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    «Soyez les bienvenus», Fanny Bouyagui au Festival d’Avignon

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    Le monde et le théâtre, le théâtre et le monde… Le Festival d’Avignon représente ce continuel aller-retour, dedans dehors. En dehors des remparts de la ville, dans un ancien gymnase, on découvre, dans le cadre du festival, l’exposition Soyez les bienvenus de Fanny Bouyagui. Une artiste qui interroge sa propre histoire et celle de milliers de migrants qui font le voyage de l’Afrique vers l’Europe, dans l’espoir d’un avenir meilleur. Rencontre.

    RFI : Soyez les bienvenus, pourquoi ce titre ?

    Fanny Bouyagui : C’est un beau titre, mais ce n’est pas une expo très gaie. Cela vient de l’histoire de mon père. Quand il est arrivé en France, il était le bienvenu. Mais maintenant, il n’y en a pas beaucoup d’Africains qui sont les bienvenus. Je parle des migrants.
     
    RFI : Votre père était Sénégalais
     
    F.B. : Je parle de mon père qui était Sénégalais, qui arrivait en France, qui s’est marié avec une Française, qui a eu sept enfants, qui a eu du boulot toute sa vie, qui n’a jamais été au chômage. Le rêve de tout migrant, il avait la carte d’identité française. Quand je suis arrivée à Agadez, on m’a dit : « Oui, mais t’as vu ? Ton père, il a réussi ! Il a envoyé de l’argent au village ! » A un moment donné, je leur dit : « Oui, mais les mec comme ça, ils ont 60 ans, 70 ans ! Les jeunes c’est quand même un peu difficile ». « Non, non… Moi, je connais des gens – un mec, il est en France, il ma dit : ‘La France c’est bon comme le miel !’ Moi aussi je veux goûter au miel de l’Europe ». Enfin, c’est encore des phrases comme cela.
     
    RFI : Et c’est avec ces phrases-là que vous avez fait cette exposition ?
     
    F.B. : C’est à partir de cela au départ, oui. Et quand je suis arrivée à Agadez, je me suis rendue compte que les nouveaux touristes étaient les migrants. Ils font vivre la ville, qui est une ville qui n’est peut-être pas en guerre, mais qui est sujette à énormément de problèmes. Les touristes n’y vont plus. Ils ont peur. C’était quand même une ville magnifique. Maintenant, les migrants font vivre les gens. Il y a des magasins de bidons pour amener l’eau dans le désert. Ils vendent des sardines, du sucre, de la corde... La nouvelle économie est venue des migrants. Comme dans une phrase que j’ai lue dans le journal là-bas, ils ont sauvé l’économie d’une des villes les plus pauvres du monde.
     
    RFI : Et ils ont tous le rêve de votre père, finalement ?
     
    F.B. : Beaucoup.
     
    RFI : Les papiers que l’on voit dans l’exposition ce sont ceux de votre père ?
     
    F.B. : Oui. Ce sont les papiers de mon père, que ma mère a gardé. C’est la carte d’identité africaine, c’est les certificats de travail, des photos de sa femme, de mon père et de ma mère, de toute la famille. Enfin, c’est sa vie. Et il y a un morceau de musique aussi, qu’il avait chanté un an avant sa mort, qui parle aux gens de son village, de sa famille…
     
    RFI : Cette chanson de votre père, ses papiers, c’est le départ de votre exposition Soyez les bienvenus. Et puis ensuite, vous avez fait le voyage au Niger pour comprendre comment aujourd’hui les migrants vivent, rêvent et espèrent.
     
    F.B. : Je suis partie à Agadez et j’en ai rencontré des dizaines et des dizaines. C’était un peu compliqué. Je suis partie avec mon assistante Sabine. On a galéré au départ. On a été guidées par un ancien guide dans le désert, et qui maintenant erre dans la ville, en espérant trouver quelques touristes. Là-bas, depuis qu’il n’y a plus de touristes, il y a une misère qui est sans nom.
     
    RFI : Quel sentiment avez-vous eu, en étant sur place à Agadez ?
     
    F.B. : Je connais l’Afrique. Je suis allée dans plein de pays d’Afrique – la tristesse c’est assez rare – mais Agadez, c’est triste. Ils ont tous là, ils attendent d’arriver en Europe ! Ils rêvent de l’Europe comme elle n’existe pas du tout ! C’est surréaliste les discours qu’ils ont ! On l’entend dans les vidéos, mais c’est surréaliste. « Moi, je vais arriver là, je vais être pris en charge par des gens, on va me trouver du travail !». Moi, j’ai vu un gamin qui était en tongs. Il avait cinquante francs Cfa dans les poches. Il m’a dit : « Moi je suis footballeur. Je vais en France pour jouer professionnel, parce que je ne veux pas jouer professionnel avec le franc Cfa ». Ils en sont encore à des rêves comme ça. Et je pense que ça vient aussi des anciens qui arrivent et qui envoient de l’argent. Et avec cinquante euros tu fais vivre beaucoup de monde en Afrique !
     
    RFI : Donc en fait, dès qu’ils sont partis, personne ne revient, parce qu’il ne faut pas mentir ?
     
    F.B. : Il n’y en a pas beaucoup qui reviennent, il n’y en n’a pas beaucoup et ils ne peuvent pas mentir. Et dès qu’ils envoient de l’argent ils sont dans l’engrenage. Voilà, c’est le discours, c’est ce que j’ai remarqué.
     
    RFI : C’est pour cela qu’il y a dans votre exposition à la fois ces murailles de vieux cartons, de vieux papiers, et puis tout un mur de rouleaux d’euros – pas des petits – des billets de 200 et des 500 euros ?
     
    F.B. : L’euro c’est la phrase que l’on retrouve dans la bouche de tous les Africains que j’ai rencontrés. On va en Europe pour l’euro. C’est la seule motivation. C’est l’argent. Il n’y a pas d’autre motivation. Aucun, aucune des personnes que j’ai rencontrées à Agadez ne m’a parlé d’autre chose que l’euro.
    - Soyez les bienvenus, exposition de Fanny Bouyagui au Gymnase Paul Giéra, jusqu'au 28 juillet 2012 au Festival d'Avignon.
     

    DOSSIER SPECIAL FESTIVAL D'AVIGNON 2012

     

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