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    Okwui Enwezor : «La proximité est un symptôme de la mondialisation»

    media Portrait d'Okwui Enwezor (2011). Alix Laveau/La Triennale

    Avec la Triennale 2012, le commissaire général Okwui Enwezor donne le « la » pour le tout nouveau Palais de Tokyo à Paris, le plus grand centre d’art contemporain en Europe. Né en 1963, à Calabar, au Nigeria, Enwezor a mené une carrière époustouflante qui l’a conduit de la Tate Modern de Londres au Guggenheim de New York. Avec ses idées post-colonialistes et son allure calme et combative, il a réussi à se hisser parmi les plus grands commissaires d’exposition au monde. « Sa » Triennale 2012, il l’a intitulée Intense proximité. Entretien.

    RFI : Vous dirigez actuellement la Haus der Kunst à Munich, en Allemagne, après avoir été directeur de la Documenta à Kassel, l’événement le plus important de l’art contemporain, directeur artistique des biennales de Johannesburg en Afrique du Sud, de Séville en Espagne et de Gwangju en Corée du Nord. Quel est l’importance du Palais de Tokyo sur la scène internationale de l’art contemporain ?

    Okwui Enwezor : Comme vous avez pu voir depuis l’inauguration du nouveau Palais de Tokyo, il y a un vrai enthousiasme du public [plus de 35 000 visiteurs depuis le 12 avril, Ndlr]. Ce lieu sera un des endroits majeurs de l’art contemporain, pas seulement en France, mais pour des artistes et des intellectuels de différentes parties du monde.
     
    RFI : Pour cette Triennale, vous étiez très inspiré par des ethnologues comme Claude Lévi-Strauss ou Marcel Mauss. L’art contemporain, est-ce de l’anthropologie ? Pour être artiste faut-il être anthropologue ?
     
    O.E. : Non, l’art n’est pas une forme d’anthropologie. Cela veut dire qu’il existe une complexité intellectuelle permanente qui, depuis un siècle, a mené à la production de l’art. C’est cela que j’explore dans cette exposition : l’enchevêtrement de l’anthropologie et de l’ethnologie dans la production de différentes formes visuelles et scientifiques. En particulier la figure de Lévi-Strauss a été décisive pour le travail des artistes dans les vingt dernières années. Je pense à des artistes comme Lothar Baumgarten (né en 1944 en Allemagne, vit entre Berlin et New York), Alfredo Jaar (né en 1956 au Chili, vit à New York) ou Clemens von Wedemeyer (né en 1974 en Allemagne).
     

    RFI : Les anthropologues ont longtemps privilégié le lointain et l’exotique. Aujourd’hui règnent les nouvelles technologies et le monde globalisé. On nous explique que les distances géographiques sont abolies, les frontières nationales n’existent plus, que le virtuel domine le réel. Et pourtant, on construit partout des nouveaux musées. Est-ce une contradiction ?
     
    O.E. : Je ne crois pas à un monde sans frontières. Les frontières nous servent comme une boussole. Mais je ne crois pas au rehaussement de clôtures pour tenir quelque chose en dehors du territoire. La frontière entre l’imagination et la réalité est quelque chose de très nécessaire pour la production et la présentation de l’art. C’est essentiel pour la constitution d’une exposition en tant que forêt de signes qui donne aux spectateurs l’occasion d’appréhender les vraies différences qui existent dans le travail des artistes et qui mènent à la complexité de l’imagination.
     
    RFI : Jean de Loisy, le nouveau directeur du Palais de Tokyo, a parlé d’un lieu très important pour les artistes en France et en Europe. Parmi les 113 artistes exposés, vous montrez seize artistes africains dont onze vivent toujours en Afrique comme Georges Adéagbo, El Anatsui, Guy Tillim, Ali Assafi, Barthélémy Toguo… Le Palais de Tokyo à Paris est-il aussi important pour les artistes en Afrique ?
     
