«Pentagone français» : une enquête ouverte pour corruption

Révélation du Canard enchaîné : deux juges d'instruction enquêtent depuis février 2011 sur d'éventuels faits de corruption et trafic d'influence en marge de l'attribution du chantier du futur ministère de la Défense à Paris. Le projet, surnommé le « Pentagone français » a été remporté en mai 2011 par Bouygues, le géant français du bâtiment.
Le contrat portant sur la construction du futur ministère français de la Défense était-il truqué ? Sous le titre « Un missile judiciaire pointé sur le futur Pentagone de Sarko », l’hebdomadaire Le Canard enchaîné révèle, ce mercredi 7 décembre 2011 qu’une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris. Information confirmée à l’AFP de source judiciaire : depuis février 2011, deux juges d'instruction enquêtent en toute discrétion sur de possibles faits de corruption et trafic d'influence en marge de l'attribution du chantier. L’appel d’offres a été remporté en mai dernier par le groupe de BTP Bouygues.
Or la candidature de Bouygues aurait été favorisée : un haut responsable du ministère de la Défense est soupçonné d'avoir transmis à un cadre dirigeant du groupe le cahier des charges du marché avant ses concurrents. Ce document détaille les besoins et exigences du ministère pour la construction de son nouveau siège. Sa diffusion prématurée à l'un des candidats remet donc en cause la régularité de la compétition. C’est un intermédiaire, entrepreneur du BTP connu des enquêteurs pour d'autres affaires de corruption, qui aurait mis en relation les deux personnes et qui serait particulièrement visé par l'enquête.
Interrogé sur l’affaire, le ministre de la Défense Gérard Longuet a assuré que son ministère était « d'une sérénité totale » et « au service de la justice ». Quant au groupe Bouygues, il affirme ne pas être « informé de cette procédure et ne souhaite pas faire de commentaires dans l'immédiat. »
Entre 2,7 et 4 milliards d’euros
C’est en février dernier que le géant français du BTP a été choisi par le gouvernement. Il a signé le contrat en mai pour réaliser ce chantier situé dans le quartier Balard (XVe arrondissement de Paris). Les travaux doivent être achevés à l'été 2014.
Le financement du marché décroché par Bouygues doit se faire selon un contrat de partenariat public privé (PPP) d'une ampleur inédite pour une administration. L'Etat ne commencera à payer qu'en 2014, lorsque les nouveaux bâtiments seront livrés. Pendant 27 ans, il devra alors débourser une redevance annuelle comprise entre 100 millions et 150 millions d'euros. Cette redevance comprendra les coûts de construction, les frais financiers, l'entretien et la maintenance des bâtiments, les réseaux informatiques, les services divers comme le jardinage, la restauration, le nettoyage, le gardiennage.
Selon le ministère de la Défense, cette redevance annuelle est inférieure au coût actuel de fonctionnement de l'administration centrale. Sur 27 ans, cela représentera au total 2,7 milliards d'euros pour la fourchette basse (si la redevance est à 100 millions) et 4 milliards pour la fourchette haute (redevance à 150 millions).

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