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    «Bohèmes» au Grand Palais : «Ce divorce entre le réel et l’image»

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    Près de 200 tableaux des plus grands maîtres, de Léonard à Picasso, sont au service d’une exposition courageuse autour d’un mythe moderne. Bohèmes au Grand Palais raconte l’émergence de la bohème. A travers un voyage de quatre siècles, elle met en évidence la contribution essentielle des bohémiens rom à la production artistique de l'art bohème mondialement adulée. Entretien avec le commissaire général Sylvain Amic.

    La bohème, est-ce une invention française ?

    La bohème, telle qu’on l’imagine, la vie d’artiste marginale de ces jeunes gens qui vont rénover les arts, s’invente en France vers 1830-1840. Par dérision on va surnommer les jeunes gens qui transgressent les règles, les « bohémiens de l’art ». Donc c’est un mot qui est parfaitement français. Cette polysémie que souligne le pluriel dans le titre « Bohèmes » montre que cette réalité recouvre à la fois la fascination pour les bohémiens qui a déjà trois siècles, et l’invention du mythe de l’artiste moderne, vagabond, marginal, génial et parfois incompris. 
     
    Le début de l’exposition est marqué par un dessin de Léonard de Vinci de 1493 et une sculpture anonyme du IVe siècle avant Jésus-Christ. Pourquoi ?
     
    C’est incroyable de voir comment, à peine arrivés en Europe de l’Ouest, les bohémiens ont inspiré les artistes. Ils sont arrivés en France en 1419 et en 1493. On a ce magnifique dessin de Léonard de Vinci qui met en scène une vieille bohémienne disant la bonne aventure à un homme qui se laisse berner. Juste à côté, on a Diane, une antiquité découverte au 16e siècle à Rome, avec des ajouts en bronze, des membres, une tête. Une transformation de Diane en une jeune et belle bohémienne avec la peau bronzée et cuivrée, parce que le métal est noir. En quelques décennies, ce personnage devient si populaire, si à la mode, qu’on n’hésite pas à transformer une antiquité en une bohémienne élégante, comme une princesse venue d’Orient.
     
    Vous commencez le parcours avec un proverbe rom et Bohèmes tourne autour du peuple rom. Une manière de dire que la perception de la bohème repose jusqu’à aujourd’hui sur un malentendu ? 
     
    Toutes les études qui ont été réalisées ces dernières années dans l’histoire de la société, la musique, la littérature ou comme ici dans l’art, ont montré que le phénomène de la bohème est indissociable de la fascination que les artistes éprouvent pour les bohémiens. Les bohémiens sont des modèles de liberté pour eux. Le fait de transgresser les règles, les tabous, de vivre en dehors de la société et pourtant de survivre et préserver leur identité. Nous mêlons les représentations des bohémiens depuis leur apparition. La culture rom est une culture essentiellement littéraire, orale, musicale, et nous montrons comment les artistes se sont abreuvés de cette source, comment notre société a puisé dans ce vivier pour nourrir des représentations qui sont des fantasmes qui nous accompagnent. Pensez à la chanson La Bohème de Charles Aznavour, ce sont des êtres qui peuplent notre imaginaire. Il y a ce divorce entre le réel et l’image que nous acceptons et qui demeure. J’espère que cette exposition contribue à faire progresser un peu les choses.
    C’est un renversement complet des valeurs.
    Sylvain Amic, commissaire général de l’exposition « Bohèmes ». 11/10/2013 - par Siegfried Forster Écouter
     
    Avec l’apparition des bohémiens parisiens, la nécessité existentielle des « vrais » bohémiens, les Roms, est remplacée par la nécessité artistique des écrivains, peintres et musiciens. S’agit-il d’une rupture ?  
     
    On passe d’une fascination à quelqu’un qui vit cette marginalité. Jusque-là, les artistes ont représenté les bohémiens comme des sujets pittoresques parce que ce sont des personnages qui plaisent par leur originalité, leur mystère. Mais là, ils décident de vivre leur vie, de vivre sans souci du lendemain, en marge de toute règle, de manière plus intense, sensuelle. Quand Baudelaire parle du « bohémianisme », il dit que c’est le culte de la sensation multipliée. On a en quelque sorte le passage à l’acte. Et le meilleur symbole de ce passage à l’acte c’est Rimbaud qui est un vrai vagabond, qui est vraiment sur les routes, qui expérimente le manque, la faim et le froid et qui à la fin en fait presque une condition d’émancipation et de l’expression du génie.
     
    Parmi les noms qu’on associe à la bohème, on cite souvent des artistes comme Courbet, Baudelaire, Rimbaud ou Liszt. Pourquoi jamais un Rom ?
     
