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    «Post tenebras lux», le Sodome et Gomorrhe de Carlos Reygadas

    media « Post tenebras lux », de Carlos Reygada. Festival de Cannes 2012

    Le nouveau film du cinéaste mexicain promet Après les ténèbres, la lumière. Post tenebras lux, de Carlos Reygadas, reste aussi après la première mondiale au Festival de Cannes obscure. Au centre de cette fresque cinématographique peinte : l’enfant innocent, la nature vierge et l’orgueil humain. Après avoir été déjà distingué à Cannes par le prix Caméra d’or en 2001 pour Japon et le Prix du Jury avec Stellet Licht en 2007, Reygadas est à nouveau en lice pour la Palme d’or.

    Aimez-vous la peinture ? Allez voir le film Post tenebras lux. Avec les lumières d’un paysage mexicain à couper le souffle et les ombres des êtres humains, Carlos Reygadas dépeint un tableau impressionnant, expressionniste et -selon ses propres dires- avec une large part autobiographique.

    « Vache »

    Le film s’ouvre sur une petite fille dans un petit bout de paradis sur terre. Elle se trouve au milieu d’un pré, entourée de magnifiques forêts et montagnes sous des cieux sublimes. Le temps n’a pas d’importance, les plans de la caméra sont longs, très longs. Et quand la fille voit une vache, elle dit « vache ».

    Aussi innocente comme les flaques d’eaux traversées par les chiens et chevaux. Mais la nuit tombe, le ciel gronde, la fille est toujours là, dit : « maman », « lune », « maison ». Le lendemain matin, papa est là aussi. Il dort encore, jusqu’au moment où ses deux filles le réveillent. Il est gentil et maltraite les chiens. On l’a compris, le paradis est foutu.
     

    « Post tenebras lux », de Carlos Reygada. Festival de Cannes 2012

    « Post tenebras lux », c’est aussi une phrase qu’on retrouve dans la Bible, dans le Livre de Job, pour combattre le mal. Pas étonnant, alors, que soudainement, apparaisse un diable rouge fluorescent en talons aiguilles. Il se promène avec une longue queue et une boîte à outils à la main dans la maison. Pour son Sodome et Gomorrhe mexicain, Carlos Reygadas sort les gros pinceaux expressionnistes.

    Les arbres

    Natalia (maman) et Juan (papa) sortent en ville. Dans un hammam, la femme est livrée à tous les hommes présents (« parce que tu es belle »). Les images sont brutes, vulgaires, cruelles. Au même moment, le frère de la femme passe une commande à un monsieur « Sept », un habitué de la tronçonneuse : couper, en plein milieu d’un champ, un arbre majestueux pour « faire chier ma sœur, qui croît que les arbres vivent, se parlent et baisent comme nous, êtres humains ». Les scènes se suivent, ne se ressemblent pas, elles sont bavardes, mais ne s’expliquent pas.

    La femme s’offusque : « Je ne peux plus vivre comme ça », mais elle joue au piano It’s a dream de Neil Young. Elle chante faux, mais elle chante. Le mari qui maltraite ses chiens ne se rend compte de sa vie qu’après avoir échappé à une tentative d’assassinat : « Ce matin, j’ai senti la vie comme un enfant. Il ne fallait qu’exister. J’ai senti l’herbe sous mes pieds. Je me suis senti propre et sec comme un bébé après le bain. »

    Un film en 3D

    Carlos Reygadas peint sa toile en trois dimensions : récit, esthétique et champs de vision de la caméra. Le récit montre la décadence et l’orgueil de l’homme. L’esthétique fait l’éloge de la nature, avec ses grands arbres, jolis montagnes et puissantes vagues de la mer. Le champ de vision de la caméra est volontairement un peu flou des deux côtés.
     

    Carlos Reygadas, le réalisateur mexicain de "Post Tenebras Lux". Le Pacte

    C’est un film éprouvant qui dérange et bouscule. Reygadas ne donne pas de cadeau. Les images nagent dans le temps et dans l’espace.

    A la fin, nous voilà revenus au point de départ, au milieu du joli pré. Les deux bras de l’homme se balancent dans une chemise bleue dans le vert de la nature. Arrivent à nouveau le tonnerre et la pluie. Cette fois, la flaque d’eau se transforme en bain de sang. L’homme a perdu la tête. Il s’est arraché la tête de son propre corps. Un spectacle étrange. Une image parfaite. Et les arbres, si hauts et si fiers, commencent à tomber. Pas de lumière à l’horizon.

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