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    France

    Les attentes des musulmans de France

    media Le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, et son hôte Manuel Valls, ministre français de l'Intérieur, lors d'une rupture du jeûne du ramadan le 21 juillet 2012. AFP PHOTO FRANCOIS GUILLOT

    Le ramadan, mois sacré des musulmans, a pris fin dimanche 19 août. À l’occasion de l’un des 30 Iftars, repas traditionnels de rupture du jeûne, le ministre de l’Intérieur, chargé des cultes, Manuel Valls, reçu à la Grande Mosquée de Paris, a formulé ses attentes face aux institutions musulmanes en France. Il a appelé celles-ci à surmonter leurs divisions pour construire un « islam de France ». Mais quelles sont les attentes des musulmans français eux-mêmes ?

    Les attentes sont nombreuses. Ces cinq dernières années, les musulmans de France se sont sentis stigmatisés et rejetés. Ils pensent qu’à travers les polémiques sur l’identité nationale, la burqa, la viande halal ou les prières dans la rue, le pouvoir a essayé de leur faire porter la responsabilité du mal-être de la société et de détourner son attention des vrais problèmes, tels que les difficultés économiques et le chômage. Aujourd’hui, ils souhaitent parler de leurs espoirs dans un climat apaisé.

    Pour Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, les attentes de la communauté musulmane sont celles de toujours : « les musulmans de France, dit-il, veulent être considérés selon la loi républicaine qui assure la liberté de culte, l’égalité des citoyens et la fraternité dans la solidarité. Ils veulent être traités avec le minimum de respect et ne pas souffrir de cette islamophobie qui existe en France et en Europe, et dont ils ont le sentiment qu’elle est trop souvent instrumentalisée à des vues politiques. »

    Lutte contre l’islamophobie

    Pendant les dernières élections, des associations musulmanes avaient fait campagne pour inciter les musulmans à se rendre aux urnes. Elles sont nombreuses à penser que le vote musulman a été déterminant dans la défaite de Nicolas Sarkozy. Mais elles ne sont pas rassurées pour autant.

    Selon le porte-parole du Collectif contre l’islamophobie, Marwan Muhammad, le passage de la gauche au pouvoir a contribué à une réduction du discours stigmatisant. Mais le climat social est toujours très tendu et les actes anti-musulmans se multiplient de façon inquiétante.

    En 2011, le Collectif a recensé 298 cas d’actes islamophobes : des cimetières profanés, des mosquées souillées, des boucheries halal attaquées, des discriminations à l’embauche, des femmes portant un foulard à qui l’on refuse l’accès d’un restaurant, des agressions au cutter, des crachats dans la rue, des foulards qu’on arrache.

    « Il est temps, martèle Marwan Muhammad, de prendre réellement en compte l’islamophobie et d’envisager un dispositif de lutte efficace contre ce phénomène. »

    Droit à la citoyenneté

    La même exigence est formulée également, en termes un peu différents, par Malek Chebel, défenseur de l’islam des lumières, auteur de la nouvelle traduction du Coran en français. « Jusqu’à présent, souligne-t-il, les musulmans français ont été traités à part. Nous souhaitons maintenant qu’ils soient traités à part entière, c’est-à-dire comme des citoyens ordinaires de la nation française. Nous souhaitons que les contrôles au faciès soient réduits, que les prisons ne soient pleines que de vrais criminels et de vrais délinquants. Nous voulons l’accès à l’éducation, à l’emploi et au logement...»

    Droit à la normalité

    Il est évident que les quelques 4 millions de musulmans de France ne forment pas un bloc uni : il y a une dizaine de nationalités d’origine, une multitude de mosquées et d’associations.Néanmoins, selon Mohamed-Ali Adraoui, chercheur et enseignant à Sciences Po, on peut parler d’un dénominateur commun de leurs attentes. « Les musulmans de France, explique –t-il, réclament tout simplement le droit à un traitement égal. Ils ne veulent plus faire les titres des journaux. Ils ne cherchent pas à mettre en avant leur religion, mais souhaitent être considérés à égalité avec les représentants des autres religions. Contrairement à ce que font croire certains discours politiques, médiatiques et publics, l’exception musulmane n’existe pas. »

    Droit à pratiquer la religion dans des conditions dignes

    850 000 musulmans français pratiquent leur religion régulièrement. Et comme le remarque Mohamed Moussaoui, président du Conseil français de culte musulman, il faudrait multiplier par deux la surface de leurs lieux de culte pour qu’ils puissent exercer leur foi dans de bonnes conditions.

    L’islam de France souffre aussi d’un déficit de cadres religieux, notamment d’imams. Pour palier ces manques et disposer de moyens financiers appropriés, il serait souhaitable, selon Mohamed Moussaoui, de redynamiser la Fondation des œuvres de l’islam, organisme d’utilité publique créé en 2005, mais dont le fonctionnement est de fait paralysé.

    La réflexion sur la place des musulmans dans la société française va se poursuivre. La prochaine grande rencontre du gouvernement avec leurs représentants est prévue au mois d’octobre.

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