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    France

    «Le Maître et Marguerite», l’odyssée de la compassion de Simon McBurney

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    L’ouverture du Festival d’Avignon s’est faite cette année avec des images grandioses et hautes comme les murs de la Cour d’honneur du Palais des papes. Des images ? Non, c’est notre histoire, de Jésus-Christ jusqu’à Hitler, Staline et l’ère de l’iPhone, qui s’affiche en 3D sur la façade pour donner chair au chef d’œuvre Le Maître et Marguerite de l’écrivain russe Mikhaïl Boulgakov. Mais à la fin, ce n’est pas la technologie employée par le metteur en scène britannique Simon McBurney, mais les mots du maître russe qui font écrouler nos certitudes, nos idées nobles et le mythe de notre omnipotence.

    Le spectacle commence avec l’entrée des 16 comédiens, les têtes baissées, assis sur des simples chaises en bois alignées au fond de la scène. Il y a un lit d’hôpital à gauche et une petite table carrée à droite. Au centre ? Le texte à venir !

    Le Maître et Marguerite, c’est un livre fou de 644 pages de Mikhaïl Boulgakov, une adaptation et une mise en scène audacieuses de 3h20 de la part de Simon McBurney, courageusement interprétées par les comédiens sur scène. McBurney montre un Maître écrasé par l’histoire, une Marguerite prête à se vendre au diable pour sauver l’amour, et un destin sibyllin dont nous n’échapperons pas. Le récit du livre est entrelacé avec l’histoire tragique de Boulgakov, un écrivain persécuté par le pouvoir stalinien, hanté par son texte qu’il a fait brûler lui-même. Le livre, réécrit quatre fois, fut achevé à titre posthume par sa femme en 1941 et resté interdit en URSS jusqu’en 1966.
     
    Sur scène, les époques et les lieux sont interchangeables à volonté et en dialogue permanent. Les conversations entre Jésus-Christ et Ponce Pilate se mêlent avec les images de la foule manipulée par les totalitarismes du 20e siècle et l’hôpital psychiatrique comme asile d’écrivains désespérés et gênants. Le philosophe Kant est aussi contemporain que Jésus ou l'iPad.

    « Le muscle de l’imagination »
     
    Simon McBurney, le Britannique francophile, élève de l’école Jacques Lecoq, a visiblement activé son « muscle de l’imagination » si cher à son maître. Grâce aux technologies d’images en 3D, McBurney élargit le spectre de la scène sans toucher à l’approche artisanal et classique de son théâtre. Ainsi il peut brûler les livres et les personnages avec. Le metteur en scène excelle dans un jeu intelligent d’images projetées sur le mur. Ainsi le cheval, bâti par les comédiens par de simples chaises en bois, s’élève vers le ciel et Marguerite, portée par la troupe, vole dans les airs. Avec un simple clic, comme sur Google Maps, McBurney envoie le Maître et Marguerite naviguer dans les rues moscovites de Staline ou de Jérusalem à l’époque de Jésus-Christ.
     
    La pièce, c’est une succession de tableaux à la fois bizarres, fantasques et violents qui s’enchaînent dans un tempo ahurissant. Le diable existe-t-il ? Combien coûte la liberté ? Quelle est la différence entre les mots et la réalité ? A travers sa version du Maître et Marguerite, McBurney pose de très bonnes questions, sans nous laisser le temps pour la réflexion. Dans la pièce règne pendant trois heures un rythme infernal qui, malheureusement, empêche la pensée. La création est techniquement réussie, mais l’imagination du spectateur est prise en otage par le dispositif sophistiqué de vidéo, laser, lumière et musique.

    La vérité du texte

     
    Le message radical d’un Jésus maigrichon et complètement nu qui prône la révolution sur terre n’a pas besoin d’être soutenu avec des effets. Et quand Marguerite prend la pose du crucifié, se livre nue au diable et nous confronte avec la lâcheté des hommes, n’est-ce pas suffisant ? Doubler ces histoires avec la musique (et le parcours semblable) de Dimitri Chostakovitch, vouloir moderniser le récit avec des chansons des Rolling Stones, même si Mick Jagger avait écrit Gimme Shelter et Sympathy for the Devil après avoir lu le roman de Boulgakov, rend le récit plutôt moins universel et intemporel.
     
    Finalement, l’essentiel de l’impact théâtral vient des armes de Boulgakov : ce n’est pas l’impressionnant dispositif technique qui reste illustratif, mais la vérité et la compassion issues du texte qui font vaciller et fissurer les murs du Palais des papes. C’est la magie des mots donc la perpétuelle construction de la réalité qui ébranle les évidences politiques, scientifiques et religieuses qui, à la fin, s’écroulent dans une scène magistrale.

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    - La 66e édition du Festival d'Avignon, du 7 au 28 juillet.

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