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    France

    Le cinéma du réel 2012 : un regard libre et déplacé

    media "Bestiaire" (72'), documentaire du Canadien Denis Côté, projeté lors du "Cinéma du réel" au Centre Pompidou, Paris. Metafilms

    Quelques 200 documentaires à regarder, à contempler, à renifler… faits par des cinéastes qui luttent, observent, écoutent le monde qui nous entoure. La 34e édition du Festival international de films documentaires au Centre Pompidou de Paris nous envoie sur tous les continents à la recherche de l’image juste. Attention : le spectateur est censé de faire une partie du travail. Entretien avec Javier Packer-Comyn, le directeur artistique du « Cinéma du réel ».

    RFI : L’un des premiers films projetés au festival a été Two Years at Sea du Britannique Ben Rivers. Un documentaire sur un ermite dans la nature sauvage qui construit avec ses propres moyens sa maison, son environnement, son monde bien à lui. Est-ce un film emblématique pour cette 34e édition ?  

    Javier Packer-Comyn : C’est un film qui m’a énormément touché par la grande liberté du cinéaste à raconter l’histoire de cet homme. En traduisant le paysage mental intérieur de ce personnage. L’exigence avec lequel ce cinéaste fait ce film est emblématique. Ben Rivers vient des arts plastiques au départ. Il travaille encore en pellicule 16 mm, d’une manière obstinée, très précise et artisanale. C’est un cinéma très libre de contingences, de modes, d’influences extérieures, qui traduit vraiment la rencontre entre un monde intérieur d’un artiste et le monde intérieur d’un homme. Il s’agit d’une réelle co-création entre le cinéaste et son personnage.

    RFI : Un autre film de la Compétition internationale, Autrement, la Molussie, de Nicolas Rey, fait également appel à la technique « ancienne ». Cette fois-ci, ce n’est pas un documentaire en noir et blanc, mais tourné en pellicule couleur périmée, et projeté dans un ordre aléatoire. Le format, la forme, l’outil cinématographique, ce sont des vrais enjeux pour votre programmation de cette année ?
     
    J. P.-C. : Il ne faudrait pas traduire le fait qu’il y a deux films tournés en 16 mm comme une volonté de ma part de dire : Cela doit être le dogme, la norme. Non. Aucune technologie n’est bonne ou mauvaise en soi. Chaque outil doit être pleinement compris et choisi par l’auteur qui va faire le film. Je n’ai pas un rejet des caméras Canon 5D avec lesquelles beaucoup de cinéastes tournent, mais elles imposent une manière de travailler, une esthétique, une plastique, qui peut très bien correspondre à certains projets et moins à d’autres. Dans le cas de Two Years at Sea et Autrement, la Molussie, cela ne peut pas être autrement que du 16 mm. Nicolas Rey va travailler et creuser un roman antifasciste, resté inédit en français, Die molussische Katakombe, de Günther Anders. Le réalisateur a repris un stock de pellicules périmées qu’il a –d’une manière très pointue- appris à développer. Les images de son film et la lecture du texte lu par Peter Hoffmann nous renvoient à une espèce d’archives du présent. On est constamment ballotté dans la notion du temps. De quel temps on nous parle ? Le texte est écrit dans les années 1930. Les images sont d’aujourd’hui, filmées avec une pellicule périmée qui donne une plastique totalement sublime, mais qui nous renvoie à un hors-temps. Il y avait que ce travail sur la pellicule qui le permettait.
     

    RFI : Les lieux jouent un rôle prépondérant dans pratiquement tous les films de la compétition internationale : il y a la maison de Jake dans Two Years at Sea, le canapé sur lequel Xu Xin raconte la terrible histoire de la Chine dans Dao LuLe Camp de réfugiés d’Agamé, au Benin, de Jean-Frédéric de Hasque, le zoo dans Bestiaire de Denis Côté. Est-ce sont les lieux qui définissent les limites et qui nous ramènent cette année vers le « réel » ?
     
    J. P.-C. : Je n’ai pas pensé à ce point, mais c’est vrai qu’il y a chez les cinéastes que j’ai choisis cette année, une attention à la géographie, au cadre dans lequel ils ont envie de montrer et de raconter l’histoire. Peut-être c’est une résistance à cette idée qu’une image du monde vaut une autre. Peut-être est-ce une résistance à une globalisation de notre pensée, que finalement tout est un peut dans tout. Là, on revient à des espaces clos, à des communautés, à des individus au sein d’un système.

