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    «Sur la route»: merci Walter Salles !

    media Sam Riley (Sal Paradise), Kristen Stewart (Marylou) et Garrett Hedlund (Dean Moriarty) dans "Sur la route" de Walter Salles. Festival de Cannes 2012

    Le réalisateur brésilien Walter Salles est en lice pour la Palme d’or qui sera décernée ce dimanche. Sur la route est d’abord un livre culte, On the road, écrit d’un seul jet, en trois semaines par Jack Kerouac. Publié en 1957, il fut ensuite le manifeste du mouvement artistique de la beat generation. Depuis aujourd’hui, il existe aussi sous forme d’un long métrage plein d’énergie et de rythme, réalisé par Walter Salles.

    A l’écran, cela commence subtilement avec des pas d’un homme qui marche. Si les jambes sont visibles, si la route change et la lumière aussi, la direction et la détermination restent les mêmes. « Je serai jamais chez moi ». « Je vadrouille. » La vie en autostop, direction l’Ouest. On est en 1949, en Amérique. Il y a un souffle de liberté palpable. Il boit du whisky, lit Marcel Proust et couvre des bouts de papier avec des mots. C’est le jeune écrivain new-yorkais Sal Paradise qu’on accompagne sur la route.

    La beat generation en marche

    Les images à l’écran nous enveloppent comme la mine du crayon qui se couche sur le papier. Parfois les images nous frappent aussi, comme les barres en caractère de la machine à écrire. L’écran est alors un ruban encreur qui imprime notre conscience. Le monde que l’on voit naître dans le film se vit en accéléré, allumé par le jazz qui se propage à la vitesse d’une pilule de bonheur. Il y a la voix de Billie Holiday, le saxophone de Charlie Parker, le swing de Duke Ellington. Une corde de basse vibre et la jeunesse se sent boostée : I got the world on a string. La beat generation, nommée ainsi par Jack Kerouac, est en marche. La révolution du style rythmé et immédiat commence.

    Le roman Sur la route de Kerouac est le manifeste de la beat generation, qui, plus tard, rend aussi possible le genre du road movie. L’œuvre de Walter Salles ne se regarde pas comme une adaptation d’un roman ou de mots imprimés dans un livre. Il ne donne jamais le sentiment de vouloir rendre ou restituer quelque chose. Son moteur est ce flot d’énergie incroyable qui incarne le cœur des mots, le cœur des images en question.

    La jeunesse qui « brûle »

    On est face à la fureur d’une jeunesse qui « brûle », de la jouissance de la littérature vécue, ouverte à la folie de la vie, de l’extase des drogues et de l’amour. Derrière, guettent la lâcheté, l’abandon et la recherche du père perdu.

    Chez Sal Paradise, c’est le décès de son père, cinq mois avant, qui a déclenché cette quête acharnée des mots. Chez Dean, c’est la fuite de son père, un clochard dénommé « Moriarty, le barbier » qui l’a élevé dans la rue, qui lui injecte une énergie sans limites et lui confère son charme irrésistible et ravageur.

    Sam Riley campe brillamment le côté curieux et introverti de Sal Paradise. Garret Hedlund incarne à merveille ce Dean grand et beau qui vient de sortir de la prison. Dans ses yeux se reflète la fureur de la vie et une obsession de faire l’amour. Marylou, sa femme libertaire (« plonge, l’eau est bonne »), le lui rend bien. Un rôle, interprété avec bravoure par la ravissante Kristen Stewart, repérée par Salles avant le phénomène Twilight. (Seul déception du film : Kirsten Dunst, la Palme d’or de la meilleure actrice en 2011, reste très pâle dans son rôle d’épouse frustrée de Dean Moriarty). Le mot d’ordre du trio infernal : dépenser, coûte que coûte, cette énergie qui déborde dans tous le corps.

    Ressentir la vie

    Cette soif de la liesse, de l’énergie et de la liberté, c’est aussi l’époque qui veut cela : l’alcool coule à flot, l’expérience des drogues fait partie de la jeunesse et il y a des femmes belles et libérées. On ne se défonce pas, on partage – y compris l’amour à plusieurs – pour mieux ressentir la vie.

    En trio fusionnel, Sal, Dean et Marylou traversent les espaces immenses de l’Amérique, se laissent guider par la pureté de la route : New York, la Nouvelle-Orléans, la Californie, le Mexique. Ils vivent de leurs actions et illusions et gagnent leur pain avec des petits boulots dans les champs de coton, déchargent des trains ou vivent sur le dos de leurs familles. Ils brûlent leur jeunesse sur la route. Il en reste un livre, et maintenant aussi un film. Merci Walter Salles.

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