    O.E. : Je ne mettrais pas l’accent sur la France, l’Europe ou l’Afrique. Le Palais de Tokyo sera un lieu important pour l’art contemporain tout court. Si nous créons ici une zone de convergence, on est obligé de parler du monde entier, de l’art contemporain mondial.
     

    RFI : Vous êtes né en 1963, à Calabar, tout juste après l’indépendance du Nigeria. En 1993, vous avez fondé la revue Nka en revendiquant une place pour la création africaine. Où est aujourd’hui l’indépendance de l’art contemporain africain ?
     
    O.E. : L’art africain est aujourd’hui multiple, pluriel et n’est pas du tout lié à un territoire qu’on pourrait concevoir à travers une certaine « africanité ». L’art africain signifie de continuer à explorer ce que cela veut dire être « africain ». En même temps, cela exige de rester radicalement ouvert aux multiples trajectoires du présent, toujours en contact avec des expériences sociales, politiques, économiques et artistiques.
     
    RFI : Intense proximité, symbolise-t-il le contraire d’un lointain exotique ?
     
    O.E. : Absolument. Toutes ces distances d’antan ont implosé. Aujourd’hui, la matière de débat consiste à se demander : en quoi la proximité est la condition de notre présent ? Comment peut-on participer aux exercices de cohabitation que la proximité produit ? Au lieu de prendre ses désirs comme des réalités où le « lointain » mène à un ethnocentrisme : ça c’est la France, ça c’est l’Italie, ça c’est l’espace Schengen et le reste : « dehors ! ». Je pense, que cela est un paradigme épuisé et que la proximité est aujourd’hui un symptôme de la mondialisation.
     

    RFI : Pour vous, l’art contemporain joue un rôle important pour la société, l’économie, la politique, la vie quotidienne… Pouviez-vous citer des œuvres présentes dans la Triennale qui ont changé quelque chose par rapport aux sujets qui préoccupent aujourd’hui les Français : l’éducation, la crise économique, l’identité, l’immigration ?
     
    O.E. : Il y a une installation vidéo d’Antoni Muntadas (né en 1942 en Espagne, vit à New York). Son projet est structuré autour de trois mots qui sont en permanence utilisés par les médias : panique, terrorisme, peur. Les mots sont aussi en permanence exploités par les politiciens et les institutions afin de maintenir le pouvoir et le contrôle sur notre pensée et de transformer notre capacité de répondre et de nous rendre ainsi complices du pouvoir. Il y a une sorte d’autocensure qui s’installe.
     

    Ecouter (en anglais) Okwui Enwezor, le commissaire général de « Intense proximité », La Triennale 2012. 11/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter

    Une deuxième œuvre est l'installation vidéo de Thomas Hirschhorn (né en 1957 en Suisse, vit à Paris). Touching Reality est un film très puissant qui montre des corps déchiquetés et brisés, des cadavres, des corps décapités qui forment une sorte de paysage mondialisé de conflits : Irak, Afghanistan… l’exportation de destruction, de machines à tuer à des endroits qui sont normalement protégés de notre regard. Des choses qui ne sont jamais diffusées dans les médias traditionnels, mais avec Internet nous avons accès à ces informations.
     
    Et il y a le travail de l’artiste El Anatsui (né en 1944 au Ghana, vit depuis 1977 au Nigeria). Une sculpture monumentale [30 x 10 mètres, avec des miroirs et de la tôle rouillée, Ndlr] que vous retrouvez en face du Palais de Tokyo, sur la façade du Palais Galliera : des images sur les fenêtres des arcades, ce qui donne une transparence incroyable.
     
    Tous ces artistes reflètent une forme intérieure de la réalité qui est en relation avec la politique, la guerre, la manipulation des médias, les sentiments qui nous mènent en permanence à penser à la panique, à la peur, au terrorisme.
     

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    Intense Proximité, La Triennale 2012, du 20 avril jusqu’au 26 août, au Palais de Tokyo, Paris.

     

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