    RFI : Espoir – Voyage est le premier film du Burkinabè Michel Zongo et le seul film africain de cette édition. Il y a deux autres films qui évoquent des sujets en Afrique, mais réalisés par un Belge et une Française. Est-ce que cela veut dire que ce sont toujours les Européens qui font les meilleurs documentaires sur l’Afrique ?
     

    J. P.-C. : « Meilleur », ce n’est pas une expression que je prendrais pour moi. Un cinéaste africain n’est pas un autre, un cinéaste européen n’est pas un autre. Les deux cinéastes européens, qui ont tourné en Afrique, ont des regards qui sont extrêmement justes et conscients, évitant des pièges, que je rencontre beaucoup en pré-visionnant les films, les pièges du fantasme ce qui peut être l’Afrique ou à l’inverse, la reproduction d’un modèle colonial dans le regard porté d’aujourd’hui. Chez Clémence Ancelin (Habiter/Construire) et Jean-Frédéric de Hasque (Le Camp) qui sont allés tourner en Afrique, il y a énormément de pensées avant de tourner et une grande conscience : « Qu’est-ce que cela peut être de faire une image en Afrique comme Européen. » Michel Zongo, c’est un Burkinabè qui filme un trajet vers la Côte d’Ivoire. C’est aussi un regard déplacé d’une certaine manière. Il suit le déplacement que son frère a fait 18 ans auparavant, pour des raisons économiques. C’est aussi un regard déplacé, à l’intérieur de l’Afrique. L’enjeu du film est de faire une image, pas juste une image, mais une image juste, comme dirait Godard.

    RFI : L’édition 2012 comporte beaucoup de compétitions et de catégories différentes, avec chaque fois un fil rouge et un angle différent. Ce n’est plus possible de rassembler la programmation du cinéma du réel sous une idée commune ? C’est au spectateur de faire sa propre programmation ?
     
    J. P.-C. : Quand on regarde les films, section par section, il y a des liens qui se tissent entre les sections et les films, même hors compétition, notamment sur les idées politiques et la résistance. Il est vrai que dans le cinéma documentaire qui nous intéresse ici, les registres sont très différents. Inévitablement, le rôle du spectateur est de faire une partie du travail. Ce n’est pas un travail de programmation, mais un travail de co-création. Les films qui m’intéressent, ce sont des films où le cinéaste a laissé réellement une grande part de liberté aux spectateurs de s’approprier le film à sa manière.

    RFI : L’année dernière, face à l’actualité des révolutions arabes, vous avez insisté sur le fait que « Le temps du documentaire, c’est le temps du recul. » Un an après, la programmation fait toujours l’impasse sur ces révolutions.
     

    « Arrested cinema », c’est une sorte d’observatoire du cinéma.

    Javier Packer-Comyn, directeur artistique du Cinéma du réel. 26/03/2012 - par Siegfried Forster Écouter

    J. P.-C. : C’est étrange, je m’attendais à beaucoup de films. Il y a beaucoup de films, d’images qui circulent, mais j’ai résisté cette année à vouloir faire un programme sur le printemps arabe, parce que je pense il est encore en cours, surtout pour les cinéastes, surtout pour les métiers des arts. Pour eux, le combat est encore permanent, même si dans les têtes des gens à Paris, le printemps arabe, c’est quelque chose qui s’est passé il y a un an. Cela n’a pas changé en un an. Les révolutions sont encore en cours. Concernant les films, ce n’est pas une digue, une brèche qui s’est ouverte et où déferlent, du coup, des dizaines de films formidables. Cela reste un travail compliqué, les films arrivent au compte-gouttes. Au lieu de faire une programmation de plus, parce qu’il y en avait beaucoup à Paris sur le « printemps arabe », comme une chose close, j’ai préféré faire une soirée qui rejoint le projet que je voulais lancer cette année : Arrested cinema. Donc nous dédions cette première au cinéma syrien qui a produit ces derniers mois de vrais films, des films anonymes qui ne sont pas collés à l’actualité, mais qui sont déjà des vraies œuvres de cinéma avec cette urgence et ce recul en même temps. C’est cela que nous allons proposer ce samedi 31 mars.

    ________________________________________________
    - Cinéma du réel, Festival international de films documentaires, du 22 mars au 3 avril 2012, au Centre Pompidou à Paris.
     - Arrested Cinema, une soirée dédiée aux cinéastes syriens, le samedi 31 mars à 21h au festival « Cinéma du réel », au Centre Pompidou, Paris. Entrée libre dans la limite des places disponibles.

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