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    Tagore s'impose comme peintre avec «La dernière moisson»

    media Détail de l'affiche de l'exposition "Tagore, la dernière moisson" montrant "Animal, encre de couleur sur papier, vers 1929-1930". Coll. Rabindra Bhavana, Santiniketan

    Il est entré dans l’Histoire comme un grand poète. Il est le premier écrivain non occidental à se voir décerner le prix Nobel de la littérature en 1913. Cet artiste universel n'a exposé qu’une fois ses peintures et dessins : c’était en 1930, lors d’une tournée mondiale qui avait commencé à Paris. A l’occasion du 150e anniversaire de Rabindranath Tagore, La dernière moisson, la première grande exposition sur l’œuvre picturale de Tagore fait halte au Petit Palais à Paris, jusqu’au 11 mars.

    Il y a dans cette exposition forte et lumineuse cet autoportrait sombre et mystique, un pastel sur papier, exécuté en 1936. Ou ces regards de deux femmes qui datent de 1934, une œuvre en encre et pastel, taillée dans des couleurs de terre, des silhouettes sculptées sur un fond vert-bleu. Parmi les 98 peintures et dessins exposés, on aperçoit aussi ce visage accentué d’un homme avec son oreille accolée et ses cheveux en bataille qui frôle la caricature et montre la liberté d’un artiste qui ne dit pas son nom. Oui, le célèbre écrivain Rabindranath Tagore (1861-1941) était aussi peintre, mais il l’est devenu sur le tard, à l’âge de 63 ans.

    « J’essaie de dessiner, mais je n’arrive pas »

    « Tagore voulait toujours être peintre, explique R. Siva Kumar, commissaire de l’exposition et professeur d’histoire de l’art à l’université de Santiniketan. Il était écrivain, auteur de pièces de théâtre, acteur, il a écrit des poèmes, composé de la musique, il a fait beaucoup de choses, mais il voulait toujours être un peintre. Déjà fin du 19e siècle, il écrivait : j’essaie de dessiner, mais je n’arrive pas. Au début il essaie d’exécuter des peintures réalistes, mais il pensait de ne pas avoir suffisamment le talent pour cela. Il cherchait alors quelle sorte de peinture il pourrait faire avec ses talents. Cela a pris beaucoup de temps. Cela est arrivé en 1923 ou 1924 quand il voyageait dans le monde entier. Il a vu l’art japonais, l’art oriental, les arts primitifs et les arts modernes. Cette expérience lui a peu à peu permis de découvrir sa propre manière de peindre. »

    Sa peinture très académique et réaliste du début fut un échec. Ses premiers dessins n’étaient pas révolutionnaires. Et pourtant, en 1919, il avait crée le Kala-Bhavana, le premier département d’arts visuels dans une université en Inde et Tagore était entouré de la modernité. Ses neveux Gaganendranath et Abanindranath étaient connus pour leurs peintures cubistes et des lithographies très modernes à l'époque. C’est la raison pour laquelle certains critiques expliquent l’envie soudaine de Tagore de faire sérieusement de la peinture avec des raisons « extérieures ». Selon Sibnarayan Ray, un amour inavoué de Tagore pour son amie argentine Victoria Ocampo aurait fait basculer le grand écrivain et philosophe vers la peinture pour exprimer ses sentiments sans mots et sans perdre son statut d’ascète et sage universel. Ce sentiment amoureux aurait en plus fait écho à une expérience douloureuse dans la jeunesse du poète après le suicide de la femme qu’il aimait. Une thèse qui est réfutée dans l’exposition Tagore, la dernière moisson.

    Le rythme des traits

    Pour le commissaire R. Siva Kumar, l’origine de la peinture de Tagore se trouve plutôt dans le sens de rythme du poète et compositeur de musique. « En tant qu’écrivain il avait une habitude particulière : griffonner dans ses manuscrits et ses cahiers de notes, surtout quand il avait découvert une erreur dans ses écrits. Il a essayé de transformer ces gribouillages en images. En tant qu’écrivain il cherchait un sens et il était gouverné par le sens. Mais de plus en plus, c’est le rythme des traits qui le dominent. L’écriture était gommée et l’image commençait à apparaître. C’est le peintre Tagore qui émerge. »
     

    Cliquer pour regarder le diaporama avec les oeuvres de Tagore
    Ecouter les explications de Sylvain Lecombre, conservateur en chef des musées de la Ville de Paris et co-commissaire de l’exposition « Tagore, la dernière moisson » au Petit Palais. 15/02/2012 - par Siegfried Forster Écouter


