pas non plus le grand roman d’amour du XIX siècle ou du début du XXème. On n’est pas chez Aragon.

    RFI : La Pléiade commence en 1943, avec son premier roman : Les Impudents. Les deux tomes s’arrêtent avec India Song, c'est-à-dire avec le cycle indien. Lire chronologiquement Duras, est-ce que cela permet de comprendre mieux son style qui a énormément évolué entre 1943 et l’année de sa mort ?
     
    G.PH. : Cela permet surtout de comprendre qu’il n’y a pas un seul style de Marguerite Duras. Même si au bout du compte – et je relisais encore, là, en venant vous rejoindre, quelques pages des Impudents, ce fameux premier roman souvent négligé, de 1943. Il y a déjà une petite musique qu’on va entendre de plus en plus clairement jusqu’à la fin de l’œuvre, qu’elle a dit avoir cherchée et mis longtemps à trouver. Cette lecture chronologique fait apparaître quelque chose, un travail qui va se centrer sur un certain type de procédure, un certain phrasé, une certaine rythmique, une simplification de plus en plus grande du vocabulaire, alors même qu’elle dit que ce sont les mots qui l’intéressent et pas la phrase. Au bout du compte, nous lecteurs, c’est cet émiettement ou cette dilution de la phrase qui nous frappe et cet appauvrissement du vocabulaire.
     
    RFI : Il y a une sorte de désossement quand même, dans la façon dont Duras écrit et s’empare de la langue. Ce sont des phrases parfois sans grammaire, sans syntaxe… Vous dites qu’elle cherchait l’écriture courante. Qu’est-ce que cela veut dire, « l’écriture courante » ?
     
    G.PH. : Alors là, vous nous projetez vraiment déjà au volume 4. Vous allez trop vite. Et vous bousculez la chronologie (rire). Effectivement, elle a créé cette formule de l’écriture courante qui apparaît dans L’Amant, qui n’est pas simplement une formule.
     
    RFI : L’Amant, un immense livre et un grand succès populaire ! Prix Goncourt !
     
    G. PH. : Dans L’Amant apparaît cette expression d’écriture courante qu’elle va ensuite gloser. Dans « courante », il faut entendre le mot courir. C'est-à-dire une écriture qui rendrait compte de la vitesse, à la fois de la plume sur le papier et aussi de la vitesse de la pensée qui va trouver donc, dans cette dilution de la phrase, des phrases, soit extrêmement segmentées, soit très accumulatives, soit à l’inverse des phrases qui cherchent leur structure sans toujours la trouver, quelque chose qui lui a semblé être une sorte d’idéal littéraire, quelle pense avoir atteint à un moment donné, mais qu’ensuite elle va dire qu’elle est encore en gestation. Elle va mourir en espérant que cet idéal soit accompli par d’autres.
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    Oeuvres complètes
    , de Marguerite Duras, tomes I et II, 3616 pages, Bibliothèque de la Pléiade. Prix de lancement 120 euros.

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