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    France

    Denis Darzacq : «Act pour action, Act pour acteur et Act pour activisme»

    media Brian Wakeling, Bradford, west yorkshire, Royaume-uni, 2010. Denis Darzacq, courtesy Galerie VU’, 2011

    Des hommes, des femmes, jeunes ou vieux, Français ou Anglais, ils esquissent un mouvement, une torsion, semblent danser, veulent bouger, mais le poids du corps est là. Pour son dernier livre Act, le photographe Denis Darzacq a mis en scène des handicapés. Et c’est beau ! Entretien avec le lauréat du Prix Niépce 2012, membre de l'Agence VU'.

    RFI : Le handicap peut-il être beau ? Ou les deux mots ne fonctionnent-ils pas ensemble ?

    Denis Darzacq : Le problème ne se pose pas comme cela en fait. Le problème c’est : la beauté est partout et après il suffit de la montrer et de la faire jaillir. Et surtout il faut essayer d’enlever les filtres qui nous interdissent de voir les corps. Par exemple, c’est pour une personne en situation de handicap son fauteuil électrique ou son fauteuil roulant, toutes ces prothèses qui aident à vivre et qui sont visuellement quelque chose qu’on ne veut pas regarder parce que cela nous renvoie à l’hôpital, à la différence, à la mort.
     
    RFI : Donc vous les avez déplacées ?
     
    D.D. : Oui. J’ai proposé à des personnes en situation de handicap, à la fois physique et/ou mental, de faire un projet photographique dans lequel ils prennent position dans un espace donné qui est le cadre de la photographie.
     
    RFI : On dit souvent que le prix Niépce 2012 est le Goncourt de la photographie.
     
    D.D. : C’est un très beau prix parce que c’est quelque chose qui marque une demi-carrière. Il y a quelque chose comme une espèce d’encouragement et en même temps une certaine reconnaissance. C’est un des prix les plus reconnus en France. Je suis très heureux.
     
    RFI : Cela vous rend heureux, surtout pour ce travail ?
     
    D.D. : Bien sûr. Je crois que c’est mon travail le plus abouti, mon plus mûr, on voit tout le travail précédent qui se met en perspective et aboutit avec Act sur quelque chose qui me tient à cœur.
     

    RFI : Act, une soixantaine de portraits de handicapés physiques ou mentaux, réalisés entre la France et la Grande-Bretagne. Quel a été le point de départ ?
     
    D.D. : Le point de départ, c’est d’abord se dire qu’on fait toujours les mêmes photos. Je me suis dit que j’avais fait des photographies qui s’appellent HyperLa chute avec de jeunes gens brillants qui évoluent de façon très sportive dans le cadre, je me suis dit, je vais faire la même chose.
     
    RFI : C’étaient des danseurs de hip-hop pour beaucoup ?
     
    D.D. : Oui, ou de Capoeira ou de danse classique. Je me suis dit je vais faire la même chose avec des gens qui n’ont pas de mobilité. Puis après, ça s’est développé. C’est devenu plus riche, plus profond dans le sens où en fait finalement, c’est une minorité – les minorités physiques et psychiques – qui n’ont pas souvent été abordées par le domaine de l’art. Ici il y a des troupes de théâtre, des sculpteurs, en l’occurrence en Angleterre, qui représentent le corps handicapé ; et je me suis dit là il y a quelque chose à faire. Et finalement, comme toutes les minorités qui n’ont pas de visibilité, la seule chose dont il est absolument nécessaire de faire, c’est trois choses : visibilité, visibilité et visibilité.
     
    RFI : Donc montrer, montrer, montrer ?
     
    D.D. : On peut identifier trois problèmes quand on est handicapé. Le premier, c’est d’abord l’handicap qui vous frappe ou à la naissance ou au cours de votre vie ; le second, parce qu’on est handicapé, on est relégué dans des centres médicalisés ou en tout cas dans une espèce de précaution de cocon qui vous isole un peu du monde réel et du monde extérieur. Et la troisième peine qui est peut-être la plus douloureuse, c’est de ne pas avoir d’image publique, c’est-à-dire qu’on accepte éventuellement une image d’une personne en fauteuil électrique en bas d’un appel aux dons, qui fait un petit signe comme ça. On voit bien le Téléthon, c’est la pitié, c’est la compassion qui est motivante pour donner, aider telle ou telle maladie orpheline. Donc tout d’un coup, faire des images qui se retrouvent dans des galeries d’art, achetées par des collectionneurs ou éventuellement dans des musées, dans des expositions, tout cela participe finalement d’une visibilité et de faire partie comme les autres. Leur image, d’une personne handicapée, circulent dans la société comme les autres images.
     
    RFI : Mais ces images sont plus que des images ou moins que des images. Ce n’est pas du tout le portrait classique du handicapé avec sa chaise électrique ou avec son handicap qui est mis en avant.

    D.D. : C’est pour cela que j’appelle cette série Act. C’est le seul mot en anglais qui m’a permis finalement de définir un spectre plus large qui est donc Act : Act pour action, Act pour acteur et Act pour activisme. Je parlais bien d’une minorité qui a besoin de se montrer. Acteur parce que pour beaucoup, il était question de ne plus subir son handicap, mais de le transformer en autre chose. Je fais souvent la comparaison avec le Noir, l’homosexuel… Pendant très longtemps, les personnes stigmatisées étaient définies par leur stigmate. Aujourd’hui, on parle du président Obama, on ne parle pas du Noir président Obama. Et un acteur qui est en situation d’handicap est d’abord un acteur. Ensuite, en troisième ou quatrième occurrence, il peut être handicapé.

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    Act, de Denis Darzacq est publié aux éditions Actes Sud Beaux Arts, 138 pages, 35,50 euros.

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