    En 1920 et 1921, Tagore avait admiré à Paris, Amsterdam et Leiden plein de tableaux : des oeuvres de Cézanne, Manet, Gauguin, Van Gogh et d’autres peintres d'avant-garde. Après son retour en Inde, le poète organise à Calcutta, en 1922, une exposition avec des œuvres de Paul Klee, Kandinsky et du Bauhaus. Les premières peintures indépendantes des manuscrits de Tagore n’apparaissent qu’en 1928. Ce n’est qu’en 1930, et fortement encouragée par son amie Victoria Ocampo, qu’il expose pour la première fois ses œuvres à la galerie parisienne Pigalle. Paul Valéry et André Gide font partie des visiteurs de cette exposition qui fut le point de départ d’une tournée mondiale (Berlin, Dresde, Moscou, Londres, Etats-Unis). « Que cette peinture pure, absolument sincère et tout à fait ignorante de nos coutumes d’atelier, ressemble par moments aux plus récentes recherches des peintres d’Occident, ceux-là seuls s’en étonneront qui n’ont jamais reconnu ces courants mystérieux, propres à une époque, qui pénètrent les âmes par osmose et qui orientent tout un siècle. Il ne peut être ici question d’imitation », s'enthousiasme en 1930 le critique d’art Henry Bidou lorsqu'il évoque le phénomène pictural de Tagore.

    « Il a inventé son propre langage »

    A l’époque, certains font la comparaison avec les dessins de l’écrivain monumental Victor Hugo, d’autres évoquent l’écriture automatique des Surréalistes ou les expressionnistes allemands. « On ne peut pas parler d’influences, s’exclament R. Siva Kumar. Tagore n’a jamais regardé ces peintures pour faire ses tableaux. Il était conscient des idées existantes. Quand il a montré ses peintures en 1930 à Paris, les visiteurs ont vu des ressemblances avec des œuvres surréalistes, en Allemagne, les visiteurs ont vu des ressemblances avec l’expressionnisme, les gens ont projeté les choses avec lesquelles ils ont été familiers. Mais un tableau ne peut pas être à la fois expressionniste et surréaliste. Il n’y avait pas d’influences directes chez Tagore, mais il a inventé son propre langage tout en restant en contact avec les autres arts et les autres cultures. »
     

    Sa peinture se montre indépendante de la littérature, mais aussi indépendante de la réalité. Pendant que l’écrivain Tagore appartient à une tradition littéraire, le peintre Tagore jouit d’une liberté absolue qui se ressent dans ses dessins et peintures. « Dans ses romans, il y a une part poétique, mais y apparaissent aussi l’état de la société indienne, remarque Sylvain Lecombre, le co-commissaire de l’exposition au Petit Palais : les questions de la famille, le veuvage des femmes, les relations entre les castes, l’occupation anglaise…Dans sa peinture il n’y a pas du tout cela. La peinture n’est pas réaliste, et cela rejoint les mouvements artistiques occidentaux de l’époque : l’expressionisme, l’art abstrait, bien qu’il ne soit jamais abstrait pour lui. Peindre, ce n’était pas du tout représenter la réalité, mais au contraire proposer des formes qui éloignent de la réalité, des formes inventées. »

    La place du peintre Rabindranath Tagore au 21e siècle

    Dans sa peinture, Tagore ne fixe pas de limites à son imagination. Montrant le chemin de la liberté au sein du modernisme, Tagore reste jusqu’à aujourd’hui un modèle pour beaucoup d’artistes en Inde. « Il y en a tellement, explique R. Siva Kumar. On ne peut pas dire que quelqu’un a suivi son style. Mais toute la génération d’artistes qui ont émergé après les années 1940 ont profité de son art. Même aujourd’hui, il y en a beaucoup de parallèles. Par exemple Arpita Singh, elle travaille avec une sensibilité de la même nature. »

    Quelle sera la place du peintre Rabindranath Tagore au KMoMA, le futur musée d’art moderne qui ouvrira en 2015 à Kolkata ? Aujourd’hui, 1 600 des 2 500 peintures et dessins connus de Tagore se trouvent à Visva Bharati, l’université de Tagore, située à Santiniketan, 180 kilomètres au nord de Kolkata. « Le musée principal de Tagore restera à Santiniketan, affirme R. Siva Kumar. Au KMoMA, Tagore aura une place, mais le musée sera confronté au problème qu’il n’y a pas beaucoup de bonnes peintures de Tagore disponibles sur le marché de l’art. »
     
    Pour le commissaire, il n’y a aucun doute, cette exposition des peintures de Rabindranath Tagore changera le regard sur l’art moderne :« Il y aura un regard nouveau, parce que tous les modernismes sont actuellement en train d’être revus. Les systèmes de référence changent. Dans ce contexte il y a un vent nouveau. Les regards traditionnels sur les modernismes étaient trop centrés sur l’Europe. Aujourd’hui, cela change. Nous pouvons penser maintenant des multiples modernismes, ainsi les artistes individuels  traversent les cultures beaucoup plus libres qu’avant. C’est important. »

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    La dernière moisson. Peintures de Rabindranath Tagore. Jusqu’au 11 mars au Petit Palais à Paris.

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