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Eva Doumbia: «La France se fantasme blanche, mais elle ne l’est pas»

Jusqu’au 6 octobre, Limoges, le cœur de la Francophonie ou plutôt des Francophonies, bat encore plus fort qu’à l’accoutumée. C’est la 29e édition du festival Francophonies en Limousin.Et il y a du beau monde : des artistes venus du Maghreb ou du Québec, de Suisse ou d’Afrique subsaharienne, des auteurs, des comédiens, des chorégraphes, des musiciens et des metteurs en scène qui partagent leur histoire et leurs histoires dont Eva Doumbia avec son spectacle Afropéennes. Entretien.
Est-ce un spectacle qui parle à la fois de mémoire et d’identité ?
Oui, aussi.
Est-ce un spectacle sur la femme ? Sur la femme noire ? Sur la femme africaine ? Sur la diaspora africaine en France et en Europe ?
Comme son nom l’indique, c’est un spectacle qui parle des Afropéennes qui sont des femmes européennes d’origine africaine.
Ce concept d’Afropéenne, c’est Léonora Miano qui l’a découvert, qui l’a mis au point ?
C’est Léonora Miano qui, pour la première fois, a écrit des choses qui parlent de cette France noire du point de vue du féminin, parce qu’elle-même est une femme. Le mot Afropéenne a été inventé je crois par le groupe des Nubians. Je pensais que c’était elle qui l’avait inventé et puis un jour, elle a rétabli les choses. Et je trouve que c’est très juste. Maintenant on est assez nombreuses à se définir comme ça.
L’afropéenisme, est-ce un pendant à l’afroaméricanisme ?
Ce n’est pas un pendant, c’est un fait. En France, il y a des Noirs qui ne sont pas des immigrés, des Noirs qui sont Français. Et dans beaucoup de pays d’Europe, il y a des Noirs. La France [se] fantasme blanche, mais elle ne l’est pas. Et ça fait longtemps.
En fait, vous vous intéressez aux Noirs de France, à la communauté noire de France, autrement dit les Africains et les Caribéens qui vivent dans l’hexagone. Et finalement, on a un peu l’impression qu’il n’existe pas de communauté noire ?
Il y a une communauté noire par le regard. Et puis je vais rétablir : ce ne sont pas des Africains ou des Caribéens ; ce sont des Français avec des origines africaines et caribéennes. Ce n’est pas la même chose, c’est-à-dire que ces mêmes Français quand ils vont en Afrique ou dans les Caraïbes sont toujours aussi renvoyés à une altérité parce qu’ils sont Français, leur culture est française. On est aussi sur des questions de droit du sol. Le mot Afropéen est plus juste que Noir de France parce qu’il indique aussi quelque chose de très complexe c’est-à-dire qu’on est Français avec quelque chose à l’intérieur, un fond culturel qui vient d’ailleurs. Et ça c’est important, et qui vient aussi nourrir le terreau français.
Mais ce fond culturel on l’exprime, on a recours à lui d’une façon très différente suivant son parcours personnel et suivant ses origines ?
Suivant son identité aussi et suivant sa personnalité.
On ne met pas tous les Noirs de France dans le même sac ?
C’est très compliqué par rapport aux Noirs américains, parce qu’il y a des vagues d’immigration d’Afrique aussi maintenant aux Etats-Unis. J’ai un cousin qui est chauffeur de taxi à New York et ils sont très nombreux dans ce cas. Jusqu’à il y a peude générations, les Noirs américains avaient tous à peu près la même histoire. C’était une population qui était issue de l’esclavage. En France hexagonale, on a des gens qui viennent des Caraïbes donc qui ont aussi une histoire d’esclavage. On a des immigrés et on a aussi des gens qui sont là depuis plusieurs générations. Il y a des Français noirs qui sont là depuis trois voire quatre générations.
Mais pourquoi parler d’afropéenisme mais pas d’afrofrancisme ?
Parce que le mot est plus joli [rires].
Mais la réalité est la même en France que dans les autres pays d’Europe ?
Il y a un film très beau qui s’appelait L’Afrance, d’Alain Gomis. Je crois que ça fermerait si c’était « la francisme ». Puis effectivement, ce mot est beaucoup moins joli.
Visiblement, vous êtes sur la même longue d’onde avec Léonora Miano. Elle a raison quand elle dit que vous êtes à la fois artiste et activiste ?
Je crois que c’est indissociable (rires]. C’est difficile de se définir soi-même comme artiste. Effectivement je pense que je suis une artiste. Après j’ai une pensée politique. J’ai grandi dans un environnement français extrêmement politique, dans une ville communiste et dans une famille communiste depuis plusieurs générations. Ma famille blanche française est communiste depuis [des lustres]… [rires]. Je pense que cela a des conséquences sur ma manière de penser.
A travers ce spectacle, est-ce que vous avez voulu donner des repères à la diaspora africaine ? Il y a cette phrase dans le spectacle : « Nous devons créer des mythes afropéens, visibles, permettant nos enfants d’identifier des mythes ».
Ce sont des mythes parce que moi quand j’étais jeune comédienne, j’ai entendu des tas de choses que tous les jeunes comédiens noirs ont pu entendre en France. Et en fait je me disais, on n’a pas vraiment de personnages qui correspondent à ce que nous sommes. Et puis, il y a aussi quelque chose avec l’isolement. On en a parlé hier avec Léonora, quand on est des classes moyennes noires, il y a quelque chose de fait : on est isolé… parce que les classes moyennes sont rarement noires en France.
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Afropéennes, Les personnages de Blues pour Elise disent Femme in a City, pièce de théâtre créée le 29 septembre aux Francophonies de Limoges. Il y aura d’autres représentations au Théâtre WIP à la Villette à Paris, le 16 et 17 octobre. Conception et mise en scène : Eva Doumbia. Scénographie : Francis Ruggirello. Auteure des textes : Léonora Miano.

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j'espère que nous sommes encore libres de nos fantasmes!
cool!