Sylvie Buisson: «C’est stupide d'organiser une exposition de femmes sans hommes»

Quelle est la place de la femme dans l'histoire de l'art ? Et comment les femmes ont elles réussi à franchir le pas pour passer du statut de la muse à celui de l'artiste ? L’exposition Femmes artistes - passions, muses et modèles au Château de Chamerolles, à une centaine de kilomètres dans le sud de Paris, tente d'éclairer cette évolution du 17e siècle jusqu'à nos jours, à travers plus de 200 œuvres et 150 documents.
Elles ont été muses et modèles avant de devenir peintres et sculpteurs à part entière. Les femmes artistes sont à l'honneur au Château de Chamerolles, mais pas en exclusivité, souligne Sylvie Buisson, commissaire de l'exposition. « En réalité, c'est plus une exposition sur les couples d'artistes que sur la femme en général. Il y a 65 femmes, mais il y a 53 hommes aussi. Aucune femme n'est complètement coupée du monde masculin. Même Rosa Bonheur qui se disait être un homme a un père peintre, ses frères sont sculpteurs, enfin, tout le monde est baigné dans cette atmosphère-là et c'était complètement stupide d'organiser une exposition de femmes sans hommes. »
Sous les toits de la Grande Halle, qui propose un parcours chronologique sur 600 mètres carrés, on trouve La Valse, une sculpture d'une intensité bouleversante de Camille Claudel, inimaginable sans Rodin, son maître à qui elle était liée par une passion tumultueuse. Mais aussi un autoportrait poignant et très moderne de la peintre Jeanne Hébuterne, fortement inspirée par Modigliani – au point de le suivre dans la mort, en 1920, à l’âge de 22 ans.
« Les femmes artistes sont partout »
« Et puis il y a également les contrastes, poursuit Sylvie Buisson. Certaines femmes ont voulu se démarquer de leurs mentors comme la fille de Vlaminck qui n'a jamais fait un seul paysage, elle n'a fait que des portraits, alors que son père n'a jamais fait un seul portrait. Et je pense qu'à travers de 200 œuvres, on est encore très loin du compte. On peut multiplier cette exposition à l'infini, parce que les femmes artistes sont partout en réalité. Et bien souvent, elles ont choisi d'être en retrait. »
En tout cas jusqu'au 18e siècle où les femmes créent dans l'ombre des hommes et dans des genres bien définis: de préférence des natures mortes. « Ensuite, on arrive à ces femmes qui rentrent dans des Académies de peintures et essaient de travailler d'après le modèle nu ce qui était totalement interdit à l'époque. Donc, il va falloir qu'elles se battent pour ça parce qu'il y a des quotas, elles n'ont pas droit d'être plus de quatre à l'Académie officielle alors qu'il y a des centaines d'hommes autour d'elles. »
Et le combat continue. Aujourd'hui encore, il y a moins de 10 femmes parmi les 100 artistes les mieux cotés du monde. « Et tout est comme ça, remarque la commissaire de l’exposition. On peut multiplier par 100 le prix des plus chers tableaux de femmes pour trouver la peinture la plus chère qui est un Pollock de 1953. »
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L'exposition Femmes artistes - passions, muses et modèles, dans la Grande Halle du Château de Chamerolles dans le Loiret, jusqu'au 19 août. Avec des œuvres de 65 femmes artistes, parmi lesquelles Berthe Morisot, Camille Claudel, Marie Laurencin, Rosa Bonheur, aux côtés de 53 hommes artistes dont Rodin, Modigliani, Fragonard, Picasso ou Christo.

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