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    Interview: Pascal Blanchard, auteur de la «France noire»

    media La France Noire, trois siècles de présences. Editions La Découverte. © Éditions La Découverte, 2011

    L'historien français Pascal Blanchard publie aux éditions La Découverte, La France noire, trois siècles d'histoire des Noirs en France. Une histoire largement méconnue et qui charrie beaucoup de préjugés et de malentendus. Pascal Blanchard était l’invité Afrique de RFI ce lundi 7 novembre 2011.

    RFI : Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour qu’en France, on publie un ouvrage intitulé « La France noire » ? 

    Pascal Blanchard : Peut-être parce qu’il s’appelle « La France noire » et que, d’une certaine manière, il est global. On n’a pas souhaité être parcellaire dans les histoires qu’on voulait raconter. Ce livre s’inscrit dans le temps, ce qui est une grande nouveauté parce qu’il commence au XVIème, XVIIème siècle, au moment des premières présences africaines, caribéennes, sur le sol de France hexagonale. Nous avons choisi aussi une approche très particulière, en ne nous intéressant qu’à l’Hexagone. Ce n’est pas à l’histoire de l’Afrique, des Antilles, de la Guyane ou de la Réunion, que nous nous intéressons. C’est vraiment l’histoire propre en métropole de populations perçues, vues ou qui se revendiquent noires à travers les siècles jusqu’à nos jours. Elle est plus paradoxale et complexe que vous l’imaginez. Elle n’est pas qu’une histoire de souffrance. Il y a eu des moments très difficiles qu’on a souvent oubliés, il y a eu aussi des moments majestueux. On a oublié qu’à un moment la France a été la « seconde nation des Noirs », comme disaient les Afro-Américains à l’époque, et qu’à d’autres moments certes, il y a eu les conflits où l’homme noir est venu se battre aux côtés de la patrie et a été un peu oublié au lendemain des victoires. Mais il y a eu d’autres moments aussi où Paris était la capitale des cultures, de la littérature, de la pensée noire. La négritude n’est pas née à Dakar ou à Pointe-à-Pitre ou à Fort-de-France. Elle est née à Paris. Donc tout cela méritait une longue histoire.

    Pascal Blanchard © Louis Monier/La Découverte

    RFI : Vous disiez que cette histoire, on ne s’en souvient pas toujours en France. Et pour cause... A chaque fois que l’on parle de « La France noire » , on est taxé de communautarisme en France. Est-ce que cette mentalité évolue ?

    P.B. : C’est normal qu’elle n’évolue pas si vite que ça parce que, jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu une assise historique ou des travaux suffisamment popularisés. Il y a beaucoup de travaux qui ont été faits. Vous avez vu à la fin du livre, il y a plus de 1 000 ouvrages cités. Mais il y a une difficulté de diffusion de ce travail, afin que le plus grand nombre puisse le connaître. En gros, c’est marginalisé.

    RFI : Il y a, selon vous, une volonté des politiques notamment, mais aussi de certains segments de la société de ne pas voir cette « France noire » ?

    P.B. : Oui, ne pas vouloir la voir, ne pas vouloir qu’on en parle et considérer même que c’est, d’une certaine manière, une question presque inacceptable. Ce ne serait pas un domaine de recherche comme un autre. Le faire serait un livre de Noirs, pour les Noirs, par les Noirs, pour simplifier un tout petit peu. Ce qui prouve bien qu’ils n’ont pas vraiment compris ce que pouvait être une réflexion quand on prend un prisme comme celui-là. Quand on travaille, par exemple, sur la présence juive en France, personne ne va dire que c’est un livre de juif pour les juifs. Quand on dit Noir, ça perturbe y compris d’ailleurs, je tiens à le dire, des Antillais, des Africains, qui disent je ne suis pas dans la même histoire. Le but n’est pas de savoir si on est ou pas dans la même histoire. Quand je raconte l’histoire de France, ils sont dedans. Le débat ne se pose pas. Quand je raconte l’histoire des gens qui ont été perçus comme Noirs, ils sont dedans. Et cette histoire quelque part dérange, y compris dans la République car on a pensé qu’il fallait au sein de cette République, vivre cachés pour vivre égaux, et trouver en fin de compte cette égalité parfaite au sein de la nation. Le problème est que ce n’est pas le cas et que, justement, à force de ne pas avoir revendiqué son histoire et de toujours se retrouver dernier de la classe au niveau de son histoire qu’on ne racontait pas, les mythologies ont précédé l’histoire. C’est-à-dire, en fait, qu’ils se sont fabriqué une soi-disant histoire qui n’est en fait que de la mémoire et qui ne repose pas sur des faits. Dans les mythologies même, vous avez aujourd’hui des histoires qui sont totalement tronquées parce que l’histoire n’a pas pu se poser sereinement.

