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    France

    80 ans de Babar – quelle histoire ?

    media Jean de Brunhoff, épreuve aquarellée pour Le Roi Babar, p. 14, 1933, H. 24,5 ; L. 24,5 cm. Mary Ryan Gallery, New York

    « Il s’appelle Babar. On l’aime beaucoup ». Tel pourrait être le titre de cette exposition - trop ? - consensuelle pour honorer le succès fulgurant du plus célèbre éléphant de la littérature française. Babar, né en 1931, à l’époque de l’Exposition coloniale, est le héros de plus de 75 albums, traduits en 27 langues et vendus à 13 millions d’exemplaires. Découvrez Les histoires de Babar jusqu’au 12 septembre 2012 au musée des Arts décoratifs à Paris.

    « Dans la grande forêt,
    un petit éléphant est né.
    Il s’appelle Babar.
    Sa maman l’aime beaucoup. »

    Ainsi commence, il y a 80 ans, l’aventure du plus célèbre pachyderme. Le musée des Arts décoratifs nous en met plein les yeux. Les aquarelles originales et encres noires des années 1930 émeuvent les petits d’autrefois devenus grands. « Mon Babar en tissu n’a plus ses yeux, témoigne Béatrice devant son Babar en tissu bourré de 1955. Ma maman n’a jamais voulu en recoudre de peur que je ne le reconnaisse plus ! ». Les petits d’aujourd’hui s’estimant grands dévorent les films et se jettent sur les jeux vidéo et installations interactives, disponibles en libre service dans l’expo.

    Babar et la télévision

    Un enfant dans l'exposition "Histoires de Babar" au musée des Arts décoratifs. Siegfried Forster / RFI

    Ici, à la galerie des jouets des arts décoratifs, tout est exposé à hauteur d’enfant. Ce qui frappe dans les trois salles, c’est la constance incroyable de la marche triomphale de cet éléphant à travers des décennies. Dès sa publication en 1931, l’Histoire de Babar a été vendue en millions d’exemplaires. En 1935, Jean de Brunhoff, le créateur de Babar, se voit même confier la décoration de la salle à manger des enfants sur le mythique paquebot Normandie. Au moment de la mort de Jean de Brunhoff en 1937, son fils aîné Laurent n’a que 12 ans. Et c’est pourtant lui qui poursuivra à partir de 1946 avec succès les aventures de Babar. Laurent de Brunhoff a pratiquement repris le style de son père, tout en refusant d’enfermer son héros uniquement dans les livres. Dès 1949 Babar apparaît à la télévision. Dès les années 1960 Babar avait droit à sa propre série télé et à partir des années 1980 aux films d’animation. Depuis 2010, l’éléphant profite même d’un petit-fils, grâce à Babar et les aventures de Badou, une série de dessins animés en 3D.

    Babar est devenu un succès dans beaucoup de pays, avec quelques restrictions : « Dans certaines éditions et certaines cultures, certaines pages ont été censurées, rapporte Dorothée Charles, la commissaire de l’exposition. Par exemple, dans les éditions anglaises et américaines, il n’y a pas la page où la mère de Babar se fait tuer. »

    Un éléphant bien élevé
     

    L’énigme de la couleur verte
    Dorothée Charles, commissaire de l’exposition « Les histoires de Babar » 09/12/2011 - par Siegfried Forster Écouter

    La longévité de Babar est certainement aussi liée à son caractère parfait : il est bien élevé, sage, tolérant, non violent et il fait des voyages passionnants sans heurter ni juger personne. En plus, il sème le bonheur partout. La garde-robe de l’éléphant occupe dans l’exposition également une place importante : Elle signe son identité et assure la continuité et l’espoir : la couronne représente un roi bienveillant qui fait tranquillement régner l’ordre dans son royaume. Et « le costume d’une agréable couleur verte » l’a rendu universel et fait entrer dans la mémoire de plusieurs générations.

    Le coup de maître du « papa » de Babar avait plusieurs dimensions : il avait imaginé le premier animal anthropomorphique de la littérature enfantine française, même si c’était bien après l’anthropomorphe Pierre Lapin de l’Anglaise Beatrix Potter, publié en 1902. Les dessins de Jean de Brunhoff séduisaient avec des traits nets, des couleurs élémentaires et un phrasé simple en écriture cursive. Ainsi il concoctait une véritable recette magique. Par ailleurs, ses images imposaient un format d’album beaucoup plus grand que celui qu’utilisaient les autres dessinateurs de l’époque. La jungle, le royaume et plus tard Célesteville s’étalent souvent sur des doubles pages.

    Laurent de Brunhoff, aquarelle originale pour "Babar et ce coquin d'Arthur", p. 4-5, 1946. Laurent de Brunhoff

     
    Un éléphanteau de l'époque coloniale

    Malgré son côté rassurant, Babar reste un éléphanteau de l’époque coloniale. Le personnage est né dans l’année de l’Exposition coloniale à Paris. Laurent, le fils aîné qui a continué les histoires de Babar après le mort de son père Jean de Brunhoff, admet qu’ « on avait des cousins qui habitaient le Kenya, c’est peut-être ce qui lui a donné des idées d’éléphants ! Mon père, Mathieu et moi allions de temps en temps au zoo, au Jardin d’Acclimatation, et on adorait les éléphants. » Rien à signaler, sauf qu’à cette époque, justement au Jardin d’acclimatation, on exhibait à côté des animaux aussi des Africains comme des « sauvages » et comme le chaînon manquant entre l’homme blanc et le singe.