    Oui, c’est étonnant, mais leur culture est essentiellement orale, donc les témoignages manquent comme un patrimoine peint, sculpté ou bâti. Nous n'avons des témoignages que par ricochet de ceux qui ont été fascinés par leurs représentations. Aujourd’hui, à l’époque contemporaine, il y a des artistes roms, donc il y a une expression dans des formes dont nous avons plus l’habitude, mais c’est avant tout le personnage lui-même, le fait qu’il incarne un esprit, un souffle de liberté dans l’imaginaire des artistes et l’imaginaire populaire, qui fait que la culture rom est présente dans notre univers.
     
    Dans l’exposition, on retrouve plusieurs « madones tsiganes ». Ces artistes ont-ils exploité et cannibalisé l’univers rom ?
     
    Les bohémiens sont arrivés en Europe pour accomplir un pèlerinage. Donc il y a toujours une connexion très forte avec le religieux. Ce qui est fascinant, c’est de voir qu’on était capable d’assimiler la Vierge à une bohémienne à une époque classique qui maintenant est loin. Aujourd’hui, l’idée de représenter la Vierge sur les routes, en fuite en Egypte, serait incongrue. La bohémienne est à la fois tentatrice et chaste, à la fois connectée aux puissances infernales et virginale. Les artistes n’ont pas cannibalisé l’univers rom. C’est l’expression d’une relation très forte avec le divin et l’Eglise catholique était très protectrice pour les bohémiens.
     
    A-t-on remplacé le Rom, le bohémien existentiel, par les bohémiens parisiens et pauvres par vocation ?
     
    Aujourd’hui, quand on parle de bohème, il y a à la fois l’idée d’une forme de dandysme, de vie libérée, artistique et créative. Une image ne s’est pas substituée à l’autre. Les bohémiens ont inspiré les artistes, ils ont eu des points de rencontre très forts à Montmartre, au début du 19e siècle. Il y avait des orchestres tsiganes, on a de vrais et de faux tsiganes qui sont dans les cabarets. Et les mêmes personnages se recroisent dans les ateliers d’artistes, posent pour les artistes. Donc on a une fraternité, des moments très heureux de rencontres et des moments tragiques. Par exemple, à l’époque nazie, des artistes et bohémiens sont repoussés dans une même nuit où tous ceux qui transgressent la règle sont à abattre. Je pense qu’aujourd’hui, il y a encore une solidarité entre ces deux mondes et encore une fascination très forte. Ces deux images restent indissociables.
    L’exposition se clôt avec une image choc sur l’exposition à Munich en 1937, organisée par les nazis sur l’ « art dégénéré ». Entre 1941 et 1945, Leni Riefenstahl, la cinéaste préférée d’Hitler, avait tourné la superproduction Tiefland, où elle joue une fille vagabonde costumée en gitane et où elle fait venir plus de 150 Roms et Sintis des camps de concentration pour faire de la figuration. Les artistes, avec la création d’imagerie et de fantasmes sur les bohémiens, ont-ils contribué à la discrimination et la persécution des Roms ?
     
    Non, c’est tout le contraire. Les artistes s’intéressent aux bohémiens d’une manière authentique et sincère. Ils s’intéressent à des personnages déclassées qui vivent une forme de marginalité, qui préservent une culture, qui sont finalement « imperméables » aux modifications de la société, à l’évolution de la modernité. Ce sont des artistes modernes comme Picasso, Otto Mueller, Emil Nolde qui recherchent chez eux une forme naturelle d’authenticité que l’homme moderne a perdu. Au contraire de ceux qui sont dans la fiction, qui sont simplement dans la représentation de conventions comme Leni Riefenstah, qui sont dans la schizophrénie totale parce que, au moment où l’on extermine cette population, on se délecte de sa fausse représentation à l’écran. Il y a là un divorce complet entre le réel et le fantasme. On tolère une image dans un univers virtuel et on ne tolère pas la réalité qui est à notre porte.
     
    Vous avez commencé le travail sur Bohèmes au moment où Nicolas Sarkozy avait tenu son discours de Grenoble qui avait conduit aux démantèlements de campements illicites des Roms en France et à l’expulsion des Roms bulgares et roumains. En quoi cette actualité politique a eu une influence sur la conception de l’exposition ?
     
    Cela n’a en rien influencé l’exposition, parce que c’est un problème qui est séculaire. Vous avez Leni Riefenstahl, mais avant c’était Louis XIV qui à la fois se costume en bohémien et dicte une loi pour les mettre dans les galères. Cette tension entre le réel et la fiction, c’est un problème qui est permanent et c’est une population qui a toujours été montrée du doigt – comme d’autres populations, les juifs par exemple - quand on voulait trouver un bouc-émissaire. Ce n’est pas nouveau. Il faut reconnaître cet apport culturel à notre civilisation d’un peuple et cette proximité entre artistes et bohémiens qui nous enrichissent.
     
    _____________________________________
    Bohèmes, exposition au Grand Palais à Paris, du 26 septembre jusqu’au 13 janvier. Elle sera présentée à Fundacion Mapfre, Madrid, du 4 février au 5 mai 2013.
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