    RFI : On a l’impression en France notamment qu’on a du mal à séparer l’émotion de la rationalité quand on parle des Noirs ?

    P.B. : Oui. Il en va de même quand on parle de l’Afrique, quand on parle des Caraïbes, quand on parle de l’histoire coloniale aussi. N’oublions pas que ce qui vient heurter cette histoire, ce n’est pas simplement le fait qu’ils soient noirs ou perçus comme tels. C’est aussi le fait que trois grandes histoires émaillent notre relation à ce passé : celle de l’immigration, celle de la colonisation et celle de l’esclavage. Donc trois histoires mal assumées, toujours marginalisées et étant plutôt perçues comme des histoires mettant en péril l’édifice national, voire l’identité nationale pour certains. Donc des histoires qui font question et, comme par hasard, le cheminement des populations noires à travers ces trois histoires est omniprésent.

    RFI : Justement, on a le sentiment en France que le discours politique s’est construit sur les Noirs en fonction des intérêts qu’il y avait à en faire des bons sauvages ou des bons patriotes pendant la guerre ?

    P.B. : L’instrumentalisation. C’est nous qui définissons - quand je dis nous, nous le « grand blanc », le « penseur de la nation » qui définit la place de cet autre, Noir, dans la société française. Et pourtant derrière ça, il y a un paradoxe français. C’est que nous sommes le premier pays à donner un prix Goncourt à un René Maran, en 1921 [écrivain d’origine guyanaise]. C’est le premier pays au monde, un pays européen, qui dans une équipe de foot fait jouer un joueur noir, avec Raoul Diagne en 1931. Nous sommes le premier pays au monde qui a élu dans un pays occidental un député noir, Blaise Diagne, en 1914. La France est en même temps un pays totalement paradoxal parce qu’elle a tout ce qu’on vient de dire là et, en même temps, elle a certainement inventé, avant tous les autres, la notion de société métisse. On a du mal à le comprendre aujourd’hui, mais quand on travaille sur le temps court, on trouve que les dix dernières années ont été plutôt dures. Mais si vous travaillez sur trois siècles, vous ne regardez plus les choses de la même manière. Napoléon expulsait déjà des Noirs en 1802. Donc vous voyez que ce n’est pas neuf. Charles Pasqua n’a rien inventé avec ses 101 Maliens. Monsieur Hortefeux n’a rien inventé non plus, ni Monsieur Guéant. Cela fait deux siècles qu’il y a des flux et des reflux. Mais dans cette histoire-là, il y a des tensions, il y a des acceptations, des histoires d’amour aussi. Il y a des moments incroyables. Quand on pense qu’au début du siècle, tous les artistes noirs américains, les sportifs noirs américains, sont en France. Et la France est perçue comme la seconde nation des Noirs. Ce pays est totalement paradoxal. Nous sommes le seul pays au monde à avoir cette histoire qui fait que négrophilie et négrophobie pouvaient fonctionner en même temps, voire en concomitance, voire des fois même s’entremêler. Et cette histoire, elle est unique. C’est peut-être le point le plus positif. On n’a pas besoin nous d’inventer un modèle. On l’a déjà inventé il y a un siècle.

    RFI : Est-ce que vous avez envoyé votre livre à l’Elysée ?

    P.B. : Il est parti à l’Elysée. Il est parti à Matignon. Il est parti au ministère de l’Intérieur. Il est parti au ministère des Dom-Tom. Il est parti au ministère des Affaires étrangères également. C’est comme toujours, quand vous êtes devant l’image de Banania, la publicité, vous pouvez raconter toutes les histoires sur la colonisation, sur les ponts, les routes, les hôpitaux… Personne ne peut dire que l’image n’a pas existé. Ramener aux images, ça peut être relancé à de véritables débats.

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