    Est-ce que Babar est une création coloniale ? « Non, insiste Dorothée Charles. Il faut aussi voir dans quel contexte Jean de Brunhoff a créé son album. On est en 1931. On sort où à Paris, en ce moment-là ? On sort au Jardin d’acclimatation, à l’Exposition universelle. Actuellement se tient au musée du quai Branly une exposition qui s’appelle « Exhibitions » où on voit que des différentes tribus étaient littéralement exposées, on les regardait derrière les vitres, dans des grottes, comme des animaux, au Jardin d’acclimatation, au zoo. Il y a quand même cette culture très forte dans les années 1930 qui nous peut paraître aujourd’hui extrêmement choquante. Forcément Jean de Brunhoff s’inspire de ce qu’il a vu, mais il contrebalance aussi : par le chasseur, un Blanc, qui tue la maman de Babar. La femme qui accueille Babar pour lui donner les clés de l’éducation pour être un homme, c’est une femme, c’est une humaine. Ce sont des allers-retours. »

    Laurent de Brunhoff, Babar, le yoga des éléphants, New York, Harry N. Abrams, 2002 ; Paris, Hachette, 2004. Hachette

    « Pique-nique chez Babar »

    L’exposition n’évoque absolument pas cette fâcheuse question si les histoires de Babar promeuvent un imaginaire colonial avec sa mission « civilisatrice ». Une question que Laurent de Brunhoff avait plusieurs fois déjà taxée comme « ridicule », mais qui a le mérite d’exister, comme d’ailleurs dans le cas de Tintin au Congo, également publié en 1931. Certains critiques avancent que dans Le voyage de Babar, publié en 1932, Babar délivre sa femme Céleste d’une bande de « féroces sauvages cannibales » tout noirs. Une double page qui sera éliminée dans la réédition de 1985. Et en 2006, dans une interview au Parisien, Laurent de Brunhoff a quand même confirmé qu’il a demandé que Pique-nique chez Babar, publié en 1949, ne soit jamais réédité, parce que la représentation des Africains inspirée des affiches « Y’a bon Banania », posait désormais problème. Déjà en 1983, l’intellectuel chilien Ariel Dorfman dénonçait la subtile propagande coloniale de Babar et en 1998, le sociologue américain Herbert Kohl faisait beaucoup de bruit avec son livre : Faut-il brûler Babar ?.

    Les Jeux de Célesteville
     

    La recette du succès de Babar
    Dorothée Charles, commissaire de l’exposition « Les histoires de Babar » 09/12/2011 - par Siegfried Forster Écouter

    En attendant, Babar poursuit ses voyages et se révèle être un éléphant qui vit avec son temps. Le nouveau Babar : Coup de foudre aux Jeux de Célesteville, publié en novembre 2011, devance même les très controversés Jeux olympiques de Londres en 2012 : « Célesteville est devenue une très grande ville. Cette année, c’est là que se tiendront les Jeux. » Ne vous inquiétez pas. Il n’y a pas question de dopage, ni de scandales, et comme toujours, les enfants peuvent dormir tranquilles après une fin consensuelle : « Depuis ce jour, au pays des éléphants, tout le monde est content. »
     

    Comment est née l’histoire de Babar
    Laurent de Brunhoff explique sa démarche artistique dans une vidéo projetée dans l'exposition "Les Histoires de Babar". Siegfried Forster / RFI

    L'aventure débute un soir de 1931 quand, pour endormir ses fils, Laurent et Mathieu, Cécile de Brunhoff invente l'histoire d'un petit éléphant qui vit dans la jungle. Voyant ses enfants passionnés par ce personnage, Jean, leur père, donne vie à l'éléphant et le baptise « Babar ». Le pourquoi de ce nom reste jusqu'à aujourd'hui une énigme.

    Les histoires de Babar rappellent aussi l'histoire de la famille de Brunhoff. Dans une vidéo projetée dans les salles d’exposition, Laurent de Brunhoff raconte : « Quand mon frère Thierry est né, évidemment, Babar avait des enfants aussi, également trois enfants. Seulement nous étions trois frères, mais Babar a eu une petite fille. Pendant des années, je ne voulais pas changer la famille Babar. Et puis, vers la fin des années 1980, j’ai commencé une nouvelle vie avec ma seconde femme Phyllis et je suis venu en Amérique. Alors pourquoi la vie de Babar ne changerait pas ? Il fait partie de ma famille. C’est comme cela que j’ai commencé à jouer avec l’idée de lui donner une autre petite fille, Isabelle. »

    _________________________________________________

     
    Les histoires de Babar, au musée des Arts décoratifs, Paris, du 8 décembre au 2 septembre 2012
    La Fabrique de Babar, à la Bibliothèque nationale de France, Paris, du 13 décembre au 29 janvier.

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