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«Des hommes sans loi», la violence au service des mythes fondateurs américains

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Une fresque cinématographique, nommée Des hommes sans loi, au service des mythes fondateurs américains. L’histoire, racontée avec beaucoup d’allégresse pour la violence par le réalisateur américain John Hillcoat, se déroule dans les années 1930. En Virginie règne la prohibition. Les trois frères Bondurant, une sorte d’Al Capone de l’Amérique profonde, vivent aisément du trafic d’alcool, grâce aux policiers corrompus et un pays sans loi. Jusqu’au jour où un agent spécial leur déclare une guerre sans merci.

Dans la première séquence du film, la violence est encore un jeu d’enfant. « Je ne peux pas ! ». Jack a son doigt sur la détente du fusil, mais n’arrive pas à tuer ce petit cochon qui lui regarde. Alors son frère Howard, sous le regard approbateur de son autre frère Forrest (Tom Hardy, bluffant), prend l’arme et achève, sans sourciller, la bête. Little Jack a cinq ans à l’époque, mais peu importe, la distribution de rôles dans la famille ne changera plus. Jack restera le cadet peureux qui adore frimer, Howard, le tueur sans scrupules, Forrest, la tête de bois et tête pensante de la famille. Leur business ? La production et le commerce illégale d’alcool. Leur royaume ? Le comté de Franklin en Virginie, célèbre pour ses distilleries clandestines et ses policiers corrompus.

Notre soif pour les légendes américaines
 
Le petit business devient grand et se transforme en guerre ouverte contre des gangs d’autres régions et contre l’agent sadique Rake de Chicago qui prend ses services. Pour le business et l’honneur, on égorge et fusille à volonté. Le supplice du goudron et des plumes sert à faire valoir ses valeurs. Et si on traite un membre de la famille « couille molle », on n’hésite pas à couper les testicules du détracteur. Des bains de sang qui illustrent l’absence de lois …et notre soif pour les légendes américaines. Comme celle-ci des trois frères Bondurant : depuis qu’ils ont survécu à la Premier Guerre mondiale et la fièvre espagnole, ils ont la réputation d’être invincible. Même lorsque Forrest est égorgée comme une vache, il survit.
 
Des hommes sans loi est un film avec une personnalité multiple : entre western et film de gangsters avec des scènes de duel et de traque, des histoires d’amour hollywoodienne qui alternent avec des actes de barbarie digne d’un film d’horreur. Le réalisateur John Hillcoat dirige un orchestre qui exécute une symphonie cinématographique de violence. La partition est composée de gorges tranchées, corps troués de balles, viols et jeux sadiques comme le supplice du goudron et des plumes.

Violence et poésie

 
Des chansons sublimes de Nick Cave (Fire in the blood) contrebalancent ce paysage ultraviolent où surgissent aussi des scènes poétiques : quand l’ex-danseuse Maggie traverse, entièrement nue, le couloir de la maison pour déclarer son amour à Forrest. Un moment de grâce, incarnée par la sublime Jessica Chastain (qui nous avait déjà éblouis dans La Palme d’or de 2011 : L’arbre de vie) qui déconstruit avec une demi-phrase géniale le mythe d’invincibilité. Ou encore quand Little Jack, lors d’une escapade au vert, n’oublie pas d’offrir une nouvelle robe à sa bien-aimée.
 
Finalement, on se délecte à ce va-et-vient entre violence et poésie qui se vit comme un rite d’initiation pour accéder au mythe américain des hors-la-loi…
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