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«Vous n’avez encore rien vu» d'Alain Resnais, le testament de la transmission éternelle

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A 90 ans, le réalisateur de films cultes comme Nuit et brouillard, Hiroshima mon amour, Smoking/No Smoking se montre très exigeant. Avec Vous n’avez encore rien vu, Alain Resnais nous ouvre les yeux sur la transmission universelle et éternelle qui habite le théâtre et le cinéma. Au cœur du récit : une adaptation d’Eurydice de Jean Anouilh.

Sabine Azéma, Pierre Arditi, Anne Consigny, Anny Duperey, Lambert Wilson, Michel Piccoli, Denis Podalydès, Michel Robin, Mathieu Amalric… beaucoup de noms d’acteurs très connus à l’affiche, cela annonce souvent des réunions de famille d’un intérêt artistique plutôt moindre. Chez Alain Resnais, ce n’est pas le spleen qui le pousse à faire son film, c’est la quintessence du théâtre : la transmission des valeurs humaines. En l’occurrence, il s'agit de la pièce Eurydice, de la question éternelle et existentielle de l’amour et de la mort, de l’amour au-delà de la mort. Toutes les stars à l’affiche l’ont interprétée et apportent leur rage de l’époque à la pièce d’aujourd’hui.

Le projet d’Alain Resnais vient de loin. L’origine se situe à l’époque de l’occupation allemande, en 1942. Le jeune cinéaste sort totalement troublé d’une représentation d’Eurydice, la pièce de Jean Anouilh. C’est ce bouleversement qu’il transmet aujourd’hui, soixante-dix ans après !
 
Ce n'est pas du cinéma
 
Ce qu’on voit à l’écran, ce n’est pas du cinéma, c’est autre chose, une forme cinématographique-théâtrale inventée par Alain Resnais. Quelque chose qui se rapproche à une restitution originale et théâtrale d’une pièce de théâtre filmé, vécue de plusieurs manières et prolongé dans notre temps actuel avec une interprétation d’une jeune compagnie, également filmée (par un autre réalisateur, Bruno Podalydès) et entrecoupée dans le récit. Tout en respectant l’unité d’action, de lieu et de temps, assurée par le pendule de Foucault qui balaie un grand nombre de plans.
 
Resnais raconte l’histoire suivante : A l’ occasion du décès d’un célèbre auteur dramatique, Antoine d’Anthac, ses comédiens préférés se retrouvent dans un énigmatique château-cathédrale. Le dernièr vœu de leur ami : visionner la captation de la pièce Eurydice d’une jeune troupe, la compagnie de la Colombe. Les souvenirs de tous ces acteurs qui avaient, un jour, également interprété Eurydice ou Orphée sur les planches, se mêlent alors aux expériences et sentiments de la jeune troupe qui s’exerce dans un entrepôt désert avec la même ferveur que leurs aînés il y a dix, vingt ou cinquante ans. L’enjeu : la jeune troupe doit convaincre pour obtenir les droits de représentation. Tout cela sonne extrêmement compliqué, mais cela ne se voit pas à l’écran. Resnais rend tout limpide, logique, convaincant et bouleversant.

Une tragédie humaine


Vous n’avez encore rien vu est un film dans le film, une pièce de théâtre qui accouche d’autres pièces du même titre, du même sujet. Resnais a beau multiplier les coupes, les montages, échanger les réalisateurs et interprètes, doubler ou même tripler les répliques, le récit ne rompt pas ! Les sentiments s’expriment différemment, mais le fond de l’émotion, de l’expérience ne change pas !

Resnais fait alors la démonstration que s'il est possible de transférer la pièce d’un support à l’autre, d’un lieu à l’autre, d’une génération à l’autre et tout cela dans la même pièce, dans le même film, alors la transmission est réellement capable d’être universelle et éternelle. Le maître nous fait vivre une tragédie qui n’est ni cinématographique ni théâtrale, ni française, ni grecque, mais tout simplement humaine.
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